«Après le feu, il ne restait que quatre ou cinq maisons, la poste et l’église encore debout»

Une vingtaine d’ordres d’évacuation ou d’alertes d’évacuation étaient en vigueur en Colombie-Britannique
dimanche. Sur la photo, un incendie de forêt près de Horsefly, la semaine dernière.
Photo: BC Wildfire Service Agence France-Presse Une vingtaine d’ordres d’évacuation ou d’alertes d’évacuation étaient en vigueur en Colombie-Britannique dimanche. Sur la photo, un incendie de forêt près de Horsefly, la semaine dernière.

Quelque 184 incendies de forêt, souvent provoqués par des éclairs, brûlaient toujours dimanche en Colombie-Britannique. Plus d’une quarantaine d’entre eux se sont déclarés dans les deux derniers jours. Devant la catastrophe, l’armée canadienne se mobilise.

Les forces armées apporteront un soutien aérien jusqu’au 19 juillet à la province de la Colombie-Britannique, a indiqué dimanche le ministre canadien de la Sécurité publique, Bill Blair.

L’armée contribuera à « assurer le transport aérien du personnel, des fournitures et de l’équipement vers et hors des zones touchées par les incendies en Colombie-Britannique » et aidera à « soutenir une évacuation dans une situation d’urgence si nécessaire », a précisé la Sécurité publique dans un communiqué.

Sans donner de précisions sur ce soutien aérien, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, avait annoncé vendredi la mise en place d’un centre d’opérations à Edmonton, dans la province voisine d’Alberta, où jusqu’à 350 soldats doivent apporter un soutien logistique à la lutte contre le feu.

Près de 40 pompiers forestiers québécois de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) seront aussi déployés en Colombie-Britannique pour prêter main-forte à leurs collègues. Ces pompiers, ainsi qu’un représentant d’agence et un officier à la sécurité, partiront lundi.

Une vingtaine d’ordres d’évacuation ou d’alertes d’évacuation — appelant les habitants à se tenir prêts à partir rapidement — étaient en vigueur dans la province.

« Tout est rasé, à terre »

Lytton est devenu le symbole de la crise des incendies de forêt au Canada. Après avoir battu le record historique de chaleur au pays avec 49,6 °C, le village situé à 150 km au nord-est de Vancouver a été détruit à 90 % par un brasier. Au moins deux personnes y ont perdu la vie.

« Après le feu, il ne restait que quatre ou cinq maisons, la poste et l’église encore debout », raconte au Devoir Geneviève Bujold, une résidente de la région, dont la maison a été épargnée. « C’était débile. Tout était rasé, à terre, et ça fumait encore. Aucune autorité n’avait encore mis les pieds sur place. Je ne suis pas restée là longtemps. Je ne voulais rien voir dans les propriétés qui allait me traumatiser. »

L’incendie s’est déclaré mercredi, mais ce n’est que samedi que le service des coroners a été en mesure d’entrer dans le village et de rechercher des victimes. Le Service des coroners a indiqué qu’il n’y a pas d’autres rapports de décès liés au feu qui a détruit le village de Lytton.

Tout était rasé, à terre, et ça fumait encore. Aucune autorité n’avait encore mis les pieds sur place.

Des responsables ont souligné que l’on était sans nouvelles de certaines des personnes évacuées de Lytton et de la région avoisinante, mais que cela pouvait s’expliquer par l’évacuation en urgence de mercredi soir.

Le Service des incendies de forêt de la Colombie-Britannique a affirmé que l’incendie de forêt qui fait rage près de Lytton s’est intensifié depuis vendredi soir, atteignant 83 km2.

Cliff Chapman, le directeur des opérations provinciales du Service des incendies de forêt de la Colombie-Britannique, a déclaré que la récente vague de chaleur extrême a créé les conditions favorables à une « propagation importante » des incendies de forêt, avec un potentiel d’un millier de kilomètres carrés qui pourraient brûler d’ici quelques jours.

Le gouvernement critiqué

Le chef autochtone Matt Pasco a critiqué le gouvernement provincial en affirmant que les besoins de sa collectivité avaient été ignorés.

Selon le président du conseil tribal de la nation Nlaka’pamux, les autorités autochtones ont dû essayer de sauver des vies avec peu ou pas d’aide du gouvernement.

Il a expliqué qu’il avait fallu plus de 12 heures pour recevoir des nouvelles du gouvernement au moment où des évacuations étaient en cours.

Le chef, qui exploite un ranch près d’Ashcroft, a ajouté que le premier contact avec les autorités concernait son bétail et non les membres de la collectivité touchée.

M. Pasco a souligné que cela démontrait les mauvais traitements des peuples autochtones par les autorités provinciales. « Nous avons des problèmes de coordination parce que [la province] n’est pas prête à s’occuper des questions autochtones ou des peuples autochtones. »

Le ministre britanno-colombien de la Sécurité publique, Mike Farnworth, a reconnu les lacunes du gouvernement dans un communiqué.

« Bien que nous ayons fait face à des défis, les premières communications avec le conseil tribal de la nation Nlaka’pamux et l’Oregon Jack Creek Band n’ont pas été à la hauteur des attentes », a-t-il déclaré. Il a déclaré que le ministère avait pris des mesures pour combler les lacunes dans les protocoles qui ont contribué à cette situation.

Matt Pasco a déclaré que le conseil tribal travaille avec d’autres communautés touchées pour déterminer combien de membres restent portés disparus.

« C’est tellement dévastateur que je ne trouve pas les mots anglais pour décrire la situation. C’est difficile à comprendre, a-t-il déclaré. À quoi ressemblera la semaine prochaine ? À quoi ressemblera le premier long week-end de septembre lorsque les enfants retourneront à l’école ? »

Avec La Presse canadienne et l’Agence France-Presse 

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