Les déchets pèsent plus lourd depuis la pandémie

La fermeture des bureaux pendant une bonne partie de la pandémie a stimulé la demande pour le carton et le papier collectés dans les bacs de recyclage des Montréalais.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La fermeture des bureaux pendant une bonne partie de la pandémie a stimulé la demande pour le carton et le papier collectés dans les bacs de recyclage des Montréalais.

Après avoir connu une baisse continue dans les dernières années, la quantité de déchets produits par les Montréalais est repartie à la hausse en 2020, en bonne partie en raison de la pandémie. Ce sont par ailleurs près de la moitié de ces matières qui ont pris le chemin de l’enfouissement.

Le comité exécutif de la Ville de Montréal a adopté à huis clos, mercredi, le bilan 2020 de la gestion des matières résiduelles dans l’ensemble de l’agglomération. Celui-ci concerne essentiellement les déchets collectés à la porte des résidents de l’île de Montréal, dont le poids a augmenté de 3,8 % en 2020 par rapport à l’année précédente, pour atteindre une moyenne annuelle de 461 kg par habitant. C’est 62 kg de plus que la cible que s’est fixée l’administration de Valérie Plante pour 2025, dans l’espoir de « tendre vers le zéro déchet » d’ici 2030.

La Ville, qui mise notamment sur la réduction à la source pour atteindre ses cibles en matière de gestion des déchets, voit toutefois cette hausse comme étant circonstancielle au contexte de la pandémie, qui a stimulé le télétravail et les livraisons à domicile.

« On était vraiment cloué à la maison et on l’a vu, les matières collectées ont augmenté de façon massive », souligne au Devoir le responsable des services aux citoyens au comité exécutif, Jean-François Parenteau. L’augmentation de la quantité de carton et de papier collectée dans les bacs de recyclage des Montréalais a d’ailleurs permis à la Ville de cesser d’opérer ses centres de tri à perte. Avant la crise sanitaire, « ça nous coûtait plus cher de recycler que ce que ça nous rapportait […] Maintenant, on peut retirer des bénéfices du recyclage », indique M. Parenteau.

Le chemin à parcourir

Le rapport fait par ailleurs état d’un taux d’élimination globale de 48 %, ce qui signifie que près de la moitié des matières résiduelles — incluant les matières recyclables et compostables — terminent dans le site d’enfouissement de Terrebonne, qui atteindra sa pleine capacité en 2029. « C’est sûr que c’est élevé » comme pourcentage, confirme le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, qui réclame notamment la création de plusieurs petits sites d’enfouissement dans la région de Montréal afin d’y « stabiliser la gestion des déchets ».

« Ça souligne le reste du chemin qui reste à parcourir », note pour sa part l’analyste en réduction à la source à Équiterre, Amélie Côté. Pour atteindre ses cibles, la Ville devra aller plus loin que l’interdiction de plusieurs articles de plastique à usage unique, comme elle entend le faire d’ici 2023, note l’experte. « Il faut accélérer la transition vers une économie plus circulaire. Il faut se donner les moyens de cette transition », notamment en bannissant les produits à usage unique au sens large — peu importe de quels matériaux ils sont faits — de même qu’en aidant les écocentres à donner une deuxième vie aux objets qui y sont laissés, estime Mme Côté.

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