Zoom sur trois des 214 églises de l’archidiocèse de Montréal

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
La façade de l'église Sainte-Madeleine d’Outremont
Photo: Philippe Du Berger La façade de l'église Sainte-Madeleine d’Outremont

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine religieux

L’église, centre de vie à Verdun

Plus qu’un lieu de culte, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs est également au centre de la vie du quartier. Chaque été, du début juin à la fin août, des bénévoles se relaient pour assurer une permanence quatre jours par semaine. « Grâce à ces portes ouvertes, nous accueillons chaque année des milliers de personnes », se réjouit le curé de la paroisse, Laurent Ravenda, qui incite ainsi les visiteurs à pénétrer dans ce bâtiment patrimonial.

L’église de la rue Wellington, qui a fait l’objet d’importants travaux de restauration depuis 2009, propose régulièrement des activités culturelles gratuites : concerts, expositions estivales ou au moment de Noël. L’année dernière, les visiteurs ont découvert une exposition consacrée à Tintin et cet été, trois expositions de photographies, dont l’une sur le travail de la photographe Stephanie Colvey, qui a documenté l’accueil de réfugiés syriens à L’Île-des-Sœurs.

« Nous sommes au centre de Verdun. Presque toutes les animations publiques du quartier se déroulent devant notre église », constate le père Ravenda, qui voit des gens entrer à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs pour se recueillir, prier, allumer un lampion, ou simplement s’asseoir pour prendre un moment de répit dans le brouhaha de la journée. « Cette église est un point de référence, car elle est devenue un pôle culturel et est en symbiose avec le quartier, se réjouit le curé de la paroisse. Et cela ne se fait pas au détriment de la qualité de notre communauté chrétienne. »

Dévoiler des trésors cachés à Outremont

À Sainte-Madeleine d’Outremont, paroissiens et visiteurs peuvent admirer une belle peinture de l’artiste Guido Nincheri derrière l’autel. Deux autres tableaux cachés du maître italo-canadien s’apprêtent à renaître. « Nous avons donné le feu vert à l’architecte Louis Brillant pour commencer les travaux de restauration », se réjouit Paul Bouthiller, président de l’Assemblée de la fabrique de Sainte-Madeleine d’Outremont. De 1931 à 1960, l’église a été décorée par 26 murales et tableaux de Guido Nincheri et 32 vitraux fabriqués dans son studio. Hélas, à la suite du concile Vatican II, tous les tableaux ont été recouverts de peinture blanche au cours des années 1960, sauf celui représentant sainte Madeleine au pied de la croix.

Les tableaux concernés ont été peints à l’huile sur toile avant d’être marouflés (collés aux murs dans l’espace qui leur est réservé), puis recouverts lors du grand ménage des années 1960. « Deux marouflés représentant Jésus chez Marthe et Marie et la résurrection de Lazare vont être restaurés, ainsi que deux saints martyrs canadiens que nous essayons d’identifier », précise M. Bouthillier. Des experts en restauration ont confirmé que les œuvres semblent être en excellent état sous les couches de peinture.

En attendant cette restauration, les visiteurs peuvent admirer d’autres trésors de Sainte-Madeleine d’Outremont, notamment la flèche la plus élevée de Montréal et les vitraux restaurés de Guido Nincheri. « Sa famille lui a souvent servi de modèle, comme son épouse dans le tableau représentant sainte Madeleine qui a été conservé. » Quant au Judas figurant sur le vitrail représentant La Cène, l’artiste lui a donné ses propres traits.

Un vaste chantier Art déco à Rosemont

Depuis le mois de février 2021, des ouvriers s’activent sur la rue Masson pour restaurer la seule église Arts déco de Montréal : Saint-Esprit-de-Rosemont. Construite en deux phases dans les années 1920 et 1930, l’église était ornée d’une grande flèche qui a dû être retirée en 1949 en raison de son poids. Mais cela n’a pas affecté la beauté du bâtiment, bien au contraire. « En retirant la flèche, je crois que le style Arts déco est davantage respecté, avec ces grandes lignes droites et carrées », souligne Olivier Lavoie, marguillier pour la fabrique de la paroisse Saint-Esprit-de-Rosemont.

Aujourd’hui, c’est le clocher de l’église classée Cité patrimoniale par la Ville de Montréal qui occupe M. Lavoie. « Nous n’avions plus le choix, car il menaçait de s’effondrer. C’était devenu une question de sécurité urgente », révèle-t-il. Les ouvriers ont retiré le parement de pierres du clocher pour réparer la structure en béton armé qui s’était effritée avec le temps. « C’est impressionnant à voir, car c’est dans un état désastreux », confie le marguillier qui explique cette dégradation par un manque d’entretien, la rigueur du climat et un défaut de conception.

En attendant la fin des travaux, prévue pour le printemps, l’église reste accessible par l’entrée située sur la 5e Avenue. Les aides reçues s’étant révélées généreuses mais insuffisantes, Olivier Lavoie s’apprête à solliciter un soutien fédéral. « Nous avons cogné à la porte de la Ville de Montréal, que je crois sensible à notre cause, mais bloquée par la Charte de Montréal », explique celui qui reste serein malgré tout. « Nous nous appelons le Saint-Esprit, donc ça va se réaliser ! Nous viendrons à bout de ce chantier et ce sera magnifique. »

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