Le syndicalisme autonome, ou la pertinence dans l'indépendance

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
La FAE représente le tiers des enseignants au Québec, lesquels sont regroupés dans neuf syndicats locaux. 
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse La FAE représente le tiers des enseignants au Québec, lesquels sont regroupés dans neuf syndicats locaux. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Issu des différents combats sociaux apparus depuis la Révolution industrielle au XIXe siècle, le mouvement syndical québécois est une référence sociale dans toute l’Amérique du Nord. Les syndicats revendiquant le plus d’adhérents sont regroupés en centrales, comme la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) ou la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Ces grosses organisations ont beaucoup de poids au sein de la province. Cependant, plusieurs autres acteurs autonomes tirent leur épingle du jeu et représentent un nombre croissant de travailleurs. C’est le cas de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Et pour son président, Sylvain Mallette, cette indépendance apporte beaucoup plus d’avantages qu’on pourrait le croire.

« Notre fédération regroupe plus de 50 000 membres répartis sur tous les niveaux d’enseignement, du primaire au secondaire en passant par l’enseignement professionnel et carcéral. Nous avons vu le jour comme syndicat autonome en 2006, et nos adhérents sont uniquement des enseignants francophones. Pour nous, cela représente une vraie force d’apparaître indépendants dans le cadre des négociations avec les différents gouvernements. Nous sommes au plus près des revendications, et les négociations sont donc plus ciblées. »

Au plus près du terrain

Les syndicats autonomes ne représentent qu’un quart des emplois au Québec. Cette rareté des métiers représentés ne constitue cependant pas une faiblesse pour eux. Dans le cadre de la dernière négociation concernant les salaires, le fait de ne pas être une centrale syndicale fut un avantage. Le travail est facilité, car les exemples donnés sont plus précis, au plus près du terrain.

« Le fait d’être une fédération autonome nous permet de construire une sorte de solidarité dans l’action. Comme pour une famille. Les enseignants se reconnaissent en nous et sont heureux d’appartenir à un syndicat qui ne représente que leur corporation. Sans oublier les luttes que d’autres organisations veulent mener, ils se sentent représentés par des semblables à même de défendre chèrement leurs intérêts communs », explique le président de la FAE.

Depuis plusieurs années, les syndicats autonomes voient leur nombre augmenter, tout autant que le nombre d’adhésions. Les membres ont besoin de retrouver une organisation qui les représente directement, sans intermédiaires. C’est cette idéologie qui est à l’origine du syndicat, croit M. Mallette. La FAE fut créée à partir de membres qui sont partis de la Centrale des syndicats du Québec, car ils ne se retrouvaient plus dans les combats menés.

Solidarité et alliances

Le monopole syndical, qui dure depuis plusieurs dizaines d’années, est maintenant brisé au Québec. Différents corps professionnels voient l’apparition de syndicats indépendants, que ce soit en éducation ou dans la santé, dont la taille restreinte fait gagner en pertinence.

Sylvain Mallette insiste d’ailleurs sur ce fait : « Pour l’opinion publique, le plus souvent, on peut entendre que la force du nombre est nécessaire pour arriver à des résultats concrets. Or, c’est faux. Le gouvernement est obligé, dans le respect de la loi, de négocier avec tous les groupes. Nous sommes conviés à des tables intersectorielles où l’on échange plus directement que durant les grandes tables syndicales. On réussit tout autant à négocier et à obtenir des résultats concrets que les grosses centrales. L’action autonome est un appui supplémentaire à la lutte syndicale qui permet une mobilisation plus grande de tous. Elle est amenée à devenir de plus en plus importante et forte dans les années à venir. »

Pour ces travailleurs d’un domaine spécifique, avec des règles spécifiques, c’est un vrai travail au long cours que la FAE mène pour agir sur la vie professionnelle de chacun de ses adhérents. Les actions de mobilisation fortes voient le public adhérer de plus en plus massivement à ces organisations syndicales indépendantes. Et cette montée du syndicalisme autonome va de pair avec la volonté du travailleur d’entendre parler de sa réalité concrète, et ce, directement. La société actuelle recherche le moins d’intermédiaires possible entre sa demande et sa réponse. Le syndicalisme n’échappe pas à cette règle. Cependant, malgré une autonomie certaine, des solidarités et des alliances sont créées avec d’autres syndicats. La FAE par exemple s’allie quelquefois avec des centrales syndicales pour obtenir gain de cause. Mais elle ne s’allie pas systématiquement. Là est toute la liberté de l’autonomie.

La victoire du combat syndical au Québec passe également par l’indépendance de certaines des forces en présence.

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