Un débat fédéral jeunesse vigoureux

Steven Guilbeault (Parti libéral), Steve Shanahan (Parti conservateur), Ève Péclet (Nouveau Parti démocratique) et Shophika Vaithyanathasarma (Bloc Québécois) ont partagé la scène du cinéma Impérial.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Steven Guilbeault (Parti libéral), Steve Shanahan (Parti conservateur), Ève Péclet (Nouveau Parti démocratique) et Shophika Vaithyanathasarma (Bloc Québécois) ont partagé la scène du cinéma Impérial.

L’avenir de la jeunesse canadienne a donné lieu à de vifs échanges entre quatre candidats de circonscriptions montréalaises, mardi soir, à l’occasion d’un débat organisé par Force Jeunesse. Tous ont campé leur position, sans toutefois se gêner pour critiquer leurs adversaires.

Steven Guilbeault (Parti libéral), Steve Shanahan (Parti conservateur), Ève Péclet (Nouveau Parti démocratique) et Shophika Vaithyanathasarma (Bloc Québécois) ont partagé la scène du cinéma Impérial lors d’une soirée animée de main de maître par Michel C. Auger.

L’avenir de la dette

La question de l’équilibre de finances publiques – et la gestion de la dette – a permis dès les premiers échanges de distinguer les points de vue. Steven Guilbeault a défendu l’endettement record du Canada durant la pandémie (« c’était la chose à faire »), puis rejeté l’idée que les prestations d’aide n’avaient plus leur place. « L’idée qu’il y a des jeunes qui attendent chez eux un chèque de PCRE et qui ne vont pas sur le marché du travail, c’est un mythe. » Il a noté au passage que l’agence de notation Standard & Poor’s avait maintenu la cote triple A de la dette à long terme du Canada, la meilleure de son classement.

La candidate du NPD a plutôt insisté sur une taxe de 1 % sur la richesse pour éponger la facture de la pandémie. « Est-ce qu’on va taxer la richesse où elle est ? Est-ce qu’on va encore dire aux Québécois et aux Québécoises que c’est à nous de payer pour la pandémie, ou ce sont les gens qui se sont enrichis pendant la pandémie ? Attaquons-nous à l’évasion fiscale qui nous fait perdre des milliards de dollars », a-t-elle lancé. « Attaquons-nous aux inégalités grandissantes au Canada. »

Steve Shanahan n’a pas abordé la question de front, préférant répondre sur la fin des prestations d’urgence. « Il faut qu’on remette l’économie en marche pour éviter qu’on commence à avoir une dette polygénérationnelle », a-t-il avancé, sans expliquer le concept. Shophika Vaithyanathasarma a plutôt estimé que la PCRE « est en train de créer une immense dette que, malheureusement, notre génération va devoir payer », et que ce soutien doit être restreint à quelques secteurs comme la culture et l’aéronautique.

Les jeunes au pouvoir

L’âge moyen des dirigeants sur les conseils d’administration canadiens oscille autour de 57 ans, a affirmé Michel C. Auger avant de demander des pistes de solutions aux candidats pour que plus de jeunes y accèdent.

La candidate bloquiste, la plus jeune du groupe, a répondu en notant que « 22 % [des candidats bloquistes] sont des jeunes de 30 ans et moins ». Ramenée sur la question par l’animateur, elle a objecté que « les conseils d’administration, c’est quand même un peu loin de la politique fédérale ».

Le représentant conservateur a rappelé son passé à l’hôtel de ville de Montréal où un Conseil jeunesse, tout comme un Conseil des femmes et un Conseil interculturel, intervenait auprès des décideurs. « Ces instances-là qui donnent des conseils aux plus expérimentés, à ceux aux cheveux un peu moins foncés, c’était vraiment apprécié », a-t-il avancé en suggérant de répliquer la formule au gouvernement fédéral.

