Opération séduction auprès des acheteurs immobiliers

Les libéraux souhaitent encourager l’épargne des 40 ans et moins en leur offrant un compte spécial libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété, au plafond de 40 000$. Sur la photo, le chef libéral Justin Trudeau, de passage à Hamilton, en Ontario, mardi.  
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les libéraux souhaitent encourager l’épargne des 40 ans et moins en leur offrant un compte spécial libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété, au plafond de 40 000$. Sur la photo, le chef libéral Justin Trudeau, de passage à Hamilton, en Ontario, mardi.  

La création d’un nouveau compte d’épargne libre d’impôt, des fonds pour que 1,4 million de logements soient construits ou rénovés en quatre ans et une « charte des droits des acheteurs » : les libéraux ont présenté mardi toute une série de promesses visant à aider les jeunes adultes à avoir accès à une nouvelle propriété, devenant le dernier parti à dévoiler ses idées en matière de logement.

Pour Julien Tardif, avocat de 29 ans de Montréal en recherche active d’une première maison pour son couple, l’annonce a été le déclic. Il croit maintenant que l’enjeu de l’accès à l’immobilier guidera son vote à l’élection fédérale du 20 septembre.

« On a pu amasser un peu d’argent, mais rien de suffisant pour acheter quelque chose soit en banlieue, soit à Montréal. Les prix n’ont pas de bon sens », dit le jeune professionnel, qui regarde maintenant les annonces de maisons dans les Laurentides. « Je pense que c’est nécessaire d’aider les premiers acheteurs, parce que, depuis 20, 30 ans, les salaires n’ont pas augmenté au même rythme que le prix des maisons. Ça repousse la possibilité de fonder une famille. »

Ce sont les électeurs comme lui que Justin Trudeau tente de courtiser. « On va vous aider à vous acheter votre première maison bientôt », leur a-t-il promis, de passage à Hamilton mardi. Le premier ministre a ensuite été interrompu par un manifestant qui lui a rappelé, en hurlant, qu’il avait eu six ans pour mettre en avant ce genre de plan.

À Ottawa, le chef conservateur, Erin O’Toole, a exprimé pareil scepticisme à l’égard du chef libéral. « Notre crise du logement a explosé lors des trois, quatre dernières années sous son leadership. Ses programmes ont été sans effet pour rendre les maisons plus abordables pour les premiers acheteurs. » Le Parti conservateur avait annoncé son propre plan en la matière jeudi dernier.

 

La proposition libérale reprend d’ailleurs dans les grandes lignes certains aspects de celle des conservateurs, comme augmenter le nombre de logements, rendre l’hypothèque plus accessible, transformer des bureaux en habitations et, surtout, interdire l’achat immobilier par des investisseurs étrangers pendant deux ans. On peut aussi y retrouver l’engagement du Nouveau Parti démocratique (NPD) d’interdire les hausses de loyer excessives, surnommées « rénovictions », mais sans préciser comment éviter l’empiétement sur les champs de compétence des provinces.

Nouveaux toits

La promesse libérale est en fait de financer la construction et la rénovation de 253 000 logements de plus que les 1,14 million qui le seraient de toute manière dans le marché, en quatre ans. Elle ne précise pas quelle serait la part de constructions neuves. Au moins 100 000 nouvelles propriétés « pour la classe moyenne » doivent naître d’un « Fonds accélérateur du logement » de 4 milliards de dollars. Les libéraux comptent s’attaquer à la spéculation grâce à une taxe « anti-flip » pour les propriétés revendues en moins d’un an.

En plus, ils souhaitent encourager l’épargne des 40 ans et moins en leur offrant un compte spécial libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété, au plafond de 40 000 $. Ce montant pourrait être pris pour acheter une maison sans avoir l’obligation de le rembourser, contrairement au régime d’accession à la propriété (RAP) qui permet actuellement de retirer une somme de son régime enregistré d’épargne-retraite (REER). Ces deux outils ne seraient pas combinables.

Le Parti libéral promet aussi, notamment, d’accorder un milliard de dollars en prêts et subventions pour des projets de locataires souhaitant acheter leur logement, de doubler le crédit d’impôt pour l’achat d’une première propriété, de 5000 $ à 10 000 $, et de réduire de 25 % le taux imposé par la Société canadienne d’hypothèques et de logement pour l’assurance hypothécaire. Une « Charte des droits des acheteurs » doit aussi garantir la transparence des prix, créer un registre public des propriétés et interdire les offres à l’aveugle par le Code criminel, a précisé un responsable de la campagne libérale au Devoir. Une telle charte permettrait aux acheteurs qui perdent leur emploi de reporter leurs paiements d’hypothèque.

Le premier ministre Justin Trudeau dit opposer sa vision aux « belles paroles du NPD » et à « l’approche du Parti conservateur qui donne de l’aide aux mieux nantis au lieu d’à ceux qui en ont vraiment besoin ».

Priorité des autres partis

Les conservateurs avaient déjà souligné la question de l’accès à la propriété lors de la première semaine de campagne. Erin O’Toole promet quant à lui un million de nouveaux toits en trois ans, selon un calcul semblable à celui des libéraux. Il souhaite y arriver notamment en permettant aux propriétaires d’édifices de logements de reporter l’impôt sur les gains en capital au moment de la vente s’ils réinvestissent dans des logements locatifs. Il souhaite aussi encourager les investissements étrangers dans des logements locatifs abordables pour les Canadiens.

Pour les acheteurs, les conservateurs proposent de faciliter l’accès à l’assurance hypothécaire dans des marchés immobiliers à prix élevés, en exigeant une mise de fonds de moins de 20 %. Ils souhaitent aussi « encourager un nouveau marché d’hypothèques de sept à dix ans », pour conférer de la stabilité aux premiers acheteurs.

Un gouvernement conservateur forcerait les villes qui reçoivent du financement pour un projet de transport en commun à augmenter la densité urbaine près de l’infrastructure. De plus, 15 % des édifices gouvernementaux seraient libérés pour en faire des logements.

L’engagement rappelle celui du Bloc québécois, qui propose de transformer les « propriétés excédentaires » du fédéral en logement social.

Dans sa plateforme dévoilée dimanche, le Bloc suggère la création d’une taxe sur la spéculation immobilière, plus de transferts pour le logement social et une « réforme du régime d’accès à la propriété » pour rendre l’immobilier plus abordable. Le parti promet d’en révéler les détails précis au cours de la campagne.

Le NPD, pour sa part, propose de construire 500 000 logements abordables en 10 ans. Le parti a dévoilé samedi sa promesse de créer une aide financière allant jusqu’à 5000 $ destinée aux locataires qui ont du mal à payer leur loyer. Le NPD n’interdirait pas l’achat immobilier de l’étranger, mais le taxerait à hauteur de 20 %. Son chef, Jagmeet Singh, a rappelé mardi que le gouvernement Trudeau avait déjà promis une taxe sur les logements inoccupés lors du dernier budget fédéral.



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