La place Vauquelin au coeur d’une poursuite de la Ville de Montréal

Le 30 juin 2017, la nouvelle place Vauquelin est inaugurée en grande pompe par l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le 30 juin 2017, la nouvelle place Vauquelin est inaugurée en grande pompe par l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre.

La Ville de Montréal réclame au moins deux millions de dollars aux entreprises à l’origine du réaménagement de la place Vauquelin, en 2017, en raison des coûteux « dommages » qu’a depuis subis cette installation, dont l’administration municipale évoque « la perte potentielle », a constaté Le Devoir. 

Au coeur de ce recours judiciaire se trouvent deux entreprises bien connues avec qui l’administration municipale fait régulièrement affaire pour procéder à des travaux d’urbanisme et d’aménagement dans la métropole.

Le projet de réaménagement de la place Vauquelin, situé à deux pas de l’hôtel de ville, dans le Vieux-Montréal, a d’abord fait l’objet d’un appel d’offres public de services professionnels en architecture octroyé en février 2015 à la firme Lemay, qui a aussi agi comme coordonnateur du projet afin de voir à « la bonne réalisation de ce dernier ». L’entrepreneur général Ceveco a pour sa part eu le mandat de réaliser les travaux sur l’ensemble de la place, qui comprend une fontaine, des installations lumineuses et sonores, de même que des dalles chauffantes. Au total, ce réaménagement a coûté 14,7 millions de dollars.

« Le réaménagement de la Place [Vauquelin] se devait d’être exceptionnel et de refléter le caractère unique, emblématique et prestigieux de ce haut lieu montréalais », indiquent des documents récemment adoptés à huis clos par le comité exécutif de la Ville, qui a repris ses activités dans les dernières semaines après une pause estivale.

Dégradation rapide

Le 30 juin 2017, la nouvelle place Vauquelin est ainsi inaugurée en grande pompe par l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre, qui en fait alors un des legs du 375e anniversaire de la métropole. Or, deux semaines plus tard, le 14 juillet, « un bris de tuyau » cause une « inondation » dans la salle mécanique située sous cette place publique, forçant l’interruption de la fontaine jusqu’en juin 2018. L’entreprise Ceveco procède entre temps à des travaux correctifs sur le site.

Or, quelques jours après la remise en fonction de cette fontaine, des inspecteurs de la Ville constatent des « déficiences additionnelles », qui n’ont cessé de s’aggraver depuis sur ce site. La Ville relève notamment un « décollement significatif » de la céramique du bassin entourant la fontaine. Les documents du comité exécutif mentionnent par ailleurs que les boîtes de jonctions électriques submersibles installées dans la fontaine, qui propose des effets de lumière, « n’étaient pas étanches », même si elles comprennent des équipements qui ne doivent pas être contact avec l’eau.

« Cette situation a été dénoncée à plusieurs reprises pour finalement devoir être corrigée aux frais de la Ville », peut-on lire. Or, entretemps, ces problèmes d’infiltration d’eau « ont certainement eu un impact sur tous les éléments électriques de la fontaine », constate la Ville, qui constate que le système d’éclairage de cette fontaine et ses jets d’eau « ne fonctionnent plus adéquatement ».

Des fissures « importantes et anormales » sont par ailleurs apparues à plusieurs endroits sur une rampe menant à la place Vauquelin, tandis que des lacunes ont été observées dans les dernières années concernant les dalles chauffantes sur le site. La Ville note aussi des problèmes reliés à la salle mécanique construite au sous-sol de cette place publique, ce qui vient complexifier l’entretien du site.

« Toutes ces raisons font en sorte qu’au-delà des déficiences et malfaçons constatées, la Ville se doit maintenant d’invoquer la perte potentielle de l’ouvrage », ajoutent les documents décisionnels.

Les élus du comité exécutif ont ainsi ratifié cette semaine la décision du Service des affaires juridiques de la Ville de poursuivre Lemay, Ceveco et des compagnies d’assurance associées à ce projet devant les tribunaux pour compenser « les dommages » subis par cette place publique et ainsi « couvrir les dépenses associées à la réparation de [sa] fontaine ». La Ville évalue de façon préliminaire le montant réclamé à deux millions de dollars, qui est à « parfaire ».

De nombreux contrats

Au moment où ces lignes étaient écrites, la firme Lemay et l’entreprise Ceveco n’avaient pas répondu au Devoir. 

Depuis l’inauguration de la place Vauquelin, ces deux entreprises ont néanmoins continué de se voir octroyer d’importants contrats de la part de la Ville. Lemay fait notamment partie des firmes lauréates pour piloter l’aménagement de la place des Montréalaises, qui devrait voir le jour d’ici 2023 dans le Vieux-Montréal.

L’entreprise Ceveco a pour sa part travaillé, entre autres, sur la réfection de l’esplanade de la Place des arts en plus d’obtenir l’an dernier un contrat de 20 millions de dollars concernant le réaménagement du square Phillips, sur la rue Sainte-Catherine.

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