L’infirmière qui a insulté Joyce Echaquan plaide coupable devant le comité de discipline

La mort de Joyce Echaquan, sous les insultes, le 28 septembre 2020 à l’hôpital de Joliette avait secoué le Québec.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La mort de Joyce Echaquan, sous les insultes, le 28 septembre 2020 à l’hôpital de Joliette avait secoué le Québec.

Paule Rocray, l’infirmière qui a insulté Joyce Echaquan peu de temps avant sa mort à l’hôpital de Joliette, a plaidé coupable lundi matin aux deux chefs d’accusation déposés à son endroit par le conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

L’infirmière — qui détient 33 ans d’expérience — a reconnu avoir fait preuve de violence verbale à l’endroit de Joyce Echaquan et d’avoir été négligente dans les soins qu’elle lui a prodigués, notamment en ne procédant pas à son évaluation à la suite d’une chute. Par cette reconnaissance de culpabilité, Mme Rocray admet avoir enfreint les articles 37 et 44 du code de déontologie de l’OIIQ.

Les deux parties — soit l’avocat de Paule Rocray et celui du syndic de l’OIIQ qui a formulé la plainte — ont soumis une recommandation commune d’un an de radiation (soit un an pour le chef de violence verbale et six mois pour le chef de négligence, à être purgés concurremment). Le conseil de discipline a pris en délibéré la décision relativement à la sentence.

Le drame, qui avait secoué le Québec, s’est déroulé le 28 septembre 2020 à l’urgence du Centre hospitalier régional de Lanaudière, également appelé hôpital de Joliette.

C’est la première fois depuis le décès de Joyce Echaquan qu’il est possible de dévoiler publiquement le nom de Paule Rocray. Son avocat, Me Conrad Lord, a tenté d’obtenir une ordonnance de non-publication pour empêcher la publication de l’identité de l’intimée. Une demande qui a été rejetée par la présidente en chef du conseil de discipline de l’OIIQ, Me Marie-Josée Corriveau, en raison du « caractère public de l’audition disciplinaire ».

« Honteuse »

Plusieurs membres de la nation atikamekw ont assisté lundi à l’audience virtuelle, au cours de laquelle a été présentée la vidéo qui avait été diffusée en direct sur Facebook par Joyce Echaquan.

On y entend plusieurs propos dégradants être prononcés à l’endroit de la mère de sept enfants. « Asti d’épaisse de tabarnouche », « ça là, c’est mieux mort ça », « t’as-tu [fini] de niaiser là ! », « Heille t’es épaisse en câlisse », « Ben meilleur pour fourrer que d’autre chose ça / surtout que c’est nous autres qui paie pour ça ».

Interrogée lundi par son avocat, Mme Rocray a reconnu avoir fait « beaucoup de mal » à la famille de Joyce Echaquan, aux membres des Premières Nations et à ses collègues infirmières. « Je me sens honteuse », a-t-elle dit en retenant ses larmes. « J’ai tout le temps aimé prendre soin des gens. Ce n’est pas moi, ça [d’insulter]. Et je sais que ça va me suivre toute ma vie. »

Le public doit pouvoir avoir une confiance absolue envers les infirmières.

 

Mme Rocray, qui travaille depuis juin dernier comme intervenante dans un centre d’hébergement d’urgence, a plaidé pour retrouver son droit de pratique après avoir purgé sa sanction. « C’est en moi de m’occuper des gens et d’en prendre soin. […] J’ai encore beaucoup à donner », a-t-elle mentionné.

Pas racistes

Mme Rocray n’a toutefois pas reconnu le caractère discriminatoire des propos qu’elle a tenus à l’endroit de Joyce Echaquan. Un aspect qu’a déploré MAlain Galarneau, l’avocat du syndic de l’OIIQ. « Elle dit qu’elle a explosé, cette journée-là, et qu’elle se serait fâchée contre n’importe qui. Mais il y avait des préjugés qui étaient véhiculés dans ses propos. C’est inquiétant [qu’elle ne le reconnaisse pas]. »

Me Lord, l’avocat de Paule Rocray, a répondu que sa cliente a admis avoir prononcé des paroles dénigrantes. « Mais je n’ai pas vu de preuves qu’elle a visé l’origine ethnique de [Joyce Echaquan]. » Celui-ci a ajouté que sa cliente avait eu un parcours « sans tache » jusqu’au 28 septembre 2020.

La radiation d’un an proposée pour le chef de violence verbale est au-delà des sanctions habituellement recommandées pour ce type d’infraction, a fait remarquer Me Galarneau. Il a ajouté que cette recommandation s’imposait néanmoins en raison de la « gravité » des propos tenus.

« Les paroles que l’intimée a prononcées à l’égard de sa patiente [Joyce Echaquan], qui était dans une position d’extrême vulnérabilité, vont à l’encontre des valeurs fondamentales de la profession d’infirmière », a-t-il soupesé. De surcroît, les propos tenus par Mme Rocray ont terni la profession d’infirmière, a-t-il déploré. « Le public doit pouvoir avoir une confiance absolue envers les infirmières. C’est certain que ces paroles ont affecté ce lien de confiance. »

À la suite de la diffusion de la vidéo en septembre 2020, Paule Rocray ainsi qu’une préposée aux bénéficiaires ont été renvoyées de l’hôpital de Joliette. La cheffe des urgences, Josée Roch, a aussi démissionné. Et le président-directeur général du CISSS de Lanaudière, Daniel Castonguay, a perdu son poste après avoir déclaré qu’il n’était pas au courant des problèmes de racisme à l’hôpital de Joliette, pourtant documentés par la Commission Viens. 

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