Les évacuations canadiennes d'Afghanistan sont presque terminées

Le Canada avait rapatrié plus de 2700 personnes, en date de mercredi, dont 1000 Afghans. Des centaines d’autres demeurent cependant sur le terrain, incapables d’accéder à l’aéroport de Kaboul ou de monter à bord des vols canadiens. Sur la photo, une famille d’Afghans à l’aéroport international de Washington-Dulles, mercredi.
Photo: Jose Luis Magana Associated Press Le Canada avait rapatrié plus de 2700 personnes, en date de mercredi, dont 1000 Afghans. Des centaines d’autres demeurent cependant sur le terrain, incapables d’accéder à l’aéroport de Kaboul ou de monter à bord des vols canadiens. Sur la photo, une famille d’Afghans à l’aéroport international de Washington-Dulles, mercredi.

L’opération d’évacuation du Canada en Afghanistan tire à sa fin. Le départ imminent des troupes américaines forcera le Canada à plier bagage d’ici cette fin de semaine, laissant possiblement derrière lui des centaines de ressortissants canadiens et d’anciens employés afghans du gouvernement. Une situation qui a forcé Justin Trudeau à se défendre, une fois de plus, de ne pas en faire assez dans ce dossier. Le chef libéral a en outre dû fournir des explications après que sa ministre Maryam Monsef eut qualifié les talibans de « frères » en conférence de presse.

Le gouvernement canadien est venu confirmer, mercredi, qu’il ne pourra encore assurer que quelques vols d’évacuation tout au plus. Le dernier s’envolera probablement de Kaboul jeudi, le temps de permettre ensuite à l’armée canadienne de quitter à son tour l’Afghanistan avant que les Américains rapatrient tous leurs effectifs.

« Nous aurions aimé rester au-delà de la date butoir du 31 août. Mais comme vous le savez, cette décision a été prise par les Américains », a expliqué le ministre sortant de la Défense, Harjit Sajjan, en conférence de presse, pour faire le point sur la crise en Afghanistan. « Je vous assure que nous continuerons à évacuer autant d’Afghans que possible d’ici là », a-t-il insisté.

Il est possible que nous ne parvenions pas à ramener tout le monde qui le souhaite

Justin Trudeau avait demandé à Joe Biden, comme ses alliés, que les États-Unis acceptent d’assurer la sécurité de l’aéroport de Kaboul au-delà de mardi prochain. Le président américain a cependant décliné, à l’issue de la rencontre du G7 mardi.

L’armée canadienne a opéré en moyenne deux vols d’évacuation par jour, permettant le départ quotidien d’environ 500 personnes, selon une source gouvernementale. Puisque les Américains auront besoin de quelques jours pour évacuer leur propre personnel militaire et tout leur équipement, « la fenêtre se referme », a reconnu cette source, qui n’était pas autorisée à s’exprimer publiquement.

L’expert de la défense et vice-président de l’Institut canadien des affaires mondiales, David Perry, confirme que les Américains devront probablement entamer leur retrait dès vendredi pour avoir le temps de rapatrier 6000 soldats et tout l’équipement qu’ils ont sur place. « Il ne reste donc qu’un jour ou deux au Canada », a-t-il prédit.

« Il est possible que nous ne parvenions pas à ramener tout le monde qui le souhaite », a consenti le ministre sortant des Affaires étrangères, Marc Garneau.

D’anciens collaborateurs coincés

Son chef, Justin Trudeau, a lui aussi reconnu que le temps commençait à manquer pour évacuer tous les citoyens et résidents permanents canadiens qui se trouvent encore en Afghanistan, de même que les anciens interprètes, chauffeurs et autres employés qui ont prêté main-forte au Canada pendant 15 ans.

