Rude contre-interrogatoire pour la présumée victime du policier Roger Fréchette

Le procès du policier Roger Fréchette se poursuit toute la semaine au palais de justice de Montréal.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le procès du policier Roger Fréchette se poursuit toute la semaine au palais de justice de Montréal.

Mise devant ses contradictions par l’avocat de la défense, la présumée victime du policier Roger Fréchette persiste et signe : elle avoue avoir de nombreux trous de mémoire en raison de son choc post-traumatique, mais affirme se souvenir très bien des principaux incidents survenus lors de cette longue nuit.

« Mon problème, c’est que je n’arrive pas à replacer dans l’ordre la séquence des événements, mais les choses qui sont arrivées, je me rappelle que c’est arrivé », a soutenu Élise (nom fictif), dont l’identité est protégée par le tribunal.

La présumée victime ne se souvient de rien entre le moment de son arrestation et le moment où elle s’est retrouvée dans sa cellule. Elle n’arrive pas à situer le moment exact des commentaires déplacés que le policier lui aurait fait. Elle n’avait non plus aucun souvenir de s’être frappée la tête sur les murs de sa cellule, alors que la caméra de surveillance démontre qu’elle s’est élancée contre le mur à trois reprises pendant son incarcération.

Selon la présumée victime, c’est un des effets du choc post-traumatique dont elle souffre en raison d’agressions passées. Ainsi, sa psyché se « dissocie » d’événements traumatisants, a-t-elle raconté. « Quand tu vis une situation traumatisante ou beaucoup de stress, ton cerveau se transporte dans un endroit réconfortant (happy place) », a-t-elle expliqué. Or, cette nuit-là, son syndrome de choc post-traumatique a été déclenché à plusieurs reprises, notamment lors de son arrestation pour ébriété sur la voie publique.

L’avocat de la défense a questionné la présumée victime à quelques reprises sur les événements qui ont mené à un diagnostic de choc post-traumatique en 2016. Il s’est toutefois fait rabrouer par la juge Lori Renée Weitzman, qui estime que la source de son choc post-traumatique n’est pas nécessaire à la compréhension de l’actuelle cause.

Contradictions

Me Larose a multiplié les interventions visant à discréditer la présumée victime.

Ainsi, il a relevé que lors de son témoignage avec les enquêteurs du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), qui a mené l’enquête puisque l’accusé est un agent de police, la présumée victime affirmait que les policiers ne lui avaient pas remis son manteau après son incarcération et que son argent avait disparu de son portefeuille. Or, une caméra de surveillance montre que celle-ci avait déjà perdu son manteau avant son arrestation. Dans une autre séquence filmée à sa sortie du poste de police et présentée en preuve, elle affirme que c’est un itinérant qui a pris son argent. « Je spéculais », a expliqué la présumée victime.

La version qu’elle a offerte lundi à la cour diffère également de celle qu’elle a donnée aux enquêteurs du BEI quelques jours après les événements, notamment en ce qui a trait à sa libération au petit matin. Devant le tribunal, elle affirmait être « pas mal certaine » que c’était Roger Fréchette qui l’avait sortie de sa cellule, alors que dans les jours suivant l’événement, elle affirmait que celui-ci était déjà parti à ce moment-là.

À l’hôtel où le policier l’aurait raccompagné, les événements sont également flous. Lundi, Élise racontait notamment que le policier lui avait liché et senti le cou à plusieurs reprises, et qu’il la touchait sur tout son corps. Elle ne se souvenait pas du nombre de fois précis où ces événements sont survenus, mais était en mesure de raconter deux moments précis. Elle n’avait aucun souvenir non plus du moment ou de la façon dont il a quitté la chambre. Or, dans son témoignage devant le BEI, elle parlait plutôt d’un événement, sans pouvoir préciser où exactement c’était survenu dans la chambre. L’avocat de la défense a demandé à la présumée victime à quel moment la mémoire de ces événements lui était revenue. « J’ai eu beaucoup de temps pour repenser à certaines choses », a alors répondu Élise.

Le procès de Roger Fréchette se poursuit toute la semaine au palais de justice de Montréal.

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