Deux grands spectacles tests en vue au Québec cet automne

Un concert test tenu à Barcelone en mars n’avait pas causé de nouvelle flambée de cas de COVID-19. En tout, 5000 personnes portant un masque chirurgical avaient pu voir le groupe de rock indépendant Love of Lesbian.
Photo: Lluis Gene Agence France-Presse Un concert test tenu à Barcelone en mars n’avait pas causé de nouvelle flambée de cas de COVID-19. En tout, 5000 personnes portant un masque chirurgical avaient pu voir le groupe de rock indépendant Love of Lesbian.

Québec veut tenir en septembre deux grands spectacles réunissant des milliers de personnes pour tester l’assouplissement des mesures sanitaires. Le premier réunirait 20 000 spectateurs à l’extérieur, tandis que 5000 personnes pourraient assister au deuxième.

« Ce qu’on compte faire va bien au-delà de ce qui a été réalisé, par exemple à Barcelone, à Liverpool ou encore en mai dernier du côté de Paris, a déclaré lundi la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, en conférence de presse. L’expérience va être adaptée aux réalités du Québec, et elle va prendre en compte la dimension sociale, comportementale des Québécois. »

Les deux événements se tiendront simultanément dans la région de Québec et seront encadrés par un protocole de recherche préparé par plusieurs équipes de l’Université Laval dirigées par le Dr Patrick Archambault. Ce protocole devra être approuvé par un comité d’éthique et par la Santé publique pour que les concerts aient lieu. Un groupe témoin d’un maximum de 2500 personnes resterait à la maison pour que les chercheurs puissent mesurer l’effet de ces deux rassemblements sur la transmission de la COVID-19.

Les données recueillies serviront à soutenir la reprise du secteur événementiel, qui est lourdement touché par la pandémie, et elles aideront à déterminer la marche à suivre pour permettre le retour des grands festivals. « On est déterminés à faire du Québec une destination touristique qui, oui, va demeurer reconnue pour ses festivals et événements, mais qui va également être reconnue pour ses festivals et événements sécuritaires », a affirmé Mme Proulx.

Un scénario à parachever

Plusieurs scénarios sont à l’étude pour déterminer quelles mesures sanitaires — comme le port du masque obligatoire ou la distanciation physique — seraient levées lors de ces spectacles. L’idée est de reproduire le plus possible des conditions prépandémiques. Le choix dépendra également de la situation épidémiologique du Québec à l’automne. Les spectacles pourraient également être annulés advenant une quatrième vague de COVID-19.

« Qui peut participer ? Quelles données veut-on récolter ? Comment le spectacle va-t-il se passer ? Qu’est-ce qu’on va faire pendant le spectacle ? C’est à [ça que] les équipes de recherche travaillent présentement », a expliqué la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours.

20 000
C’est le nombre de spectateur que devrait réunir, à l’extérieur, le premier concert test organisé par Québec.

Les personnes qui ne sont pas vaccinées ne sont donc pas exclues d’emblée. « Ça fait partie de tout l’univers des éléments qui doivent être définis dans un protocole, a-t-elle ajouté. […] Les conditions qui pourraient exclure ou non des participants, ça aussi, ça va dépendre de la situation épidémiologique. S’il y a des risques, il y a des gens […] qui ne pourront pas participer parce que leur santé est plus fragile. L’idée, c’est de faire un concert test qui est sécuritaire. »

Les artistes n’ont pas encore été choisis. Le gouvernement a lancé lundi deux appels d’offres pour trouver des entreprises prêtes à organiser ces spectacles. Le budget prévu oscille entre deux et trois millions de dollars.

Lueur d’espoir

La nouvelle a été bien accueillie dans le milieu du spectacle. « Ça aurait été le fun de faire ça avant, mais, en même temps, je comprends que le contexte n’était pas favorable et que le gouvernement se concentrait sur la campagne de vaccination », a dit le porte-parole du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN), Patrick Kearney, également directeur général du festival Santa Teresa. L’association compte des dizaines de membres un peu partout au Québec.

« Depuis le début de la pandémie, on nous dit qu’on prend des décisions selon des données scientifiques, mais dans le domaine événementiel et du spectacle, on avait justement peu de données, a-t-il ajouté. Donc, si ça peut permettre de développer des bonnes façons de faire à partir de ça, c’est une bonne chose. »

« Ces tests, ça nourrit aussi l’espoir qu’on puisse accueillir plus de monde dans nos salles si ça fonctionne bien », a soulevé pour sa part David Laferrière, le président du conseil d’administration de RIDEAU, une association qui représente 350 salles de spectacle et festivals. « Mon seul bémol, c’est que ça arrive peut-être un peu tard dans le processus, a-t-il continué. Mais mieux vaut tard que jamais. »

Un concert test tenu à Barcelone en mars n’avait pas causé de nouvelle flambée de cas de COVID-19. En tout, 5000 personnes portant un masque chirurgical avaient pu voir le groupe de rock indépendant Love of Lesbian. Même scénario pour un concert d’Indochine tenu à Paris en mai. Les 5000 spectateurs âgés de 18 à 45 ans ne devaient pas avoir de comorbidité pour participer et avaient dû obtenir un résultat négatif au dépistage trois jours avant l’événement. Ils avaient dû eux aussi garder le masque.

Avec Annabelle Caillou



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