Après une pause pandémique, les mariages reprennent

Le nombre de mariages a chuté de près de moitié au Québec entre 2019 et 2020, selon une étude de l’Institut de la statistique du Québec.
Photo: Sophie Asselin Le nombre de mariages a chuté de près de moitié au Québec entre 2019 et 2020, selon une étude de l’Institut de la statistique du Québec.

La promesse de s’aimer « dans la santé comme dans la maladie » et « pour le meilleur comme pour le pire » a rarement été mise à si rude épreuve que lors des derniers mois. Si la pandémie a sévèrement freiné le nombre de mariages célébrés au Québec comme ailleurs, le nombre d’unions semble repartir à la hausse — au bonheur de l’industrie, qui anticipe même un boom en 2022.

« Depuis juin, je vois vraiment que la demande reprend », s’enthousiasme Sophie Asselin, photographe de mariage basée à Montréal depuis 12 ans. « Je reçois environ de deux à quatre demandes par semaine », ajoute-t-elle en feuilletant son agenda.

Celle dont le travail a été durement frappé par la pandémie explique même devoir augmenter ses prix pour 2022 « pour ralentir la demande ». Pour cette année toutefois, la photographe n’a pas choisi cette voie puisque son carnet de commandes — même s’il se remplit rapidement — s’était complètement vidé lors des derniers mois.

Le nombre de mariages a chuté de près de moitié au Québec entre 2019 et 2020, selon une étude de l’Institut de la statistique du Québec. Mais à en croire le nombre de déclarations de mariages et d’unions civiles reçues par le Directeur de l’état civil du Québec, la tendance est repartie à la hausse cette année, même si elle reste en deçà du niveau prépandémique. En juin 2019, le nombre de déclarations reçues était près de 1800, alors qu’il était de 600 en juin 2020 et à 1100 en juin de cette année.

 

« Wedding boom » aux États-Unis

Au sud de la frontière, les Américains parlent d’un « wedding boom », d’une explosion du nombre de mariages. Selon les experts de la firme de recherche spécialisée The Wedding Report, le nombre de mariages aux États-Unis devrait atteindre 2,77 millions en 2021, soit plus du double de l’année dernière et une augmentation de 30 % par rapport à 2019.

Si le phénomène est loin d’être aussi marqué au Québec, il y a tout de même un réel engouement, témoigne Mélanie Aubin, planificatrice de mariages et fondatrice de l’agence Foudamour. « Depuis presque deux ans, on ne célèbre pas de mariages, alors il y a comme un rattrapage qui s’effectue. C’est surtout pour l’année prochaine que la demande explose : en 2022, on va célébrer trois saisons de mariages en une seule. J’ai même déjà des mariages réservés pour 2023 », confie-t-elle.

Ludivine Reuter, de l’agence Lulucœurdebeurre, elle aussi planificatrice de mariages et d’événements, constate aussi cet emballement pour 2022. « Mais on reçoit aussi des demandes de dernière minute pour cette année », explique-t-elle.

Avec la reprise des mariages s’imposent aussi des défis logistiques. Le secteur de l’événementiel a été durement touché par la crise, et bon nombre de travailleurs ont quitté l’industrie pour se réorienter. « Je travaille avec des coordinatrices à la pige et il y en a plusieurs qui m’ont dit que les derniers mois avaient été trop difficiles et qu’elles ont décidé de changer de voie, raconte Mme Aubin. Pour le moment, je m’en sors… mais je regarde l’année prochaine et je me dis : “Oh mon Dieu, comment je vais faire ?” »

Les futurs mariés qui veulent nouer leur union l’année prochaine doivent par ailleurs faire preuve de beaucoup de flexibilité quant aux choix des dates et des emplacements : les lieux de réception — surtout en extérieur — sont très prisés, souligne Mme Reuter.

La hausse des prix de certains produits pourrait aussi faire gonfler la facture, ajoute-t-elle. « C’est comme le bois, dont le prix a fortement grimpé. S’il y a une ruée sur les bouquets, par exemple, il est possible que les coûts soient un peu plus élevés et que les couples doivent faire preuve de souplesse en cas de pénurie. »

S’unir en temps de pandémie

Manel Rezgui et Tony Kaloul se sont fiancés en 2018. Ils prévoyaient de se marier deux ans plus tard, en septembre 2020. C’était sans compter sur la pandémie, qui les a forcés à reporter d’un an leur projet. « On a décidé de se marier cette année, notamment parce qu’avec la COVID-19, Tony et moi avons chacun perdu une grand-mère. Ça nous a fait réaliser l’importance de ne pas perdre de temps et de célébrer avec nos proches », explique Manel Rezgui, qui travaille en épidémiologie pour la Santé publique de Montréal, et qui dira enfin « oui » à son fiancé le 14 août prochain.

La jeune femme est bien consciente des risques de contamination liés à la pandémie et aux voyages internationaux : elle a dû faire quelques sacrifices, comme faire une croix sur l’envoi d’invitations à ses proches en Algérie, où le niveau de vaccination reste faible.

« Mais on ne pouvait pas encore attendre éternellement et continuer de reporter, même d’un point de vue financier. Parce que quand on reporte, il faut que les prestataires soient tous libres le même jour, ce qui est un casse-tête infernal. De notre côté, on a perdu de l’argent parce qu’on n’a pas pu récupérer certains dépôts auprès de prestataires dont les dates ne concordaient plus avec les nôtres. »

Le mariage — qui comptera une quarantaine de convives en extérieur — aura lieu dans près de deux semaines, mais le couple espère encore quelques assouplissements sanitaires. « On a des plans A, B et C s’il y a de nouvelles permissions », fait savoir Mme Rezgui.

La planificatrice Ludivine Reuter observe que, comme Manel Rezgui et Tony Kaloul, beaucoup de couples ont décidé de ne pas reporter leur mariage et de l’organiser cet été, quitte à faire des compromis sur l’ampleur des célébrations. « Comme ça fait un moment que les gens n’ont pas vécu ce genre d’expériences, ils n’ont plus envie d’attendre et ils ont envie d’en profiter, même si ça veut dire en plus petit comité. »

À l’heure actuelle, les règles de la Santé publique permettent à 25 personnes de se réunir à l’intérieur, et à 50 personnes de le faire à l’extérieur.

À voir en vidéo