Les femmes restent moins bien payées que les hommes, déplore le SPGQ

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Qu’elles soient syndiquées ou non, les femmes professionnelles dans les sociétés de 200 employés et plus gagnent un salaire moyen inférieur à celui de leurs collègues masculins au privé comme au public.
Photo: Getty Images Qu’elles soient syndiquées ou non, les femmes professionnelles dans les sociétés de 200 employés et plus gagnent un salaire moyen inférieur à celui de leurs collègues masculins au privé comme au public.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Un quart de siècle après l’adoption au Québec de la Loi sur l’équité salariale, le combat contre les écarts salariaux entre les hommes et les femmes demeure malheureusement loin d’être gagné. Des disparités importantes subsistent, particulièrement entre les domaines d’activité traditionnellement masculins ou féminins.

Ce sujet se trouvera au cœur des revendications du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) au cours des deux prochaines années. L’organisation s’attaque en effet à ce qu’elle perçoit comme une discrimination systémique dans le marché du travail québécois, notamment au sein du secteur public.

« La Loi sur l’équité salariale a constitué une belle avancée et allait aussi loin qu’il était possible d’aller lors de son adoption en 1996, note Line Lamarre, présidente du SPGQ. Cependant, elle présente un défaut : elle n’exige la comparaison des salaires qu’entre les employés d’une même organisation et non entre les domaines d’activité ou entre les employeurs d’un secteur. »

Or, selon elle, une importante iniquité salariale subsiste entre des postes de nature similaire occupés dans des secteurs d’activité traditionnellement masculins et féminins.

Discrimination systémique

En 2018, le SPGQ avait publié une analyse des différences salariales entre 15 organisations parapubliques : six d’entre elles comptaient en majorité des travailleurs et neuf, des travailleuses. L’analyse se basait sur les salaires de 2017. Conclusion : pour quatre organisations à prédominance masculine sur six, « les salaires de plusieurs catégories d’emploi de professionnels se situent dans le tiers le plus élevé ».

À l’inverse, cinq organisations majoritairement féminines sur neuf accordaient des salaires classés dans le tiers le plus faible. Le SPGQ calcule un écart d’au moins 12 000 $ par année entre les rémunérations à Hydro-Québec (organisation masculine) et celles offertes dans des organisations plus féminines, comme Revenu Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, le Musée de la civilisation et le Musée des beaux-arts du Québec.

En 2019, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) constatait pour sa part une différence de rémunération globale entre l’administration québécoise (où l’on trouvait 72,2 % de femmes) et les entreprises publiques (où elles n’étaient que 37,1 %). Bien que les deux groupes travaillent pour le même employeur, les salariés des entreprises publiques recevaient alors en moyenne 24 % de plus que ceux de l’administration québécoise.

12 000 $

C’est l’écart annuel entre les rémunérations offertes par une organisation traditionnellement masculine, comme Hydro-Québec, et celles offertes dans des organisations plus féminines.

La même année, Statistique Canada soutenait que la répartition des femmes et des hommes entre les industries constituait l’un des deux facteurs qui expliquaient le mieux l’écart salarial persistant entre les deux groupes. Pour enfoncer le clou, l’Institut de la statistique du Québec rappelait plus tôt cette année que les femmes professionnelles dans les sociétés de 200 employés et plus gagnaient moins que leurs collègues masculins au privé comme au public, qu’elles soient syndiquées ou non.

Ces écarts salariaux démontrent une discrimination systémique très ancrée chez nous, selon la présidente du SPGQ. Elle donne l’exemple du secteur de l’éducation. Traditionnellement, les niveaux primaire et secondaire ont beaucoup été l’affaire des femmes, alors que le palier universitaire est longtemps resté une chasse gardée des hommes. « Ça explique en grande partie pourquoi aujourd’hui le personnel au primaire et au secondaire, par exemple les conseillers pédagogiques, gagne beaucoup moins qu’à l’université », soutient-elle.

La présidente ajoute au passage que des hommes souffrent également par la bande de cette discrimination. En effet, ceux qui décident d’entrer dans des secteurs majoritairement féminins, comme la santé, l’éducation et la culture, se retrouvent eux aussi moins bien payés que s’ils avaient opté pour un domaine traditionnellement masculin.

Changer la loi

Le SPGQ exige que le gouvernement québécois modifie la Loi sur l’équité salariale en y incluant une obligation de comparer les salaires entre les employeurs d’un même secteur d’activité ainsi qu’entre les secteurs. « C’est nécessaire pour réellement rendre notre société équitable entre les femmes et les hommes », affirme Line Lamarre.

D’autant que ces disparités ne restent pas sans conséquences. Si son syndicat réunit des professionnelles et professionnels du secteur public, la présidente rappelle que l’iniquité salariale entre les secteurs d’activité a des effets graves sur l’autonomie financière d’un grand nombre de femmes, notamment dans le secteur privé. Les femmes représentent près de six travailleurs au salaire minimum sur dix au Québec.

Malgré l’augmentation de 40 ¢ l’heure qui a fait passer ce taux horaire à 13,50 $ le 1er mai dernier, il reste difficile de vivre convenablement avec un tel revenu. « Cela place de nombreuses femmes dans des situations très vulnérables, entre autres celles qui élèvent des enfants seules, se désole Line Lamarre. Améliorer l’équité salariale entre les secteurs d’activité favorisera l’autonomie financière de nombreuses femmes. »

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