L’immunité collective: un objectif de plus en plus illusoire

L’immunité collective apparaît de plus en plus comme un mirage avec l’arrivée de variants résistants aux vaccins.
RYAN REMIORZ ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE L’immunité collective apparaît de plus en plus comme un mirage avec l’arrivée de variants résistants aux vaccins.

Face au variant Delta et à sa forte contagiosité, il semble maintenant illusoire d’atteindre l’immunité collective uniquement grâce aux vaccins, mais ceux-ci restent tout de même cruciaux pour circonscrire la pandémie de COVID-19, estiment les spécialistes.

Désormais dominant, le variant Delta est jugé 60 % plus transmissible que le précédent (Alpha) et deux fois plus que le virus historique. Or, plus un virus est contagieux, plus élevé est le seuil nécessaire à l’immunité collective, laquelle s’obtient par les vaccins ou l’infection naturelle.

« Sur le plan théorique, c’est une formule très facile à calculer », explique l’épidémiologiste Antoine Flahault à l’Agence France-Presse.

Le calcul de l’immunité collective se fait à partir du taux de reproduction de base du virus, le R0, soit le nombre de personnes qu’une personne infectée contamine en l’absence de mesures de contrôle.

Pour le virus historique au R0 de 3, le seuil était estimé « à 66 % » de personnes immunisées, rappelle le Dr Flahault. Mais « si le R0 est de 8 comme avec le variant Delta, on arrive à 90 % », reprend-il.

Ce seuil pourrait être atteignable si les vaccins étaient efficaces à 100 % contre l’infection. Mais ce n’est pas le cas.

Selon des données publiées mardi par les autorités américaines, l’efficacité des vaccins Pfizer et Moderna contre l’infection a baissé de 91 % à 66 % depuis que Delta est devenu dominant aux États-Unis.

En plus des caractéristiques du variant, cela pourrait être lié au fait que l’efficacité diminue avec le temps : elle tombe de 88 % à 74 % au bout de cinq à six mois pour Pfizer, et de 77 % à 67 % après quatre à cinq mois pour AstraZeneca, selon une étude britannique rendue publique mercredi dernier.

C’est ce qui pousse de plus en plus de pays à envisager une dose de rappel (le plus souvent une troisième dose).

L’objectif d’une immunité collective suffisante pour juguler complètement la contagion du virus est également jugé illusoire par l’un des pères du vaccin AstraZeneca.

« Avec le variant actuel, nous sommes dans une situation où l’immunité collective n’est pas une possibilité, car il infecte des gens vaccinés », a déclaré le Dr Andrew Pollard de l’Université d’Oxford, le 10 août devant les députés britanniques.

Mais même si l’immunité collective par la vaccination est devenue « un mythe », selon les termes du Dr Pollard, les spécialistes insistent sur le fait que les vaccins sont indispensables.

« Ce que les scientifiques préconisent, c’est le maximum de personnes protégées », assure le Dr Flahault.

« Dans les milieux à risques, même les gens vaccinés doivent garder le masque, tant qu’il y aura de la transmission. » Et il en restera toujours, ailleurs sur la planète, affirme au Devoir André Veillette, expert en immunisation à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et membre du Groupe de travail sur la vaccination contre la COVID-19 créé par le fédéral. « En science, c’est normal de revoir nos hypothèses. C’est frustrant pour la population, dit-il, car on a beaucoup vendu la vaccination comme étant la solution unique. »

« Pendant la pandémie de sida, quand les scientifiques ont dit qu’il fallait mettre des préservatifs, beaucoup de gens ont répondu “d’accord pour l’instant, pendant un temps”, et finalement on a continué », renchérit Antoine Flahault. « Il se peut que l’on continue à mettre le masque dans les lieux clos et les transports pendant pas mal de temps ».

 

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