Ève Péclet en fait une question de « leadership ». « Le gouvernement fédéral doit donner l’exemple. La première chose qu’on pourrait faire, c’est exiger qu’on aille plus de jeunes sur les conseils d’administration des institutions publiques fédérales. »

Approuvant sa collègue, Steven Guilbeault a soutenu que son gouvernement devait « en faire plus ». Selon lui, à peu près 10 % des nominations qu’il a approuvées en tant ministre du Patrimoine étaient des jeunes. « Même si au fédéral, on n’a pas d’obligations légales, on a l’obligation morale » de diversifier les conseils d’administration, a-t-il déclaré.

Le gros morceau de l’environnement

L’animateur a accordé quelques minutes supplémentaires à la portion du débat sur l’environnement, le sujet ayant provoqué davantage de questions de la part de l’assistance.

Une « banque canadienne du climat » devrait agir comme levier pour financer les industries écoresponsables, a proposé la candidate néodémocrate. Se disant inspirée du « Green New Deal » américain, elle a promis de mettre fin aux subventions aux pétrolières et de tout miser dans les énergies renouvelables et le transport en commun. « Il faut que tous les investissements qu’on fait soient dans cette pensée-là que les changements climatiques n’ont pas de frontières ».

« Nous avons lancé notre plan pour l’environnement et je vous avoue que dans le passé, c’est quelque chose qu’on n’avait pas chez nous », a laissé tomber le candidat conservateur avec un rictus. Il assure que son parti « a changé » avec son nouveau chef et s’engage à étendre le marché du carbone et à respecter les objectifs de l’accord de Paris.

« Pouvez-vous préciser lesquels ? », a lancé Steven Guilbeault, qui traîne une longue carrière dans le domaine de l’environnement, mais sans obtenir de réponse.

La réplique de Steve Shanahan est survenue quelques minutes plus tard en parlant du bilan du gouvernement libéral. « Ils ont dit qu’ils allaient planter 2 milliards d’arbres. Ils ont fait 2 % », a raillé le candidat conservateur.

« La taxe sur le carbone a eu peu ou pas d’effet sur la diminution des gaz à effet de serre », a affirmé à son tour Shophika Vaithyanathasarma. Listant la fin de projets liés aux combustibles fossiles, elle a indiqué qu’« avec les gains de la fin de ces engagements polluants, nous souhaitons devenir des leaders en matière d’énergies vertes, renouvelables et durables ».

« Je suis de ceux qui pensent qu’on peut aller plus vite pour éliminer les subventions aux combustibles fossiles », a reconnu le candidat libéral. « Notre amie du NPD nous dit qu’il y a encore 18 milliards de subventions aux combustibles fossiles par année au Canada. C’est vrai. Ces subventions-là sont en diminution depuis 2018, de 3 milliards de dollars en moins par année. Mais, on investit deux fois plus dans les énergies vertes que dans les énergies fossiles », a renchéri l’ancien directeur d’Équiterre. Il a aussi soutenu qu’un nouveau gouvernement libéral imposerait un plafonnement sur les émissions de gaz à effets de serre sur les industries gazières et pétrolières au pays.

L’accès à la propriété

Les quatre candidats ont reconnu la crise du logement, sans s’entendre sur le moyen de le régler.

« La seule mesure qui va vraiment mettre un frein a la spéculation immobilière et à l’inaccessibilité du logement, c’est le réinvestissement public massif dans des logements sociaux et abordables », a défendu la candidate néodémocrate en proposant 500 000 nouveaux logements.

« Ceux qui disent qu’il y a une solution, il y a différentes problématiques », a répliqué Steven Guilbeault. « La question du logement social, ce n’est pas la même que l’accès à la propriété, notamment pour les jeunes. » Son parti a déjà une stratégie nationale sur le logement, dit-il. « La réalité, pour être au gouvernement depuis deux ans, je comprends qu’on ne peut pas claquer des doigts et faire apparaître des choses. »

Shophika Vaithyanathasarma a déclaré que le Bloc Québécois proposait une « taxe sur la spéculation pour diminuer les hausses artificielles du marché » et de « réinvestir progressivement en logement social, abordable et aussi communautaire ».

Le candidat conservateur a lui soumis l’idée de « céder des terres de la Couronne pour la construction de logements », puis d’offrir « aux investisseurs étrangers la chance d’investir davantage dans la location ».

Le premier débat des chefs des partis politiques aura lieu ce jeudi à 20 h.



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