Un nouveau campement de fortune démantelé à Montréal

Des cols-bleus, des policiers, des pompiers et des employés du ministère des Transports du Québec ont démantelé ce campement en matinée.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des cols-bleus, des policiers, des pompiers et des employés du ministère des Transports du Québec ont démantelé ce campement en matinée.

Un autre campement de fortune qui avait pris forme dans la métropole a été détruit mardi, augmentant du même coup la pression sur Québec et la Ville de Montréal en faveur d’une plus grande tolérance en ces temps de pénurie de logements abordables.

Ces dernières semaines, une demi-douzaine de tentes avait été érigées sur un terrain vague, en pente, situé à l’intersection des rues Notre-Dame et D’Iberville, juste en face de la voie ferrée desservant le port de Montréal. « On n’était pas visibles », raconte Jack, qui s’y est installé pendant deux mois en compagnie de sa copine.

Des cols-bleus, des policiers, des pompiers et des employés du ministère des Transports du Québec (MTQ) ont démantelé ce campement en matinée. À l’aide d’une pelle mécanique, ils ont rasé en quelques minutes les abris qui s’y trouvaient toujours, ont raconté plusieurs témoins au Devoir.

« On a été pris de vitesse. Mon ami était censé me réveiller ce matin, mais il ne l’a pas fait », raconte Jack, rencontré en après-midi près de l’endroit. Il a ainsi ramassé ses maigres possessions en quatrième vitesse avant de trouver un autre endroit où dormir qui, confirme-t-il, ne sera pas un refuge d’urgence.

« Ils font juste déplacer le problème »

Mardi après-midi, il ne restait ainsi plus que des chaises et quelques morceaux de tentes éparpillés sur le sol sur le terrain vague du quartier Centre-Sud.

On pouvait aussi apercevoir de la cendre dans un coin du terrain où des feux de camp ont vraisemblablement été allumés ces derniers jours. C’est d’ailleurs à la suite d’un incendie survenu le 1er juillet que le MTQ a émis un avis d’éviction ; les campeurs ont ensuite été prévenus le 8 juillet qu’ils devaient quitter les lieux d’ici le 13 juillet. Mardi matin, cinq campeurs étaient cependant toujours présents sur les lieux.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

« Entre le 8 et 13 juillet 2021, des intervenants et des policiers ont assuré un suivi auprès de la dizaine de personnes présentes sur les lieux. […] Cette opération s’est donc effectuée de façon graduelle et humaine », assure par courriel une porte-parole de la Ville de Montréal, Mélanie Gagné. Une déclaration qui laisse toutefois sceptiques plusieurs intervenants communautaires.

« Entre ce qu’on dit qui va être fait et ce qui est en fait en réalité, c’est souvent différent », laisse tomber le directeur adjoint de l’unité d’intervention L’Anonyme, Julien Montreuil, qui se remémore le démantèlement musclé du campement de la rue Notre-Dame en décembre 2020. « On dit souvent qu’on va faire ça de manière humaine, mais on t’enlève ton chez-soi. Ça ne peut pas être fait de manière humaine [un démantèlement]… », ajoute-t-il.

« À un moment donné, s’ils nous enlèvent toutes les places où on peut s’installer, [les itinérants] vont aller dans des commerces ou ailleurs. Ils font juste déplacer le problème », déplore également Guylain Levasseur. Le militant pour les droits des personnes itinérantes a lui-même subi plusieurs démantèlements successifs ces derniers mois. Encore aujourd’hui, il loge dans la roulotte qu’il a immobilisée dans un parc de Montréal. Et comme plusieurs sans-abri, il refuse de se tourner vers un refuge d’urgence.

Or, c’est justement la seule alternative que Montréal leur propose. Par courriel, la porte-parole de la Ville souligne notamment que le refuge aménagé à l’Hôtel-Dieu disposera de 50 lits supplémentaires d’ici la fin du mois ; des places demeurent également disponibles dans l’hôtel Royal Versailles, dans l’est de l’île.

« Les refuges d’urgence ont leur place, ils sont super importants, mais il y a un manque d’autres ressources », constate M. Montreuil, qui souligne que de nombreux sans-abri réclament d’avoir accès à un logement abordable ou encore à une maison de chambres. « Le nœud est vraiment là », estime-t-il.

Appel à la tolérance

En attendant que ces ressources soient disponibles pour les itinérants, le directeur adjoint de l’unité d’intervention L’Anonyme presse donc Montréal de faire preuve de tolérance à l’égard de ces campements de fortune. Autrement, ces derniers risquent de se retrouver dans une situation encore plus précaire ces prochains jours, car ils perdent contact avec les organismes comme le sien.

« Les personnes [itinérantes], si elles ne sont plus dans des campements qu’on connaît, où on peut leur offrir du soutien et de l’accompagnement, elles vont aller se cacher ailleurs et il n’y aura personne pour leur donner un coup de main », souligne-t-il.

Québec solidaire a d’ailleurs réitéré mardi sa demande pour la création d’un « pacte social » en la matière cet été. Ces campements pourraient même être supervisés pour en assurer la sécurité, notamment en prévoyant des visites régulières de travailleurs sociaux et des pompiers, explique le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc.

La Ville, cependant, maintient sa position. « Les campements ne sont pas une solution sécuritaire ni durable pour les personnes en situation d’itinérance et ils ne peuvent pas être tolérés lorsque des risques sont identifiés », indique Mme Gagné.

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