En hommage aux victimes des pensionnats pour Autochtones

Des milliers de personnes ont manifesté à Montréal (notre photo) en appui aux victimes des pensionnats pour Autochtones à l’occasion de la fête du Canada. Partout au pays, des événements du 1er juillet ont été annulés à la suite de la découverte ces dernières semaines de centaines de tombes anonymes sur les sites d’anciens pensionnats.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des milliers de personnes ont manifesté à Montréal (notre photo) en appui aux victimes des pensionnats pour Autochtones à l’occasion de la fête du Canada. Partout au pays, des événements du 1er juillet ont été annulés à la suite de la découverte ces dernières semaines de centaines de tombes anonymes sur les sites d’anciens pensionnats.

Des milliers de personnes ont défilé jeudi après-midi dans les rues de Montréal afin de rendre hommage aux victimes des pensionnats pour Autochtones le jour même de la fête du Canada, que beaucoup ont appelé à annuler dans un effort de réconciliation.

La foule a progressivement pris de l’ampleur à partir de 14 h au parc Jeanne-Mance, au pied du mont Royal, où des représentants de plusieurs communautés autochtones ont pris la parole sous un soleil de plomb.

Tour à tour, ils ont dénoncé les sévices qu’ont subis des milliers d’Autochtones, notamment dans les pensionnats pour Autochtones qui ont fonctionné dans certains cas jusque dans les années 1990. Depuis le mois de mai, 1148 tombes anonymes et restes d’enfants autochtones ont été découverts près d’anciens pensionnats situés en Colombie-Britannique et en Saskatchewan.

« Nous savions ce qui est arrivé et maintenant, les jeunes lèvent le voile sur cet héritage de mensonges et d’abus », a déclaré Kevin Deer, un aîné mohawk natif de Kahnawake, qui estime qu’ « il est temps de nous éveiller » en regard des injustices vécues par les Autochtones du pays.

« Nous avons une responsabilité pour les générations futures. Pour qu’ils viennent dans ce monde en paix et qu’ils se retrouvent dans un monde qui soit sain, sécuritaire et heureux. C’est notre responsabilité à leur égard », a-t-il plaidé.

Pour ce faire, les Québécois doivent reconnaître leur part de responsabilité dans ce triste pan de l’histoire, a déclaré l’autrice-compositrice-interprète originaire du Nunavik, Elisapie Isaac.

« Tous les Québécois ont besoin de prendre ce miroir qui est toujours vers nous, les Autochtones. C’est important que le miroir tourne vers eux, vers vous », a-t-elle déclaré devant la foule. « On ne va aller nulle part si vous n’avez pas le courage de vous ouvrir les yeux et les oreilles et de vous conscientiser vous-mêmes », a-t-elle ajouté.

« Annuler la fête du Canada »

Après plusieurs chants traditionnels performés au rythme des tambours, une marche réunissant des milliers de personnes s’est mise en branle dans les rues du centre-ville, sous supervision policière. La majorité des manifestants portaient un chandail orange, la couleur choisie pour rendre hommage aux communautés autochtones, en plus de brandir des affiches visant à dénoncer le « génocide culturel » qu’ont subi les Premières Nations. « Chaque enfant compte », pouvait-on également lire.

« L’événement d’aujourd’hui, c’est pour annuler la fête du Canada et honorer le deuil des familles des enfants retrouvés sur les sites des pensionnats », a d’ailleurs expliqué au Devoir Stéphanie Héroux, une Anishnaabe-Kwe qui a été placée dans des familles allochtones dès l’âge de 3 ans.

De nombreux membres de la communauté autochtone de Kanesatake ont d’autre part défilé en voiture dans les rues de Montréal jeudi en soutien à cet événement, tandis que d’autres ont pris part à la marche.

« C’est important que nous soyons là. C’est important que mes enfants soient ici et puissent [prendre part à cet événement]. Les enfants qui ont disparu, ils ne seront jamais oubliés », a souligné au Devoir Karen Bonspille, qui demeure à Kanesatake. Celle-ci compte parmi les victimes de « la rafle des années 1960 », lors de laquelle des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leur famille pour les faire adopter par des familles blanches au Canada et aux États-Unis dans le cadre d’un programme fédéral. Ce n’est que des années plus tard qu’elle a retrouvé sa véritable famille.

« C’est quelque chose qui ne doit pas être ignoré. C’est quelque chose qui doit être su à travers le monde », a ajouté Mme Bonspille, au sujet des récentes découvertes dans les pensionnats pour Autochtones, qui ont fait l’objet d’une importante couverture médiatique à l’échelle internationale.

Une mobilisation similaire au eu lieu vers 16 h à la place Jean-Béliveau, à Québec, au moment où des villes à travers le pays ont annulé les festivités entourant la fête du Canada aujourd’hui en soutien avec les Autochtones. L’Assemblée nationale à Québec et le Parlement, à Ottawa, ont par ailleurs mis leurs drapeaux en berne jeudi.

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