Confusion et inquiétudes pour des voyageurs exemptés de la quarantaine

Exemptés de la quarantaine obligatoire, mais pas encore tranquilles. Plusieurs voyageurs ont appris à leurs dépens que l’application ArriveCAN est incapable de faire la distinction entre les personnes exemptées de la quarantaine et celles qui ne le sont pas. Des arrivants complètement vaccinés reçoivent ainsi des notifications leur demandant de remplir un rapport de symptômes, de demeurer en quarantaine ou encore de fournir le résultat d’un test au huitième jour après leur arrivée.

Depuis le 5 juillet dernier, les citoyens canadiens ainsi que les résidents permanents et temporaires sont exemptés de la quarantaine obligatoire s’ils sont adéquatement vaccinés. Tout voyageur qui entre au Canada doit néanmoins télécharger l’application ArriveCAN, ne serait-ce que pour soumettre ses informations de vaccination.

Ces voyageurs exemptés pourraient même recevoir la visite d’un agent en personne, selon ce que des téléphonistes de l’Agence de santé publique du Canada (ASPC) ont indiqué au Devoir. « Si cela arrive, ne paniquez pas. C’est tout à fait normal, car ils reçoivent des notifications de l’application disant que vous êtes en quarantaine. Tout ce que vous avez à faire est d’expliquer à l’agent, et tout devrait bien se passer », a indiqué l’un d’eux en réponse à nos questions.

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), entité responsable de l’application, a confirmé avoir « lancé une mise à jour » le 10 juillet dernier afin de faire cesser ces notifications. L’ASPC a aussi reconnu le problème : « Nous comprenons la confusion et les inquiétudes que cela peut susciter chez les voyageurs », écrit une porte-parole au Devoir. Les deux agences « s’efforcent de résoudre les problèmes aussitôt que possible », poursuit-elle, et une autre mise à jour doit survenir la semaine prochaine. Les voyageurs devraient mettre leur application à jour à la dernière version sur leur téléphone, suggère aussi l’ASPC.

« Incompétence »

« Je trouve que c’est d’une incompétence sans nom, et que c’est un abus de confiance », dit Danièle Dugré, qui s’est mise en quarantaine près d’une semaine, alors qu’elle en était exemptée. Citoyenne canadienne et doublement vaccinée, elle a atterri à Montréal il y a une dizaine de jours pour des vacances, alors qu’elle travaille à l’étranger.

Elle se rend alors dans son chalet des Laurentides, où elle n’a pas accès à Internet. Trois jours plus tard, elle va chez des amis et connecte son téléphone au réseau wifi. Elle constate alors avoir reçu plusieurs messages d’ArriveCAN : « J’étais vraiment surprise, mais je me disais, bon, c’est peut-être une erreur, peut-être que le résultat de mon test à l’arrivée n’a pas été communiqué ou autre chose », explique-t-elle.

Mme Dugré décide par précaution de faire sa déclaration quotidienne au téléphone, une mesure imposée aux voyageurs en quarantaine. « Tout ce qui m’envoie en confinement, je prends ça au sérieux, je veux être une bonne citoyenne », relate-t-elle pour illustrer son état d’esprit. C’est au 8e jour après son arrivée qu’elle devient « complètement paniquée », dit-elle, car on la menace d’une amende de 5000 $ si elle n’envoie pas son test, voire d’une peine de 750 000 $ et de l’emprisonnement pour non respect de quarantaine. Or, elle n’a pas la trousse nécessaire pour réaliser ce test. À l’aéroport, comme elle était exemptée de la quarantaine, ni les feuillets d’information ni les agents douaniers ne lui ont fait part de ces obligations. « Je ne sais pas où appeler. […] Je suis complètement découragée. »

En appelant la compagnie qui distribue les tests à réaliser par soi-même en quarantaine, Switch Health, on la dirige vers l’ASPC. Et là, enfin, un agent lui indique qu’elle n’a pas à se soucier des messages « incessants » d’ArriveCAN, car elle est bel et bien exemptée de la quarantaine. Cette téléphoniste au bout du fil lui aurait dit : « Je passe ma journée à répondre à des appels de personnes paniquées. » Elle s’est sentie flouée d’avoir voulu respecter scrupuleusement les lois.

Un scénario semblable s’est déroulé pour Joey Tremblay, arrivé avec sa famille à Calgary le 31 juillet. Il a toutefois appris plus rapidement qu’il devait tout simplement ignorer les messages de l’application gouvernementale. « Tout s’est bien passé à l’arrivée, c’était même plutôt décontracté à l’aéroport », raconte-t-il. Dimanche matin, il reçoit pourtant un courriel signé ArriveCAN qui indique qu’il doit remplir un rapport de ses symptômes, car il est en quarantaine.

« J’étais confus parce que la première communication n’avait aucun lien vers l’application, et je ne comprenais pas pourquoi j’avais encore des obligations », affirme M. Tremblay. Deux jours plus tard, soit mardi, il avait obtenu plus d’information de l’ASPC qui lui confirmait que sa famille était exemptée.

Une mise à jour incomplète ?

Il est maintenant indiqué sur une page du gouvernement pour les voyageurs vaccinés de ne pas tenir compte de ces avis d’ArriveCAN. « Mais encore faut-il que l’on cherche en ligne », remarque Danièle Dugré. « Je n’en avais pas connaissance », renchérit quant à lui M. Tremblay.

Sur des groupes Facebook destinés aux voyageurs vers le Canada, plusieurs personnes se plaignent aussi d’avoir reçu ces avis. « Je ne comprends pas, car compte tenu de ma situation, je suis pourtant exemptée », s’interroge une femme, tout en demandant aux autres membres du groupe si « cela est normal ». « Que suis-je censé faire ? », poursuit dans une autre publication une femme arrivée le mardi 3 août.

Toutes ces personnes disent avoir téléchargé ArriveCAN dans les deux dernières semaines, soit après la mise à jour évoquée par l’ASFC.

Sur Google Play, le fournisseur d’application pour les téléphones Android, on indique qu’une mise à jour a été effectuée le 13 juillet. Sa version Apple aurait été mise à jour le 14 juillet, toujours selon la plateforme de téléchargement.

Dès lundi prochain, le 9 août, les Américains et les résidents permanents des États-Unis peuvent venir au pays à des fins touristiques, et plus seulement pour des voyages « essentiels ». Ils doivent cependant être considérés comme entièrement vaccinés. L’obligation de passer trois nuits à l’hôtel sera aussi levée pour tous les passagers arrivant par avion.

Enfin, le Canada prévoit aussi d’ouvrir ses frontières aux autres ressortissants étrangers à partir du 7 septembre, toujours sous cette condition de vaccination adéquate.

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