Une coalition veut entendre parler de filet social

Selon la présidente du CQT, Anne Trudel, ce sont trois millions de personnes, soit 15 % de la population active au pays qui se retrouve sans protection de revenu.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Selon la présidente du CQT, Anne Trudel, ce sont trois millions de personnes, soit 15 % de la population active au pays qui se retrouve sans protection de revenu.

Une coalition menée par le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) exhorte les partis politiques fédéraux à proposer des solutions pour « réparer le filet social » dans le cadre de la campagne électorale actuelle. En priorité, ces groupes veulent que le prochain gouvernement corrige les failles du système d’assurance-emploi.

En plus du CNC, le groupe inclut l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), le Conseil québécois du théâtre (CQT), ainsi que des représentants de travailleurs saisonniers comme le Mouvement Action-Chômage de Charlevoix (MACC).

Selon le porte-parole du CNC, Pierre Céré, la pandémie a entraîné des taux de chômage jamais vus depuis les années 1930. Une crise qui a mis en lumière les failles du programme d’assurance-emploi, souligne-t-il.

De l’avis de M. Céré, ce n’est qu’après avoir adopté d’importantes mesures d’assouplissements que le programme est redevenu fonctionnel en septembre dernier. Il déplore toutefois que toutes ces mesures soient temporaires alors qu’on doit réorganiser le système de manière permanente.

« Nous, on pense que s’il y a quelque chose qui est devenu un enjeu majeur et qui devrait être au centre de la campagne électorale, c’est toute cette question du filet social, c’est-à-dire du revenu de sécurité, du revenu de remplacement en situation de chômage », a-t-il déclaré.

Une grande opération de sensibilisation a donc été lancée partout au Québec. Les groupes impliqués ont déployé une campagne d’affichage public et de publicités dans les médias. Des capsules vidéo ont aussi été mises en ligne pour mettre de la pression sur les politiciens.

Pierre Céré en a notamment contre les délais administratifs qui plombent le système en raison de la complexité du programme. Il dit voir régulièrement des dossiers de personnes qui attendent un premier versement d’assurance-emploi pendant deux, trois ou quatre mois alors que ce devrait être une affaire de quelques semaines.

La lourdeur du programme nuit aussi à son accessibilité. Au lieu d’offrir une réelle protection à tous les travailleurs, ce n’est qu’une faible proportion de demandeurs qui réussissent à toucher un revenu de remplacement.

« On a vécu ça pendant 25, 30 ans jusqu’à la crise. Il y a moins d’un demandeur sur deux qui a droit aux prestations d’assurance-emploi et en plus de ça c’est un programme très lourd dans son fonctionnement, dans ses modalités de calcul du taux de prestation, etc. », explique M. Céré.

Avec l’arrivée de la crise sanitaire qui a provoqué à son tour une crise économique en 2020, le porte-parole des chômeurs observe que la société a atteint un niveau d’anxiété jamais vu de notre vivant et tout ça en raison des inquiétudes liées aux pertes de revenus. Tout cela plaide en faveur de l’urgence de renforcer le filet social au pays.

« Ça nous a traversé de manière tellement brutale qu’on ne peut éviter de parler de cette question-là du filet social et de comment on va le réparer, mentionne-t-il. On invite les partis politiques à s’exprimer sur la question. »

Du côté des Premières Nations, le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, tient à éviter un retour en arrière lorsque l’on sera sorti de la crise sanitaire. Parmi les acquis obtenus pendant la pandémie, il note l’inclusion des Autochtones dans les discussions en vue d’écrire les programmes et les changements législatifs.

« On veut que ces acquis-là demeurent. Si on devait revoir le cadre législatif entourant l’assurance-emploi, on veut que les Premières Nations soient impliquées », a-t-il mentionné en conférence de presse dimanche matin à Montréal.

En ce qui concerne le CQT, on souhaite principalement parler au nom des travailleurs autonomes, ce qui est le cas des comédiens et de bon nombre de techniciens du milieu de la culture.

 

On rappelle que le système d’assurance-emploi exclut les travailleurs autonomes. Ce n’est qu’en raison de la pandémie qu’on leur a fait une place parmi les programmes d’aide d’urgence. La présidente du CQT, Anne Trudel, rapporte que ce sont trois millions de personnes, soit 15 % de la population active au pays qui se retrouve ainsi sans protection de revenu.

Pénurie de main-d’oeuvre

Par ailleurs, Pierre Céré en a profité pour revenir sur les sorties publiques répétées d’associations d’employeurs qui ne cessent d’attaquer les programmes d’aide d’urgence comme la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) qui selon eux seraient responsables de la pénurie de main-d’oeuvre.

À son avis, il s’agit de « faux coupables » d’un réel problème.

« On ne demandera pas aux comédiens de théâtre d’aller travailler dans une manufacture de cannage sur le bord de (l’autoroute) 40 à 14,25 $ de l’heure, s’il vous plaît ! Ce n’est pas ça. Et le nombre de bénéficiaires à la PCRE est en nette diminution », analyse-t-il.

M. Céré souligne que des pénuries de main-d’oeuvre semblables affectent de nombreuses économies occidentales et que plusieurs facteurs entrent en jeu.

Le porte-parole du CNC reconnaît que le gouvernement libéral s’est déjà engagé à adopter des changements permanents à l’assurance-emploi et que des consultations devaient avoir lieu avant le déclenchement de la campagne électorale.

Pierre Céré dit avoir la ferme intention d’y participer et il insiste sur le fait qu’il est possible de trouver des solutions équilibrées. « On veut un programme qui offre une réelle protection et de réelles couvertures pour les travailleurs et pour les travailleurs autonomes », résume-t-il.

Il invite les partis politiques à s’exprimer sur cet enjeu au cours des prochaines semaines de la campagne.

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