Mobilisation à Montréal en soutien aux femmes afghanes

Plusieurs membres de la communauté afghane de Montréal et de pays voisins, comme l’Iran, ont assisté à une série de discours.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Plusieurs membres de la communauté afghane de Montréal et de pays voisins, comme l’Iran, ont assisté à une série de discours.

Plusieurs dizaines de personnes « inquiètes » pour le sort des femmes afghanes depuis le retour au pouvoir des talibans dans le pays d’Asie du Sud se sont réunies vendredi soir dans un parc du centre-ville de Montréal pour presser notamment le gouvernement canadien et la communauté internationale d’agir pour assurer la sécurité de celles-ci.

La mobilisation, organisée par le Centre des femmes afghanes de Montréal, a eu lieu en début de soirée au square Dorchester. Les larmes aux yeux, plusieurs membres de la communauté afghane de Montréal et de pays voisins, comme l’Iran, ont assisté à une série de discours dénonçant notamment le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, associé à la conquête de Kaboul dimanche dernier par les talibans.

« Kaboul n’est pas tombée, elle a été donnée aux talibans », pouvait-on notamment lire sur une des affiches brandies dans la place publique. « Nous sommes retournés 20 ans en arrière », déplorait une autre.

Inquiétudes

Plusieurs membres de la communauté afghane de Montréal dont des proches sont toujours au pays appréhendent ainsi un « retour en arrière » avec l’arrivée des talibans au pays. En entrevue au Devoir, certains ont dit craindre que les femmes ne puissent plus s’impliquer en politique ou encore aller à l’école librement.

C’est notamment le cas d’Iman Brown, dont la mère est originaire d’Afghanistan. Bien que la majorité des membres de sa famille ait fui le pays au cours des dernières décennies, son oncle et les trois jeunes filles de ce dernier y résident toujours, étant incapables d’obtenir l’asile au Canada ou aux États-Unis.

« Je suis inquiète pour leur futur […] Je suis inquiète pour la sécurité de beaucoup de femmes afghanes », soupire la jeune femme, en entrevue au Devoir.

Dans les derniers jours, le gouvernement canadien a réitéré son engagement d’accueillir 20 000 Afghans et leurs familles dans les prochains mois, tandis que le gouvernement de François Legault a promis d’accueillir « une certaine quantité » de réfugiés afghans.

« Toutes les personnes qui ont des proches en Afghanistan sont très inquiètes. Elles essaient toutes de trouver un moyen d’amener leurs proches ici, surtout les jeunes et les femmes », souligne au Devoir la présidente et fondatrice du Centre pour femmes afghanes de Montréal, Makai Harif, en marge d’un témoignage émotif qu’elle a livré devant les personnes rassemblées dans cette place publique vendredi.

Mme Harif presse ainsi Ottawa de mettre en place des mesures pour faciliter l’arrivée rapide de ces réfugiés au Canada. Les manifestants ont par ailleurs appelé le gouvernement de Justin Trudeau et le reste de la communauté internationale à ne pas reconnaître un gouvernement formé par les talibans en Afghanistan.

Un devoir moral

Les soldats américains avaient été envoyés en Afghanistan en marge des attentats du 11 septembre 2001. Ils y sont restés près de 20 ans. Ce sont par ailleurs 40 000 soldats canadiens qui ont été déployés dans ce pays pendant 13 ans, avant de se retirer en 2014.

« Les Canadiens et les Canadiennes ont un devoir moral envers les Afghans », a ainsi fait valoir la candidate du Nouveau Parti démocratique dans Laurier-Sainte-Marie, Nimâ Machouf, qui a pris part à cette mobilisation vendredi. « Et maintenant, on doit tout faire pour aider les gens qui sont en danger de représailles par les talibans, c’est-à-dire tous ceux et celles qui ont contribué, qui ont tenté de créer un Afghanistan laïc, où surtout les femmes pouvaient faire partie de la société civile et active », a-t-elle renchéri.

Vendredi, les ministères de l’Immigration et de la Défense nationale ont annoncé le départ d’un premier vol militaire canadien au départ de Kaboul. L’avion comptait 188 passagers à bord. Le gouvernement canadien avait d’ailleurs confirmé jeudi que les militaires étaient arrivés à Kaboul pour participer aux efforts d’évacuation visant notamment d’anciens interprètes et du personnel de soutien.

Avec La Presse canadienne

Photo: Adil Boukind Le Devoir La mobilisation, organisée par le Centre des femmes afghanes de Montréal, a eu lieu en début de soirée au square Dorchester.

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