Alimentation - L'agneau de Charlevoix d'origine contrôlée sera bientôt dans les frigos

Après un faux départ au printemps dernier, Québec s'apprête, dans les prochaines semaines, à signer l'acte de naissance législatif des produits du terroir du Québec. Comment? En apportant des modifications au Règlement sur les aliments afin d'autoriser et surtout de surveiller à l'avenir l'usage d'appellations d'origine régionale ou locale, de type «Agneau de Charlevoix» ou autre, dans l'univers de la bouffe d'ici, a appris Le Devoir.

Exit donc le vague programme d'enregistrement volontaire des produits du terroir proposé par la ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Françoise Gauthier, en mars dernier — programme largement décrié d'ailleurs par les acteurs de ce milieu alimentaire —, les fonctionnaires du MAPAQ sont retournés à leur table à dessin au cours de l'été afin d'accoucher d'une nouvelle forme d'encadrement qui semble désormais faire l'unanimité.

Ainsi, selon les informations obtenues, Mme Gauthier doit, dans le courant du mois de septembre, présenter au conseil des ministres un projet de modification de l'actuel Règlement sur les aliments — répondant pour les fonctionnaires au doux nom de P-29 — afin d'y préciser l'usage qui pourra être fait des appellations d'origine d'un produit.

Conséquence: l'article 333, qui actuellement oblige les producteurs, transformateurs et épiciers à indiquer l'origine générale d'un produit (Québec ou Canada, par exemple), va donc prendre un peu de galon en s'ouvrant désormais à des origines de plus, régionales ou encore municipales cette fois-ci. Avec à la clef un corollaire difficile à éviter: désormais enchâssées dans la loi, ces origines vont tomber également dans les pattes des inspecteurs du MAPAQ, qui seront alors chargés de contrôler leur véracité et leur bon usage.

Certes, cet encadrement législatif est loin d'être en harmonie avec celui suggéré l'automne dernier dans le rapport du Groupe de travail sur les appellations réservées et les produits du terroir. Ce groupe recommandait en effet d'inclure les appellations «terroir», «artisanal» et «fermier» dans la loi, contraignante, qui régit actuellement l'univers du biologique. Mais il s'agit là d'un pas dans la bonne direction, a reconnu hier en entrevue au Devoir la ministre Gauthier, confirmant au passage les intentions de son cabinet.

«C'est une solution de compromis, a-t-elle expliqué. La définition de terroir, selon ce rapport, est très restrictive et très peu de produits au Québec auraient pu l'utiliser. Il faut donc voir ça comme un point de départ et, dans les prochaines années, nous allons continuer à travailler sur la notion de terroir. C'est une priorité.»

Épuré par la force des choses de son caractère historique et même artisanal, le terroir version québécoise se résumera donc pour commencer à sa dimension purement géographique. Avec, en plus, des outils de vérification dont plusieurs déploraient l'absence dans la première mouture de ce vaste projet.

Au-delà de ces appellations d'origine contrôlée, le MAPAQ va poursuivre également sur sa lancée cet automne avec son programme d'authentification volontaire des produits dits «fermiers» et «artisanaux». Ce programme devrait permettre aux producteurs qui estiment que leurs produits entrent dans ces deux catégories d'utiliser un logo officiel produit pour la circonstance par le ministère.

Le signe extérieur de non-industrialisation, conçu dans l'esprit de la loi sur les marques de commerce, va s'accompagner d'une série de critères précis à respecter que les directions régionales du MAPAQ seront chargées d'encadrer. Les termes «fermier» et «artisanal» n'étant toutefois pas protégés par la loi, un fromage 100 % industriel produit dans une usine de l'Ontario pour le marché du Québec pourra également les utiliser. Sans le logo toutefois.

«Les consommateurs vont toutefois être mieux informés, croit Mme Gauthier. Ils recherchent ce type de produits et vont avoir désormais une marque de commerce qu'ils vont pouvoir retrouver. Bien sûr, ce programme va être accompagné d'une vaste campagne d'information pour les aider à mieux reconnaître ce logo.» Logo qui doit d'ailleurs se marier à celui d'Aliment du Québec, un programme visant à faire la promotion des aliments d'ici, «afin de ne pas mêler les consommateurs», poursuit la ministre.