La hausse des noyades inquiète

Le décès par noyade d’un garçon de 13 ans survenu dans la nuit du 16 au 17 juillet à la piscine publique Maisonneuve, dans l’est de Montréal, a ébranlé les résidents du secteur, mais aussi des employés syndiqués de la Ville de Montréal, qui ont déploré au «Devoir» des lacunes en matière de surveillance des piscines publiques de la métropole.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le décès par noyade d’un garçon de 13 ans survenu dans la nuit du 16 au 17 juillet à la piscine publique Maisonneuve, dans l’est de Montréal, a ébranlé les résidents du secteur, mais aussi des employés syndiqués de la Ville de Montréal, qui ont déploré au «Devoir» des lacunes en matière de surveillance des piscines publiques de la métropole.

Un syndicat déplore des lacunes en matière de sécurité publique autour des piscines publiques de Montréal, tandis que la pénurie appréhendée de sauveteurs sème l’inquiétude, au Québec comme ailleurs au pays, au moment où plusieurs provinces font face à une hausse du nombre de noyades sur leur territoire.

Le décès par noyade d’un garçon de 13 ans survenu dans la nuit du 16 au 17 juillet à la piscine publique Maisonneuve, dans l’est de Montréal, a ébranlé les résidents du secteur, mais aussi des employés syndiqués de la Ville de Montréal, qui ont déploré au Devoir des lacunes en matière de surveillance des piscines publiques de la métropole.

Au cours des dernières années, la surveillance des piscines publiques de Montréal assurée par les cols bleus de Montréal a progressivement diminué, affirme le syndicat, qui déplore par ailleurs que de nombreux contrats d’agents de sécurité concernant les installations de la Ville soient régulièrement accordés à des firmes privées au détriment de ses membres.

Or, le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal fait valoir que les agents de sécurité des firmes privées disposent souvent de moins d’expérience pour assurer une surveillance efficace des installations de la Ville, contrairement aux employés syndiqués de la Ville.

« Il manque carrément une vigilance qui est digne d’une ville qui ne veut pas vivre des incidents de cette nature-là », lance au Devoir l’agent de liaison du syndicat, Luc Bisson, en référence à la noyade survenue récemment dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Surveillance accrue

La Ville semble toutefois avoir corrigé le tir au lendemain de ce triste événement. Une note interne datant du 17 juillet signée par le Service de la gestion et de la planification immobilière fait état du déploiement, « pour une durée indéterminée », d’une patrouille composée d’employés de la Ville pour assurer « l’inspection » de 15 piscines publiques entre 21 h et 5 h. Parmi ces installations, situées dans six arrondissements, on retrouve la piscine Maisonneuve, localisée sur la rue de Rouen.

« Ces piscines, comme nous l’avons vu dans le passé, peuvent être sujettes à attirer des citoyens en dehors des heures où une surveillance est appliquée et mener malheureusement à des événements dramatiques », indique la note interne, dont Le Devoir a obtenu copie. Plusieurs noyades ont eu lieu au cours des dernières années dans des piscines publiques de Montréal la nuit, alors que celles-ci étaient fermées.

« Ça a pris un drame pour que [la Ville] décide de remettre en fonction cette surveillance qui existait avec les cols bleus », constate ainsi M. Bisson, en référence au décès du garçon de 13 ans. Des propos que rejette la Ville.

J’ai cette préoccupation-là, avec le mois d’août qui vient de commencer, qu’on risque de voir encore plus de noyades

« Bien que certains services de sécurité soient désormais offerts par l’entremise de contrats à des entreprises privées, ça n’a jamais été le cas pour ce qui est des patrouilleurs, qui eux étaient et sont toujours des employés cols bleus de la Ville de Montréal », assure une porte-parole, Marilyne Laroche Corbeil. Des « surveillants-sauveteurs qualifiés » supervisent également les piscines publiques pendant leurs heures d’ouverture, ajoute-t-elle.

La Ville a par ailleurs entamé en 2019 le remplacement des mailles des clôtures de plus de la majorité de ses piscines publiques afin que celles-ci soient plus difficiles à escalader en pleine nuit, à la suite d’un rapport du Bureau du coroner concernant le décès en 2018 d’un jeune de 15 ans à la piscine du parc Marcelin-Wilson, dans Ahuntsic-Cartierville. La hauteur minimale des clôtures autour des piscines publiques a aussi été rehaussée de 1,2 à 1,8 mètre en 2019.

La Régie du bâtiment du Québec souligne pour sa part qu’un processus de mise à jour de son Code de construction est en cours dans le but de « rehausser les normes de conception et de construction des piscines et des pataugeoires ». Elle assure par ailleurs collaborer avec les enquêtes reliées aux noyades dans ces lieux afin de « déterminer la cause de ces tragédies », et d’agir en conséquence.

Hausse des noyades

Après avoir connu une courbe descendante depuis le début des années 1990, le nombre de noyades est reparti à la hausse au Québec depuis le début de la pandémie. On en a rapporté 95 l’an dernier, soit 36 de plus qu’en 2019. Chaque année, la grande majorité des noyades surviennent dans des plans d’eau naturels, comme des lacs et des rivières.

« J’ai cette préoccupation-là, avec le mois d’août qui vient de commencer, qu’on risque de voir encore plus de noyades », appréhende le directeur général de la Société de sauvetage du Québec, Raynald Hawkins. On en rapporte déjà 49 en 2021, selon un récent décompte de la Société de sauvetage du Québec. La moyenne annuelle des dernières années est de 80 noyades.

Pendant ce temps, plusieurs provinces font face à une pénurie de sauveteurs, notamment en raison de la pandémie. L’an dernier, la Société de sauvetage du Québec a formé 2400 sauveteurs, contre 5500 en 2019.

« Notre impression, c’est qu’il y a de moins en moins de sauveteurs qui s’inscrivent pour des formations et ça nous pose beaucoup de problèmes », constate le président-directeur général de Camping Québec, Simon Tessier, qui presse Québec de s’attaquer à ce problème afin d’éviter « le plus possible » que des noyades continuent de survenir dans les points d’eau de la province.

Le Québec est d’ailleurs loin d’être la seule province à être confronté à ce défi de main-d’œuvre.

« En raison de la pandémie, on n’a pas pu former la relève autant que d’habitude », confirme la directrice de l’éducation publique de la Société de sauvetage de l’Ontario, Barbara Byers.

« C’est quelque chose qu’on voit un peu partout au pays. Il y a une pénurie de sauveteurs », relève également au Devoir le directeur de la Société de sauvetage de la Colombie-Britannique, Dale Miller. Cette province constate d’ailleurs une légère hausse du nombre de noyades survenues sur son territoire dans les derniers mois, par rapport aux années précédentes. C’est aussi le cas en Ontario.

Dans ce contexte, M. Hawkins appréhende que des municipalités n’aient d’autre choix dans les années à venir que « de fermer des piscines publiques par manque de sauveteurs ». La baignade est d’ailleurs déjà interdite au Québec cet été dans certaines réserves fauniques et sur certaines plages, à défaut d’avoir des sauveteurs pour surveiller les baigneurs.

« Le jour où il y aura plein de campings et de piscines qui devront fermer, peut-être que [le gouvernement du Québec] va faire quelque chose », lâche M. Tessier.

Pour remédier à cette situation, la Société de sauvetage du Québec travaille avec le gouvernement du Québec afin de rendre le métier de sauveteur plus attrayant, notamment auprès des jeunes, assure M. Hawkins. Si plusieurs aspects sont à prendre en considération, « les conditions de travail restent quand même un facteur qui reste déterminant », note-t-il.



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