Mise en oeuvre à géométrie variable du passeport sanitaire

La conseillère chez Énergie Cardio Cyndy Lamouroux validait le passeport vaccinal d’un client mercredi. Elle estime que 40% des membres du gym n’avaient pas leur passeport vaccinal au premier jour de son application.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La conseillère chez Énergie Cardio Cyndy Lamouroux validait le passeport vaccinal d’un client mercredi. Elle estime que 40% des membres du gym n’avaient pas leur passeport vaccinal au premier jour de son application.

Au premier jour de l’entrée en vigueur du passeport sanitaire, une partie des restaurants montréalais ont refusé des clients qui n’avaient pas les documents nécessaires, alors que d’autres leur ont plutôt servi un avertissement.

« Ah, on est le 1er septembre ! J’étais en camping… », souffle une cliente au comptoir du café Les Oubliettes, dans La Petite-Patrie, en guise d’excuse pour ne pas avoir son passeport vaccinal. La barista, Nadine Nouri, lui explique sommairement la marche à suivre pour pouvoir récupérer son code QR.

« C’est très intense aujourd’hui », commente Mme Nouri. Elle désigne la cliente, assise à une table, qui cherche toujours le courriel contenant son code QR après plusieurs minutes. « Qu’est-ce que je fais si elle ne le trouve pas ? », se demande-t-elle. À 10 h 30, elle avait déjà dû refouler trois personnes qui souhaitaient s’attabler, dont une personne qui n’avait reçu qu’une seule dose de vaccin et une autre qui n’avait pas de téléphone cellulaire.

Quelques rues plus loin, devant le Régine Café, un chevalet indique clairement aux personnes qui font la file pour bruncher que le passeport vaccinal est requis. Ce dernier est demandé à l’entrée, avec une pièce d’identité. Le copropriétaire du restaurant a tout de même décidé de laisser les clients s’adapter à la nouvelle mesure. Pierre-Luc Chevalier constate qu’environ le tiers de sa clientèle n’a pas pu présenter son passeport sanitaire, même si ces gens affirmaient être doublement vaccinés.

« Je leur dis : “On est en rodage, sachez que normalement ça le prend, mais aujourd’hui, on va être compréhensif” », rapporte-t-il. Je comprends que je n’aurai pas de pénalité et qu’au pire on va m’aviser », indique-t-il. En effet, le gouvernement a annoncé que des sanctions ne seraient pas imposées aux commerces avant le 15 septembre.

Le copropriétaire du restaurant Le Pontiac, sur l’avenue du Mont-Royal, adopte une stratégie similaire. « Pour la première semaine, je vais les laisser s’asseoir quand même. Je ne veux pas jouer à la police tout de suite », fait savoir Nicolas Rochette. Au Pontiac, les serveurs viennent s’enquérir du passeport vaccinal des clients et de leur pièce d’identité une fois qu’ils sont assis.

Par ailleurs, certains restaurants n’avaient toujours pas reçu mercredi le matériel nécessaire pour valider les passeports vaccinaux des clients. C’est notamment le cas de La Pataterie, dans Hochelaga-Maisonneuve, et de Chocolats Favoris sur l’avenue du Mont-Royal, où les gérants n’étaient pas disponibles pour des entrevues.

De son côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) avertit que « les commerçants visés par le passeport vaccinal n’ont pas le droit de laisser entrer des clients qui n’ont aucune preuve de vaccination ». « Le délai est plutôt pour des problèmes techniques et pour laisser le temps à tous de s’ajuster. Par exemple, un client qui se présenterait avec la feuille remise lors de sa vaccination au lieu de son code QR », précise la responsable des relations avec les médias du MSSS, Noémie Vanheuverzwijn.

Pris au dépourvu

Il est vrai que plusieurs personnes ont été prises au dépourvu. « J’avais oublié », admet Maria Rapaic, alors qu’elle tente de télécharger l’application VaxiCode en attendant devant le restaurant L’Avenue. Elle admet être « moyennement » d’accord avec le passeport vaccinal. « Je ne suis pas excitée de me faire contrôler », murmure-t-elle. Son amie Medina Curumthaully, elle, exhibe sa preuve de vaccination émise par le territoire britannique Anguilla. Cette dernière a été acceptée par le restaurant, dit-elle.

Au gym Énergie Cardio du Plateau-Mont-Royal, près de 40 % des membres n’avaient pas leur passeport sanitaire au bout des doigts, juge la conseillère Cyndy Lamouroux. Heureusement pour eux, le centre avait prévu une marche à suivre pour les aider à obtenir rapidement une preuve de vaccination électronique par le biais du site Internet du gouvernement provincial. La vice-présidente d’Énergie Cardio, Eveline Canape, estime que la clientèle a été largement coopérative dans l’ensemble de son réseau de gyms, même si une poignée de sportifs n’ont pas pu s’entraîner et que certains ont résilié leur abonnement.

Malgré le branle-bas de combat, la journée s’est déroulée dans le calme et l’achalandage était à peine plus bas que d’habitude dans les commerces visités par Le Devoir. Certains clients étaient satisfaits de l’entrée en vigueur du passeport vaccinal. « C’est une bonne chose. Ça va permettre aux gens vaccinés de profiter de la vie et aux commerces de rester ouverts », a commenté Martin Bergeron.

Québec réclame le passeport vaccinal au parlement

Québec — Le gouvernement Legault souhaite donner l’exemple et imposer l’usage du passeport vaccinal pour entrer à l’Assemblée nationale, selon ce qu’a appris La Presse canadienne mercredi. Cette mesure s’appliquerait aux élus de même qu’à l’ensemble du personnel politique et administratif de l’institution, sans compter les journalistes et les nombreux visiteurs. L’accord des partis représentés à l’Assemblée devrait par contre être acquis pour adopter une telle mesure, les décisions reliées au fonctionnement du parlement et à son accès relevant du président de l’Assemblée nationale et du Bureau de l’Assemblée nationale.

La Presse canadienne




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