Le programme des anges gardiens profite surtout à l’Ontario

Des manifestants réclamaient un traitement plus rapide des demandes d’asile à Montréal en novembre dernier.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Des manifestants réclamaient un traitement plus rapide des demandes d’asile à Montréal en novembre dernier.

À trois semaines de sa clôture, le programme fédéral de régularisation des anges gardiens a accueilli un peu plus de 10 000 candidats, selon les données obtenues par Le Devoir. Et jusqu’ici, il semble avoir profité davantage à l’Ontario qu’au Québec, où les demandes et les admissions sont moins nombreuses.

Des 11 125 demandes de visas déposées dans le cadre de ce programme qui vise à régulariser le statut des demandeurs d’asile travaillant dans le milieu de la santé, 6570 (60 %) viennent de l’Ontario et 4035 (36 %) du Québec. À ce jour, l’écrasante majorité des demandes finalisées provient aussi de l’Ontario : 1310 résidences permanentes ont été accordées à des travailleurs ontariens en date du 24 juillet, contre à peine 140 à ceux du Québec.

« C’est quelque chose qui est parti du Québec, mais qui a été plus utile pour les gens du reste du Canada », a constaté la directrice de la Maison d’Haïti, Marjorie Villefranche, en évoquant l’importante mobilisation en 2020 pour un programme visant tous les immigrants au statut précaire ayant travaillé pendant la pandémie. « C’est quand même mieux que rien. C’est juste que, au Québec, on en aura profité moins. »

Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), croit que certains candidats ont voulu tenter leur chance depuis l’Ontario parce que les démarches y sont « moins contraignantes et plus rapides ». « Ça nous aura certainement fait perdre de la précieuse main-d’œuvre dans les CHSLD », a-t-il ajouté.

Délais de traitement

Claudine Uwingabiye, d’Accueil liaison pour arrivants (ALPA), soit l’un des trois organismes québécois mandatés pour accompagner les travailleurs dans le processus, s’étonne que seulement 4000 demandes aient été déposées au Québec. « On s’attendait à plus que ça », a-t-elle indiqué.

Ce qui ne l’étonne toutefois pas, c’est le petit nombre de personnes admises au Québec jusqu’à maintenant. Quelque 2000 personnes ont reçu une « approbation en principe », soit la moitié des demandes déposées. Mais que s’est-il passé pour que seulement 140 personnes aient été admises ? « Il y a eu de la confusion dans certaines démarches », croit-elle.

Par exemple, plusieurs personnes n’ont pas de passeport valide, comme l’exige le programme, mais ne savent pas qu’un passeport expiré et une lettre explicative peuvent faire l’affaire. D’autres ont du mal à obtenir une preuve d’examen médical ou un certificat confirmant l’absence d’antécédents judiciaires qui, dans certains pays, peut mettre des semaines ou des mois à être produit.

 
140
C’est le nombre de résidences permanentes qui ont été accordées à des demandeurs d’asile travaillant dans le milieu de la santé au Québec. Ce chiffre s’élève à 1310 en Ontario.

« Il y a plein de misères administratives, confirme Marjorie Villefranche. Comme mesure de sécurité, le formulaire change régulièrement au fédéral et, parfois, ça demande qu’un nouveau formulaire plus à jour soit rempli. »

« Certains cas sont en suspens parce que les demandeurs ont jusqu’au 31 octobre 2021 pour démontrer qu’ils satisfont à l’exigence liée au travail, ou parce qu’ils attendent la décision relative à la délivrance d’un certificat de sélection du Québec (CSQ) », a précisé pour sa part Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Le ministère québécois de l’Immigration dit avoir reçu environ 3000 demandes de CSQ et en avoir délivré 2500. Rappelons que, pour recevoir une « approbation en principe » de la part du gouvernement fédéral, il faut avoir préalablement obtenu un CSQ. « Je n’ai pas l’impression que le Québec a été désavantagé parce que [les candidats] devaient attendre leur CSQ. C’est plutôt rapide », modère toutefois Stéphanie Valois, présidente de l’Association des avocats et avocates en droit de l’immigration.

Quoi qu’il en soit, le président du regroupement Debout pour la dignité, Wilner Cayo, se désole de ces délais aux lourdes conséquences. « Ça retarde le commencement d’une vie normale pour ces gens. Certains ont des projets de retour aux études ou veulent chercher d’autres types d’emploi. Et plus le délai est long, moins ces gens peuvent aspirer à faire ces changements rapidement », indique le théologien.

Demandes de dernière minute

Plusieurs demandes seront aussi déposées à la dernière minute, même si la période de dépôt des candidatures tire à sa fin, croit Claudine Uwingabiye, d’ALPA. Son organisme est inondé d’appels depuis le début du mois d’août, et une bonne part d’entre eux viennent de personnes admissibles à la mesure. « Les gens paniquent, mais on est en train de les aider, dit-elle. Je pense que certaines personnes croyaient que ça allait durer, qu’elles ne savaient pas qu’il y avait une fin. »

Le reste des appels vient de personnes exclues du programme, comme des gardiens de sécurité ou des préposés à l’entretien des hôpitaux. « Elles tentent quand même leur chance et nous appellent pour savoir si le [programme] a changé. » Au moment de son annonce, le programme avait été jugé trop restrictif par plusieurs : seules les personnes ayant fourni des soins directs aux patients lors de la première vague de la pandémie y sont admissibles.

Le cabinet de la ministre québécoise de l’Immigration, Nadine Girault, a indiqué au Devoir qu’« aucun changement de critères n’est prévu dans le Programme spécial des demandeurs d’asile en période de COVID-19 ».

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