Nouvelle intrusion de Trudeau dans les compétences de Québec

La crise sanitaire a eu des effets importants sur la santé mentale de la population.
Photo: Graham Hughes la presse canadienne La crise sanitaire a eu des effets importants sur la santé mentale de la population.

Les doléances du premier ministre François Legault n’auront pas eu d’effet sur Justin Trudeau. Le chef libéral a fait de nouveau intrusion dans un champ de compétence québécois mardi en annonçant un nouveau transfert consacré aux soins de santé mentale.

« On sait que c’est une responsabilité provinciale, mais tout comme je crois que vous devriez avoir un médecin de famille ou une équipe de santé familiale, je crois aussi que vous devriez avoir accès à du soutien en santé mentale si vous en avez besoin, et c’est ce qu’on va offrir », a-t-il déclaré lors de son annonce à Ottawa.

L’enveloppe de 4,5 milliards de dollars servirait notamment à réduire le temps d’attente pour consulter gratuitement un psychologue dans le réseau public et à ajouter des professionnels spécialisés en santé mentale. Cet argent s’ajouterait aux fonds déjà consentis dans le cadre de l’accord bilatéral signé en 2017 et qui prévoyait 2,5 milliards sur dix ans pour les soins de santé mentale et les soins à domicile au Québec. À l’époque, ce montant forfaitaire avait été offert alors que le gouvernement Trudeau avait ramené le taux de croissance annuel du transfert en santé de 6 % à 3 %. Le Québec avait fini par l’accepter, non sans s’y être d’abord opposé.

La semaine dernière, François Legault avait dénoncé les velléités centralisatrices du Parti libéral du Canada (PLC) et du Nouveau Parti démocratique (NPD). Les deux voudraient imposer des normes nationales dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Les libéraux ont promis de surcroît d’éliminer les listes d’attente en santé, de même qu’à embaucher 7500 médecins de famille et infirmières en injectant 9 milliards de dollars. Le premier ministre québécois est demeuré muet après l’annonce de M. Trudeau mardi.

Similitudes relevées

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, n’a pas hésité à accuser le chef libéral de s’inspirer de la promesse des conservateurs qui ont fait de la santé mentale l’un des piliers de leur programme électoral. Le chef du Parti conservateur du Canada (PCC), Erin O’Toole, a promis d’y allouer une part du financement global en santé pour qu’un million de Canadiens puissent obtenir du soutien.

« Je trouve ça révélateur, a réagi M. Blanchet. M. O’Toole dit : “je vais transférer de l’argent aux provinces en santé sans condition et, à côté, je vais mettre de l’argent réservé à la santé mentale”. Il vient de défaire dans la deuxième phrase ce qu’il a fait dans la première phrase, tant et si bien que M. Trudeau a trouvé ça inspirant. »

« Alors, ils doivent faire en santé comme M. Trudeau a eu la sagesse de faire pour les garderies — sagesse que M. O’Toole n’a ni comprise ni appliquée — et dire “voici les sommes attribuées à la santé mentale”. La part du Québec de ces sommes égale grossièrement à peu près un milliard, et ce milliard-là sera versé à Québec sans conditions parce que Québec est le seul maître d’œuvre en matière de santé, incluant la santé mentale », a poursuivi le chef bloquiste.

Or, les libéraux n’offriraient pas le droit de retrait avec pleine compensation, mais espèrent qu’ils pourraient s’entendre avec le Québec sur des objectifs communs. « Il y a une des leçons qu’on a apprises [de la pandémie], c’est que la santé mentale doit être une priorité et on sait que toutes les provinces en font une priorité, a affirmé M. Trudeau. […] On n’est pas en train de microgérer. »

C’est également ce qu’a laissé entendre le chef conservateur après avoir été questionné sur l’enveloppe qu’il destinerait à la santé mentale. Selon le plan de son parti, cet argent serait pris à même les transferts en santé, qu’il promet de hausser de 6 % annuellement sans condition… « Je sais qu’après la pandémie avec les féminicides, la dépression [chez] nos jeunes, ça serait une priorité pour le gouvernement de M. Legault, a-t-il répondu. En plus, j’ai des investissements pour les organisations à but non lucratif sur le terrain au Québec et à travers le pays. »

Plus de transferts exigés

Les provinces demandent depuis des mois une hausse de 28 milliards des transferts en santé, qui ferait passer la contribution du gouvernement fédéral de 22 % à 35 %. Au Québec, cela représenterait une somme de 6 milliards de dollars supplémentaires cette année.

En plus du nouveau transfert de 4,5 milliards de dollars, M. Trudeau a promis 1,4 milliard pour élaborer une stratégie sur la santé mentale des Premières Nations, des Inuits et des Métis. S’ajouteraient également 500 millions sur quatre ans pour le bien-être psychologique des étudiants, pour un total de 6,5 milliards de dollars de fonds fédéraux destinés à la santé mentale.

« Avec les promesses de Justin Trudeau en général, le problème est qu’il dit des belles paroles souvent », a souligné le chef néodémocrate, Jagmeet Singh. Il a cité en exemple le programme d’assurance médicaments promis par les libéraux en 2019 et qui n’a finalement jamais vu le jour.

« Pour nous, les néodémocrates, on comprend comment la santé mentale est un grand problème parce que c’était toujours difficile d’avoir accès aux services de soins de santé mentale et maintenant, c’est encore plus difficile à cause de la pandémie », a-t-il remarqué. Il promet davantage de ressources pour y remédier. Dans son programme électoral, le NPD s’engage à mettre en place des soins en santé mentale pour les gens non assurés. Il propose également une stratégie pancanadienne de santé mentale périnatale, sans toutefois la détailler.

Avec Boris Proulx



À voir en vidéo