Montréal, la ville aux deux cents clochers

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
L'Oratoire Saint-Joseph, situé sur le flanc ouest du mont Royal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'Oratoire Saint-Joseph, situé sur le flanc ouest du mont Royal

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine religieux

La formule est connue : Mark Twain aurait qualifié Montréal de « ville aux cent clochers » lors d’une soirée à l’hôtel Windsor vers 1880. Un mythe, d’après les historiens, pour qui la phrase de l’Américain était plutôt celle-ci : « C’est bien la première fois que je m’arrête dans une ville où l’on ne peut lancer une pierre sans risquer de briser un carreau d’église. » Quoi qu’il en soit, la réalité dépasse aujourd’hui la légende. Avec ses 214 églises, l’archidiocèse de Montréal — qui fête ses 185 ans cette année — dispose d’un patrimoine riche de trésors auxquels les Montréalais sont attachés.

L'oratoire Saint-Joseph et ses centaines de marches, les statues de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, la splendeur néogothique de la basilique Notre-Dame ou encore le clocher de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Ces trésors parmi les plus connus s’inscrivent dans un patrimoine aux époques de construction, aux formes et aux matériaux variés. Parmi les 214 églises de l’archidiocèse de Montréal, 5 d’entre elles ont le statut de lieu historique du Canada et 15 sont protégées en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec.

« Les festivités du 375e anniversaire de Montréal ont rappelé les intentions religieuses de Paul Chomedey de Maisonneuve et de Jeanne Mance, lorsqu’ils ont fondé Montréal », observe Caroline Tanguay. Selon la responsable de l’art sacré et du patrimoine religieux à l’archidiocèse de Montréal, nos églises portent donc les traces de la fondation de la ville, mais aussi de la vie artistique, économique et technique du passé.

Des Montréalais attachés à leurs églises

Ces dernières années, il se murmurait à Montréal que les églises étaient transformées en immeubles de logements. Une légende urbaine, selon Caroline Tanguay qui reconnaît que la première décennie du XXIe siècle a été marquée par la vente de plusieurs églises. Mais à l’exception d’un projet de condos qui a généré des remous et peu de sous, elles ont généralement été acquises par d’autres communautés.

Le rôle social de l’église n’échappe d’ailleurs pas aux Montréalais. « Beaucoup de locaux d’églises sont utilisés par des organismes sociaux », dit Caroline Tanguay, qui souligne également l’importance de ces bâtiments religieux dans le paysage urbain. « Les quartiers de Montréal s’étant souvent construits autour des églises, ces dernières sont devenues indissociables de leur milieu de vie et, croyants ou non, les Montréalais y sont très attachés. »

Un enjeu patrimonial majeur

« Si nous n’entretenons pas notre patrimoine religieux, plus personne ne pourra l’admirer dans deux cents ans », alerte Caroline Tanguay qui évoque pas moins d’une quinzaine de gros chantiers de rénovation en cours dans les églises de Montréal. Le défi est colossal et le temps presse. « Notre patrimoine a été construit principalement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, puis dans les années 1945 et 1975. Les plus anciennes doivent être restaurées avec une main-d’œuvre et des matériaux coûteux. Pour d’autres, construites dans les années 1950, on a expérimenté le béton armé qui s’est révélé souvent peu adapté à notre climat. C’est pourquoi de nombreuses églises ont besoin d’être restaurées aujourd’hui », explique celle qui invite les Montréalais à redécouvrir les pépites de leur ville, anciennes et modernes, sans oublier l’église au cœur de leur quartier.



À voir en vidéo