Québec envisage de rendre la formation en continu obligatoire pour tous les policiers

Le ministère de la Sécurité publique envisage de rendre la formation en continu obligatoire pour tous les policiers du Québec. C’est ce qu’a soutenu mardi Samuel Loubier-Dion, directeur à la direction des pratiques policières du ministère, dans le cadre des audiences sur l’enquête du coroner sur la mort de Pierre Coriolan.

« À l’heure actuelle, il n’y a pas de formation continue obligatoire, a reconnu Samuel Loubier-Dion, interrogé par le coroner Luc Malouin. Mais ce n’est pas parce que ce n’est pas obligatoire à l’heure actuelle que le ministère n’y réfléchit pas. Parce qu’effectivement, le ministère réfléchit au meilleur moyen de donner suite aux recommandations du comité consultatif sur la réalité policière, donc très clairement, ça fait partie des enjeux. »

À maintes reprises depuis lundi, le coroner s’est positionné en faveur du maintien des compétences, un élément qui relève pour l’instant de chaque corps policier. « Ce qui m’intéresse, c’est la formation continue, a soutenu de but en blanc le coroner lors des échanges avec le représentant du ministère mardi. Vous avez bonifié la formation de base, vous avez ajouté 60 heures de formation [sur l’intervention auprès de gens souffrant de santé mentale ou de toxicomanie] dans les cégeps, l’école nationale a intégré la notion de désescalade. L’étape suivante, c’est d’aller dans la formation continue. »

Or, présentement, en dehors des requalifications obligatoires pour le tir, par exemple, le maintien des compétences n’est pas prévue de façon systématique.

Salvatore Serrao, chef de section à la formation et maître instructeur en emploi de la force au SPVM, a par exemple confirmé au coroner que la formation sur la désescalade, donnée aux quelque 3000 agents du SPVM, s’échelonnera de 2019 à 2023. Rien n’a été mis en place pendant ces années pour ramener à la mémoire des policiers les notions apprises pendant cette formation de deux jours.

« C’est ridicule !, s’est exclamé le coroner. On ne peut pas former des agents en 2019 et ne jamais les requalifier. »

Question de priorité

L’un des problèmes soulevé par plusieurs témoins experts entendus ces deux derniers jours, c’est qu’en période de pénurie de main-d’œuvre, il est difficile de libérer des policiers des jours entiers pour faire de la formation sur divers sujets, sans que cela n’affecte la logistique opérationnelle.

« Il n’y a tout simplement pas assez d’heures dans une année pour former tout le monde sur tous les sujets », a soutenu M. Serrao. Ainsi, selon lui, il devient difficile de prioriser, alors que « tout est important ».

Mais pour le coroner Malouin, la santé mentale doit nécessairement être une priorité dans l’élaboration des programmes de maintien de compétences. « On s’entend que [dans] ce que les coroners voient — parce que malheureusement, nous, on est toujours là quand il y a des morts — la santé mentale est présente je dirais dans 95 % des dossiers. »

Le coroner reconnaît qu’il faut être « novateur », sans quoi rien ne sera possible en raison des contraintes matérielles et financières auxquelles sont soumises les organisations policières.

« Et pourtant, insiste-t-il, les policiers [sont confrontés à] une évolution sociale très rapide : des problèmes de santé mentale, des problèmes de drogues, des problèmes familiaux, des problèmes de violence conjugale… On ne peut pas se permettre d’avoir des policiers mal formés dans la rue. Il faut se donner des moyens et il va falloir être très innovant pour réussir à avoir toujours des policiers au top de leurs compétences. »

Coaching et formation en ligne

Le coroner s’intéresse notamment au coaching, une méthode présentée par les experts comme étant efficace en permettant de revenir en petits groupes sur certaines notions acquises afin que celles-ci ne se perdent pas. Mais surtout, constate le coroner, elle a l’avantage d’être flexible et de prendre très peu de temps.

Il regarde également du côté de la formation en ligne, un modèle présentement à l’étude à Montréal. « On essaye d’être plus novateur avec des capsules vidéo », a illustré Élise Marsolais, cheffe de section en développement et conception des formations au SPVM. Ces capsules ne sont pas tant des outils de formation que des « piqûres de rappel » pour rafraîchir la mémoire des policiers sur certaines notions, précise-t-elle. « On est en train de voir comment on peut mettre ça en place au SPVM », ajoute-t-elle.

Le volet des recommandations mettra fin dans les prochains jours à l’enquête du coroner sur la mort de Pierre Coriolan.

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