Le télétravail moins accessible aux professeurs dès la rentrée

Les enseignants ayant une santé fragile s’inquiètent du resserrement des critères ouvrant la voie au télétravail. L’arrivée tardive de ces consignes a aussi provoqué des frustrations.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les enseignants ayant une santé fragile s’inquiètent du resserrement des critères ouvrant la voie au télétravail. L’arrivée tardive de ces consignes a aussi provoqué des frustrations.

Le ministère de l’Éducation resserre les critères permettant au personnel scolaire d’être exempté de présence à l’école pour des raisons médicales. Les employés qui réclament le télétravail doivent désormais faire partie d’un « groupe à risque élevé de complications de la COVID-19 », une définition beaucoup plus restrictive que depuis le début de la pandémie.

Le travail à distance sera possible pour les personnes faisant partie d’un « groupe à risque élevé de complications » reconnu par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), indique une note du sous-ministre de l’Éducation, Alain Sans Cartier, transmise au réseau scolaire le 18 août 2021.

La vaccination a changé la donne en prévenant les formes graves de la maladie même pour les personnes ayant une maladie chronique, précise le plus récent avis de l’INSPQ sur cette question. En conséquence, le nombre d’enseignants et d’autres catégories de personnel scolaire ayant droit au télétravail risque de chuter de façon importante, a appris Le Devoir.

Les directions d’école accueillent avec soulagement ce prévisible retour en classe d’enseignants. La pénurie de personnel suscite des craintes, à la veille de la rentrée scolaire. Les syndicats d’enseignants s’inquiètent toutefois pour la santé de leurs membres, en pleine émergence de la quatrième vague due au variant Delta.

C’est insultant de se faire avertir comme ça à la dernière minute

Les personnes immunosupprimées, à cause d’un cancer ou d’une greffe rénale, par exemple, font toujours partie d’un « groupe à risque élevé de complications de la COVID-19 », indique l’INSPQ. Ces personnes ont encore droit au télétravail dans le réseau scolaire.

Les critères d’exemption se corsent pour les gens ayant une maladie chronique comme le diabète, l’obésité ou l’asthme, par exemple. Au cours de la dernière année scolaire, il suffisait de souffrir d’un de ces problèmes de santé pour avoir un billet de médecin autorisant la télétravail. Plus maintenant. La vaccination protège même les personnes ayant une santé fragile, indique l’INSPQ.

« Pour les principaux vaccins utilisés dans la campagne de vaccination COVID-19 au Québec, l’efficacité serait d’au moins 90 % pour la prévention des formes graves suivant une vaccination adéquate, et ce, quel que soit l’âge ou la présence de comorbidité », détaille l’avis scientifique du 3 août 2021.

Nouveaux critères

Pour faire partie d’un « groupe à risque élevé de complications de la COVID-19 » reconnu par l’INSPQ, il faut désormais souffrir d’au moins trois maladies chroniques ; souffrir d’une maladie chronique qui répond à un critère de sévérité (angine, infarctus du myocarde récent, dialyse, insuffisance cardiaque récente, etc.) ; être âgé de 60 à 69 ans et atteint d’au moins deux maladies chroniques ; être âgé de 70 ans et plus ; ou encore avoir une maladie falciforme, qui nuit au transport de l’oxygène aux organes par le sang.

« La présence d’une maladie chronique augmente le risque d’avoir des complications de la COVID-19, incluant le décès, nuance l’avis de l’INSPQ. En particulier, les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, les maladies hépatiques et rénales, le diabète et l’obésité ressortent comme facteurs de risque. Un cumul de comorbidités ainsi qu’un âge avancé sont aussi des facteurs de risques importants d’avoir des complications de la COVID-19. »

Jugement du médecin

Ces directives ne sont pas coulées dans le béton. Les médecins doivent toujours exercer leur jugement professionnel pour exempter ou non leurs patients de la présence au travail, explique le Dr Stéphane Perron, de l’INSPQ.

« Les lignes directrices sont des balises pour les médecins. Si le médecin juge, pour toutes sortes de raisons, que la personne est vraiment à risque, il va demander une exemption de cette personne-là », affirme-t-il.

 

« C’est clair que le vaccin a changé beaucoup beaucoup de choses, mais si des gens sont très vulnérables, même s’ils sont doublement vaccinés, je pourrais parfaitement concevoir que des médecins disent : “Je ne conseille pas que tu retournes travailler en présence” », ajoute le Dr Perron.

À défaut d’accorder une exemption pour le télétravail, le médecin peut exiger des mesures sanitaires particulières pour un employé vulnérable — comme le port du masque des collègues immédiats ou un réaménagement raisonnable des locaux de travail pour permettre la distanciation, par exemple. « En cas d’éclosion, ces personnes [vulnérables] seront aussi retirées beaucoup plus rapidement du milieu de travail », précise le Dr Perron.

Inquiétudes du personnel

Les enseignants ayant une santé fragile s’inquiètent du resserrement des critères ouvrant la voie au télétravail. L’arrivée tardive de ces consignes — transmises au réseau scolaire à une semaine de la rentrée — a aussi provoqué des frustrations. Les profs et les autres catégories de personnel doivent demander un nouveau billet de médecin pour être exemptés de la présence à l’école. Les autorisations de l’an dernier ne sont pas automatiquement renouvelées.

« C’est insultant de se faire avertir comme ça à la dernière minute », dit Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal. Des enseignants qui occupaient le poste de collègues en télétravail ont appris à quelques jours de la rentrée qu’ils devaient changer d’école.

Au Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM, le plus important du Québec), on estime qu’environ 80 enseignants devraient être exemptés de présence à l’école pour des raisons de santé.

L’Alliance des profs rappelle qu’au plus fort des premières vagues de COVID-19, quelque 500 enseignants travaillaient à partir de la maison. Pour toutes sortes de raisons, certains avaient un congé de maladie, à défaut d’avoir droit au télétravail. D’autres avaient même pris un congé sans solde.




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