« Nous allons évidemment faire tout ce qu’on pourra dans les prochains jours. Mais ça ne s’arrêtera pas là », a plaidé M. Trudeau. « On va continuer d’être impliqué avec les partenaires dans la région dans les semaines et les mois à venir, en mettant pression sur les talibans, avec la communauté internationale, pour laisser les gens qui le veulent quitter le pays. Et nous allons être là pour accueillir des dizaines de milliers d’Afghans dans les mois à venir », a insisté le chef libéral.

Le Canada avait rapatrié plus de 2700 personnes, en date de mercredi, dont 1000 Afghans. Des centaines d’autres demeurent cependant sur le terrain, incapables d’accéder à l’aéroport de Kaboul ou de monter à bord des vols canadiens.

Outre l’évacuation en cours dans la capitale, le Canada a promis d’accueillir 20 000 Afghans qui auront décroché un visa canadien et trouvé refuge dans les pays voisins. Le défi, pour eux, est cependant de taille. « Les talibans ont bloqué à peu près tous les points de passage », note Sami Aoun, professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Sherbrooke. C’est donc « une course contre la montre » à l’aéroport de la capitale pour les Afghans qui tentent de quitter leur pays avant d’y être coincés.

 

David Perry ajoute que les Afghans semblent aussi croire que fuir par voie terrestre n’est pas aussi simple que le laisse entendre le Canada, « s’ils sont littéralement en train de lancer leurs enfants à des étrangers au-dessus d’une clôture de barbelés » en espérant ainsi les faire évacuer.

Maryam Monsef dans l’embarras

La ministre sortante de la Condition féminine a par ailleurs fait quelque peu dérailler la mise à jour du gouvernement sur la situation en Afghanistan, en s’adressant à « nos frères, les talibans ». Mme Monsef — qui est née en Iran de parents afghans — les a ensuite implorés de permettre aux ressortissants de quitter l’Afghanistan, de cesser la violence, le féminicide, le génocide et de revenir à l’accord de paix conclu l’an dernier avec les États-Unis. Elle a cependant aussitôt été invitée par les journalistes à clarifier ses propos. « La référence à “nos frères” est culturelle. Mais permettez-moi d’être claire : nous ne soutenons pas les talibans », a-t-elle certifié en les qualifiant de « terroristes ».

Justin Trudeau n’a pas souhaité réagir. « La ministre a expliqué ses commentaires. Je n’ai rien à ajouter », a-t-il tranché. « Comme j’ai été très clair depuis le début : les talibans sont des terroristes. Nous n’avons pas l’intention de les reconnaître », a-t-il réitéré à son tour.

Sami Aoun confirme que le terme « nos frères » est utilisé couramment dans la langue arabe et le langage islamique. « C’est une maladresse de sa part de l’utiliser en parlant des talibans », a-t-il cependant observé.

Les partis d’opposition ont saisi la balle au bond.

Le chef conservateur Erin O’Toole a accusé le gouvernement au grand complet d’avoir « utilisé un langage totalement inacceptable ». Le leader bloquiste, Yves-François Blanchet, a parlé d’une « extrême maladresse », d’une expression « un peu intense » de la ministre qui aurait dû à son avis « avoir une sensibilité aux références culturelles au Canada et au Québec aussi ». Le chef néodémocrate Jagmeet Singh n’a cependant pas voulu « marquer de points politiques », martelant simplement qu’il estime aussi que les talibans sont un organisme terroriste.

Reconnus ou pas, les talibans ?

Bien qu’il répète depuis une semaine que son gouvernement n’a pas l’intention de reconnaître le gouvernement formé par les talibans, Justin Trudeau a indiqué à l’issue de la rencontre du G7 mardi que la communauté internationale avait des demandes très claires pour eux s’ils souhaitent qu’il y ait « un dialogue constructif et positif ».

David Perry nuance qu’un dialogue n’entraîne pas nécessairement une reconnaissance politique formelle d’un gouvernement. La communauté internationale peut échanger avec les talibans simplement pour arriver à ses fins et permettre l’évacuation de davantage de réfugiés, note-t-il.

« On parle à son ennemi », a illustré à son tour Sami Aoun.

Avec Boris Proulx



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