Front commun pour une refonte permanente de l’assurance-emploi

Le Conseil national des chômeurs et chômeuses a tenu une conférence de presse afin de réclamer aux partis fédéraux une refonte du programme de l'assurance-emploi.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Conseil national des chômeurs et chômeuses a tenu une conférence de presse afin de réclamer aux partis fédéraux une refonte du programme de l'assurance-emploi.

Un nouveau slogan est apparu aux côtés des pancartes électorales politiciennes. « Pas de retour en arrière », clame le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) qui exhorte les candidats à défendre une refonte permanente de l’assurance-emploi.

Un nouveau filet social temporaire a été tissé dans l’urgence l’an dernier. La PCU et la PCRE, entre autres prestations, fournissent un revenu depuis un an et demi à des centaines de milliers de Canadiens. En revanche, le retour imminent à l’assurance-emploi comme principale garantie pour le budget des travailleurs inquiète. C’est pourquoi le CNC demande au prochain gouvernement de combler les failles exposées par la crise.

Les critères de l’assurance-emploi ont été allégés durant la pandémie, explique le porte-parole du CNC, Pierre Céré. Il faut désormais travailler 420 heures pour accéder à des prestations qui peuvent aller jusqu’à 50 semaines. Auparavant, le nombre d’heures minimum requis pour obtenir de l’aide variait en fonction du taux de chômage régional.

Le CNC chapeaute un regroupement pour que ce « taux fixe » de 420 heures de travail minimum soit appliqué partout au pays. Le groupe rassemble l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), le Conseil québécois du théâtre (CQT) et le Mouvement Action-Chômage de Charlevoix (MACC).

« Pour une première fois, on a réussi vraiment à répondre à une situation qui est celle des Premières Nations, et qui est aussi la situation de plusieurs milliers de Québécois et Québécoises », a félicité Ghislain Picard, chef de l’APNQL. En baissant le nombre d’heures pour devenir admissible, « ça encourage l’emploi dans nos communautés », a-t-il soutenu lors du dévoilement de la campagne dimanche matin, à Montréal. Il note que les Premières Nations ont été écoutées lors des dernières réformes législatives. « On veut que ces acquis-là demeurent. Si on devait revoir le cadre législatif entourant l’assurance-emploi, on veut que les Premières Nations soient impliquées. »

Le regroupement derrière la campagne de sensibilisation déploiera des publicités partout au Québec dans les journaux ainsi que des capsules vidéo pour convaincre les politiciens du bien-fondé de leurs exigences.

Un « trou noir » au printemps

Le filet social pandémique a fait disparaître le « trou noir de l’assurance-emploi », soit les semaines sans revenu pour les travailleurs saisonniers entre la fin des prestations et le retour au travail l’été. Le recours à nouveau au programme d’assurance-emploi cet automne laisse craindre le pire chez les travailleurs saisonniers.

« S’il y en a qui sont chanceux et qui ont fait plus d’heures, ils vont se rendre peut-être jusqu’en mars [avec leurs prestations] », estime Julie Brassard, directrice générale du MACC. « Mais l’été, les travailleurs saisonniers recommencent habituellement en mai, pour les plus anciens. Mais l’été officiel, avec plein d’heures, ça recommence juste au mois de juin, fin juin. Cette année, je m’attends à ce que les gens revivent le trou noir à partir du mois de février. »

Pas moins de « 15 % de la population active est présentement sans protection face au chômage, soit près de 3 millions de personnes », affirme Anne Trudel, présidente du Conseil québécois du théâtre.

Parmi eux, beaucoup d’artistes. Ils tombent dans les failles du système selon elle, car « le caractère atypique de ces professions-là n’est pas encore reconnu », plaide-t-elle. « Beaucoup d’artistes n’ont pas accès à la PCRE parce qu’ils ne sont pas capables de fournir les preuves de recherches d’ouvrage actives. Au bout de 4 jours passés au téléphone à attendre d’avoir la ligne, à se faire traiter comme s’ils tentaient de frauder le système, ils finissent par abandonner. […] Même une assurance-emploi qui s’ouvrirait aux travailleurs autonomes ne règle pas ce problème-là. »

Consultations

Ottawa prévoyait tenir en ce moment des consultations pour planifier une réforme de l’assurance-emploi. Le déclenchement des élections a reporté ces discussions en octobre. Si le CNC compte faire entendre sa voix, les employeurs militeront aussi pour une réforme allant dans leur sens.

« Nous avons une belle occasion de faire de ce programme d’assurance-emploi un programme digne du 21e siècle », soutient le président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec, Karl Blackburn.

Pas nécessairement fermée à l’idée de bonifier le programme, son association mise surtout sur l’importance de la formation, « le nerf de la guerre » selon M. Blackburn.

« Considérer un refus de formation comme un refus d’emploi » et octroyer des baisses de cotisation aux employeurs qui prennent en charge la formation figurent dans son carnet de demandes. « L’assurance-emploi est un programme qui est toujours financé par les employeurs en majeure partie et par les employés », défend M. Blackburn. « Si le gouvernement veut y donner une vocation davantage sociale, le gouvernement devra revoir le financement de ce programme probablement en y participant également. »

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