De plus en plus de commerces forcés de rétrécir leurs heures d’ouvertures, faute d’employés

Le propriétaire de La New-Yorkaise, Reza Sedighi prévoyait une ouverture tous les jours, mais il ne peut servir ses clients que cinq jours sur sept, faute d’employés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le propriétaire de La New-Yorkaise, Reza Sedighi prévoyait une ouverture tous les jours, mais il ne peut servir ses clients que cinq jours sur sept, faute d’employés.

Un client cogne à la porte de la pizzeria La New-Yorkaise, dans Griffintown, à Montréal. Pas de chance, aucun pizzaïolo n’est disponible aujourd’hui : le restaurant doit garder porte close. La même scène se répète partout au Québec ces temps-ci.

« Je suis désespéré. J’en suis à 865 jours sans prendre de vacances », se désole le propriétaire de La New-Yorkaise, Reza Sedighi. Son plan d’affaires prévoyait une ouverture tous les jours, mais il ne peut servir ses clients que cinq jours sur sept, faute d’employés. Le propriétaire se tourne comme d’autres vers la France ou l’Italie pour recruter du personnel, mais il ne s’agit que d’une solution « à court terme ». Pour survivre à la nouvelle réalité du marché de l’emploi, il doit « revoir le plan à moyen et à long terme ».

« Ça se peut qu’on change notre façon de faire, suggère M. Sedighi. Je pense à installer un robot, un bras robotique pour faire les pizzas. Lui, il ne prendra jamais de congé et sera toujours là. » Une touche d’amertume dans la voix, il affirme avoir vu certains de ses employés partir parce qu’un autre restaurant leur offrait un voyage dans le Sud à l’embauche.

Un problème répandu

Les fermetures partielles touchent aussi les grands établissements. Au cœur du Vieux-Montréal, le Jardin Nelson et son bâtiment bicentenaire doivent fermer les lundis et mardis. « C’est du jamais vu », commente le directeur général du restaurant, Jean-Marc Lavoie. Le « pouvoir d’attraction » de son établissement lui permettait avant la pandémie de clore le dossier des embauches vers la mi-avril. « J’ai fait des entrevues à peu près toutes les semaines depuis l’ouverture », laisse-t-il tomber.

Plusieurs de ses employés ont profité du confinement pour quitter les fourneaux pour de bon, explique M. Lavoie. Mais il dit bien les comprendre : « Quand ils ont fermé les restaurants, les gens se sont retrouvés le bec à l’eau. C’était peut-être le coup qu’ils attendaient pour se réorienter. »

Pour certains restaurants, la reprise post-confinement équivaut presque à un retour à la case départ.

Dans l’équipe de Grégory Paul, du restaurant Mile-Ex, on ne compte presque plus de professionnels. « J’ai réussi à garder uniquement mon sous-chef », résume le propriétaire. Sa cuisine n’ouvre plus que du mercredi au vendredi, et seulement en soirée. « J’engage n’importe qui ! Si quelqu’un a de la volonté en rentrant dans le restaurant, il commence tout de suite. Je ne pose plus de questions sur le CV, l’expérience ou pas, parce que ça ne sert strictement à rien, finalement. Je vais former les gens à ma sauce. »

Des boutiques et commerces aussi réduisent leurs horaires. La célèbre fruiterie Milano, dans la Petite Italie, a perdu une quarantaine d’employés depuis le début de la pandémie. Désormais, les clients se heurtent tous les lundis à un écriteau marqué « fermé ». « On ne peut pas perdre plus [d’employés] que ça, confie le propriétaire, Mario Zaurrini. On a déjà dû fermer le département prêt-à-manger ; on n’a personne ! L’an passé, on avait investi 100 000 $ là-dedans. »

Aux dires de tous ces propriétaires, les prestations du fédéral pour les chômeurs pandémiques ont assez duré. À l’inverse, la fermeture obligatoire des magasins les dimanches décrétée par Québec au début de la crise en a réjoui plus d’un. « C’est la meilleure décision qu’on ait jamais prise, déclare Mario Zaurrini. Je faisais le même chiffre d’affaires, ou presque, en six jours plutôt qu’en sept. Il faudrait qu’on retourne à ces lois-là de 1980. »

Le scénario revient un peu partout au Québec. Par exemple, Mont-Tremblant publie dorénavant sur son site Internet un calendrier hebdomadaire des fermetures partielles d’une douzaine de restaurants de la ville.

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