Un 1er juillet en toute sobriété pour les chefs fédéraux

Des centaines de citoyens ont convergé jusqu’au Parlement en appui aux victimes et aux survivants des pensionnats pour Autochtones.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Des centaines de citoyens ont convergé jusqu’au Parlement en appui aux victimes et aux survivants des pensionnats pour Autochtones.

C’est en toute simplicité que les chefs fédéraux ont célébré la fête du Canada cette année. Les récentes découvertes de centaines de sépultures anonymes par des communautés autochtones situées non loin d’anciens pensionnats ont jeté de l’ombre sur les activités habituelles du 1er juillet.

Le traditionnel spectacle organisé sur la colline Parlementaire était annulé encore cette année, en raison de la pandémie. Bien que le concert ait tout de même été diffusé à la télévision et sur Internet en soirée, les drapeaux du Canada sont restés en berne dans l’enceinte parlementaire toute la journée.

Des centaines de citoyens ont convergé du ministère des Affaires autochtones, à Gatineau, jusqu’au Parlement, à Ottawa, vêtus pour la plupart de chandails orange — symbole d’appui aux victimes et aux survivants des pensionnats autochtones. L’ambiance était au deuil et à la commémoration plutôt qu’à la fête. Des dizaines de paires de petits souliers de tailles d’enfants gisaient devant la flamme du centenaire.

Partout au pays, des événements du 1er juillet ont été annulés à la suite de la découverte ces dernières semaines de tombes anonymes sur les sites d’anciens pensionnats pour autochtones. Fin mai, 215 sépultures anonymes ont été retrouvées sur le site de l’ancien pensionnat pour autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique. Un mois plus tard, 751 tombes ont été décelées sur le site de l’ancien pensionnat Marieval, en Saskatchewan. Mercredi, à la veille de la fête du Canada, la communauté de Lower Kootenay a annoncé avoir trouvé 182 sépultures non loin d’une ancienne école résidentielle de Cranbrook en Colombie-Britannique.

À Ottawa, à Montréal, à Québec et aux quatre coins du pays, des marches ont été organisées à la mémoire des enfants disparus.

Réfléchir sans tout annuler

Le premier ministre Justin Trudeau a reconnu jeudi que pour plusieurs, le cœur n’était pas à la fête. « Aujourd’hui, oui on peut dire qu’on est un beau pays qui a beaucoup accompli. Mais mon Dieu qu’on a encore beaucoup de travail à faire — pas juste pour reconnaître le passé, mais pour bâtir un avenir meilleur. Et il faut qu’on s’y mette tous ensemble », a fait valoir le premier ministre en entrevue à Radio-Canada, de passage dans un marché d’Ottawa avec sa famille.

Son message vidéo diffusé pour la fête du Canada était sobre. Tout comme sa déclaration écrite, qui notait que les récents événements mènent à « réfléchir aux manquements historiques de notre pays et aux injustices qui persistent », comme le fait que certains encore aujourd’hui « n’ont pas accès aux mêmes possibilités que les autres et […] sont victimes de discrimination et de racisme systémique au quotidien ».

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a poursuivi sa tournée du Saguenay–Lac-Saint-Jean en rencontrant le chef Clifford Moar de la communauté de Mashteuiatsh.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a quant à lui rencontré des leaders autochtones et des citoyens de sa circonscription de Burnaby, en Colombie-Britannique, pour discuter « du travail nécessaire vers une réconciliation significative ». Affirmant que les peuples autochtones étaient en deuil, jeudi, M. Singh a écrit sur Twitter que « ce n’est pas le moment de célébrer ».

Changement de ton

Le chef conservateur Erin O’Toole avait cependant rejeté la semaine dernière tout le mouvement appelant à annuler la fête du Canada. Il s’était alors dit « inquiet que les injustices du passé ou du présent soient trop souvent saisies par un petit groupe d’activistes qui s’en servent pour attaquer l’idée même du Canada ». M. O’Toole avait argué, lors d’un discours devant son caucus, qu’il ne pouvait « rester silencieux pendant que des gens veulent annuler la fête du Canada ».

En début de semaine, son discours avait changé, et M. O’Toole affirmait désormais que les célébrations de cette année devaient en effet servir à réfléchir au passé.

« Nous ne sommes pas un pays parfait, mais notre engagement commun envers les valeurs du Canada signifie que nous devons profiter de cette journée de célébration nationale pour nous engager à bâtir une société plus inclusive et plus juste, aujourd’hui et à l’avenir », a-t-il indiqué, par voie de communiqué. Mais le Canada doit bel et bien célébrer, a-t-il réitéré, en soutenant que « le chemin de la réconciliation ne commence pas par le dénigrement du Canada. […] Nous pouvons célébrer le pays que nous sommes et celui que nous aspirons à être ».

Un récent sondage Léger rapportait que la majorité des Canadiens n’étaient pas d’avis que la fête du Canada aurait dû être annulée au grand complet cette année. Seuls 14 % des répondants disaient le souhaiter, contre 77 % qui s’opposaient à cette idée, selon le coup de sonde mené il y a dix jours pour le compte de Postmedia.

Le Programme de soutien en santé-résolution des problèmes des pensionnats autochtones offre une ligne d’écoute téléphonique jour et nuit pour aider les survivants des pensionnats et leurs proches qui souffriraient de traumatismes causés par le rappel d’agressions passées. Le numéro est le 1-866-925-4419.

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