La santé mentale des Montréalais mise à mal depuis le début de la pandémie

Montréal a été très touchée par la COVID-19 : la métropole a vécu de longues semaines en « zone rouge », avec un maximum de restrictions et le nombre d’infections à la COVID-19 y était parmi les plus élevés de la province.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Montréal a été très touchée par la COVID-19 : la métropole a vécu de longues semaines en « zone rouge », avec un maximum de restrictions et le nombre d’infections à la COVID-19 y était parmi les plus élevés de la province.

La santé mentale des Montréalais continue d’être moins bonne que celle des autres Québécois depuis le début de la pandémie de COVID-19, rapporte la Santé publique de la métropole. Un de ses constats est toutefois encourageant : si leur santé mentale s’est détériorée depuis septembre dernier, la levée des mesures de confinement au printemps semble avoir eu un effet bénéfique sur leurs niveaux d’anxiété et symptômes dépressifs qui se sont depuis stabilisés.

Stabilisés, « mais tout de même plus élevés que ce à quoi on s’attendrait d’habitude ».

C’est le constat de Véronique Nadeau-Grenier, de la Direction régionale de santé publique de Montréal (DSPM) du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île de Montréal, lors d’une entrevue avec La Presse canadienne.

Un Montréalais sur trois rapportait en février avoir des symptômes compatibles avec un trouble d’anxiété généralisée ou un trouble dépressif probable. « C’est beaucoup de monde quand même », dit-elle. Ailleurs au Québec, il s’agissait plutôt d’une personne sur cinq.

« Et cela demeure préoccupant, juge-t-elle. Cela demeure un problème, un grand enjeu qu’il faut mettre de l’avant. »

Elle précise toutefois que les symptômes ont été déclarés dans le cadre d’un sondage et n’ont pas été confirmés par un examen clinique et un diagnostic.

Cette plus récente analyse de « l’enquête sur les impacts psychosociaux de la pandémie de COVID-19 » se penche sur une période allant de décembre à février, a noté Mme Nadeau-Grenier, qui est agente de planification, de programmation et de recherche à la DSPM.

En février 2021, environ 1 personne sur 15 parmi les répondants à Montréal avait sérieusement songé au suicide au cours des 12 mois précédents, comparativement à 1 personne sur 20 au Québec.

Mais cette « stabilisation » de la santé mentale signifie quand même que la santé mentale des Montréalais n’a pas continué à se détériorer. Pourquoi ?

Il semble y avoir un lien avec la situation épidémiologique, a répondu Mme Nadeau-Grenier. À la fin du mois de février, le gouvernement a commencé à annoncer des mesures de déconfinement et beaucoup de citoyens ont pu entrevoir la lumière au bout du tunnel. « Les choses ont l’air d’aller vers le mieux, à ce moment-là. »

L’allègement des mesures de confinement a permis de briser l’isolement, source de détresse chez bien des gens.

Et puis, depuis le début de la pandémie, la Santé publique a fait beaucoup de promotion des lignes d’écoute et des différents services d’aide en santé mentale, a-t-elle souligné. Au printemps, les citoyens étaient peut-être plus informés des ressources disponibles, et savaient qu’ils n’avaient pas besoin d’être en crise pour aller chercher de l’aide.

Il est important de noter que ce sondage est basé sur un échantillon non probabiliste et n’est donc pas représentatif de l’ensemble de la population. Il est tout de même fort utile à la santé publique pour voir comment les choses ont évolué depuis mars 2020 et identifier quels groupes de la population souffrent le plus.

Avec les données recueillies, il devient donc possible de prioriser des interventions, par exemple chez les jeunes adultes, les anglophones et les travailleurs essentiels et ceux du réseau de la santé qui ont été particulièrement affectés, dit-elle. « On peut leur offrir plus de soutien psychologique. »

Pourquoi pire à Montréal ?

La santé psychologique des Montréalais était déjà moins bonne que celle des habitants des autres villes avant la pandémie, rappelle Mme Nadeau-Grenier.

Notamment parce qu’on y trouve plus de jeunes, et plus de gens vivant avec des facteurs de vulnérabilité socio-économique comme c’est le cas des nouveaux arrivants.

Aussi, Montréal a été très touchée par la COVID-19 : la métropole a vécu de longues semaines en « zone rouge », avec un maximum de restrictions et le nombre d’infections à la COVID-19 y était parmi les plus élevés de la province. « Cela crée de l’anxiété. »

« De plus, certains secteurs d’emploi importants à Montréal (tourisme, restauration, commerce de détail) ont été très affectés par la fermeture des services non essentiels et les restrictions sur les voyages, ce qui a entraîné d’importantes conséquences économiques pour les Montréalais », peut-on lire dans la note d’analyse.

Et l’avenir ?

La collecte de données et son analyse sont en cours pour la période estivale. Les données préliminaires semblaient montrer une amélioration de l’état de santé mentale des Montréalais.

« On espère que cela ne va pas se détériorer avec la rentrée et la hausse des cas » que l’on voit actuellement, souligne Mme Nadeau-Grenier.

Cela dit aussi qu’il faut tout faire, maintenant, pour empêcher la transmission du virus, ajoute-t-elle.

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