Remontée des cas de COVID-19 dans les communautés autochtones

Parmi les 24 écoles dans les nations autochtones conventionnées du Québec, seulement cinq affichent un taux de vaccination adéquate supérieur à 40 % parmi leurs étudiants.
Photo: Catherine Hours Archives Agence France-Presse Parmi les 24 écoles dans les nations autochtones conventionnées du Québec, seulement cinq affichent un taux de vaccination adéquate supérieur à 40 % parmi leurs étudiants.

Le début de la quatrième vague de COVID-19 se fait sentir au sein des Premières Nations du pays : le taux de cas actifs, qui était en baisse constante depuis la mi-janvier, connaît une remontée depuis les deux dernières semaines.

Le nombre de cas actifs, qui a presque doublé depuis le début du mois d’août, s’élève maintenant à 609 dans les communautés à travers le pays. Le taux de cas actifs, établi à 96,5 pour 100 000 habitants, y est deux fois plus élevé que celui de la population générale.

Au Québec seulement, 24 nouveaux cas ont été signalés pour la semaine du 8 au 14 août, le plus haut bilan depuis le début du mois de mai.


Si le portrait peut sembler alarmant, il suit simplement la tendance globale actuelle, note André Corriveau, le médecin-conseil en santé publique de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL). Le petit nombre de personnes vivant dans certaines communautés pourrait également distordre le bilan.

« Les taux varient beaucoup quand le dénominateur est un petit nombre comparativement à la population générale. Quelques cas de plus, ça change les taux par 100 000 habitants », rappelle le médecin.

 
609
C’est le nombre de cas actifs dans les communautés autochtones à travers le pays, un chiffre qui a presque doublé depuis le début du mois d’août.

Or, il est impératif de rester prudent à l’heure où une remontée des cas se dessine, estime M. Corriveau. Et là où le bât blesse, c’est dans les taux de vaccination encore faibles observés dans plusieurs petites communautés, où le variant Delta menace de se propager plus rapidement que les souches antérieures du coronavirus.

Le médecin spécialiste, qui a récemment visité des nations des Territoires du Nord-Ouest, indique que près de 200 cas y ont été déclarés en l’espace d’une semaine. « Il y a eu des Jeux autochtones dans une région, et ça a flambé rapidement. »

« C’est très difficile d’éviter d’être en contact dans une communauté qui est très petite et où les gens se côtoient beaucoup », ajoute M. Corriveau.

Le gouvernement fédéral a annoncé, samedi matin, qu’il viendra en aide aux Territoires du Nord-Ouest en raison de la récente éclosion.

Communautés vulnérables

Selon les données de Services aux Autochtones Canada (SAC), plus de 86 % des personnes âgées de 12 ans et plus avaient reçu au moins une dose du vaccin contre la COVID-19 dans les collectivités des Premières Nations, des Inuits et dans les communautés des territoires. De ce groupe, plus de 65 % ont reçu leur deuxième dose, en date du 10 août dernier. Le ministère n’a pas été en mesure de fournir les taux de vaccination les plus récents.


Le taux de vaccination global n’est cependant pas un indicateur fiable afin d’évaluer les risques, affirme M. Corriveau. Les couvertures vaccinales qui varient d’une communauté à une autre et la forte proportion de jeunes de moins de 12 ans n’étant pas admissibles restent d’importants facteurs rendant les Autochtones vulnérables.

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, déclarait également au début du mois d’août qu’il craignait que les provinces qui lèvent les restrictions liées à la COVID-19 ne conduisent à une quatrième vague induite par le variant Delta dans les communautés. En raison de leurs conditions de vie, le surpeuplement des logements et d’autres déterminants socio-économiques de la santé, ils sont trois à cinq fois plus susceptibles de contracter la COVID-19, a-t-il rappelé.

« Il y a beaucoup plus de maisonnées multigénérationnelles et de surpeuplement dans les communautés, ce qui permet au virus de se propager plus facilement. Quand tu as une maison de huit personnes, si une personne amène le variant Delta dans la maison, c’est quasiment assuré que tout monde va l’attraper », illustre le médecin-conseil de la CSSSPNQL.

Car même vaccinés, les membres d’une communauté sont plus à risque de contracter le virus en raison de l’intensité d’exposition, prévient-il. « Avec le vaccin, le taux d’anticorps qu’on produit n’est pas illimité. Si tu es en contact continu avec une personne malade, le niveau de protection que le vaccin procure peut ne pas être suffisant pour prévenir d’acquérir le virus, bien que la maladie va être moins sévère. »

Suivez l'évolution de la pandémie au Québec:

Consultez notre tableau de bord interactif.

La vaccination contre le virus est en cours dans 687 communautés des provinces et des territoires du pays.

Parmi les 24 écoles dans les nations autochtones conventionnées du Québec, seulement 5 affichent un taux de vaccination adéquate supérieur à 40 % parmi leurs élèves. Les écoles de la Commission scolaire crie affichent une couverture moyenne de 77 % pour les premières doses et de 41 % pour les élèves adéquatement vaccinés.

Les écoles du Nunavik sont à la traîne, avec des taux de 36,3 % (ayant reçu une première dose) et de 16,3 % (adéquatement vaccinés). La région du Grand Nord compte également cinq écoles qui ont un taux de vaccination pour la première dose de 20 % ou moins.

Les écoles ne représentent toutefois pas de « centres d’éclosion importants », rappelle M. Corriveau. « Les données démontrent que les jeunes attrapent davantage [la COVID] dans leurs familles qu’à l’école. Évidemment, l’école contribue [à la propagation], mais il y a des mesures sanitaires qui vont continuer à être prises tant qu’on ne pourra pas immuniser la population plus jeune. »

La Commission scolaire Kativik, qui chapeaute les écoles du Nunavik, rappelle que la vaccination des élèves de 12 ans et plus n’a pas pu être mise en œuvre au mois de juin, comme pour le reste des écoles de la province. Leur année scolaire commençant au début août et se terminant à la fin mai, la campagne « n’a pas été mise en œuvre au Nunavik, car [les] écoles étaient fermées », mentionne la coordonnatrice des communications, Jade Duchesneau-Bernier, dans un courriel transmis au Devoir.

La commission scolaire affirme toutefois que la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN) travaille actuellement à la mise en œuvre de la campagne de vaccination pour les jeunes de 12 ans et plus. « Cette campagne est une initiative menée par le secteur de la santé et elle commence aujourd’hui », a déclaré la coordonnatrice.



À voir en vidéo