Vives inquiétudes chez des locataires en vue du 1er juillet

À la grandeur du Québec, le nombre de ménages locataires qui se retrouveront sans logis jeudi s’élève à environ 400, selon les calculs du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).
Photo: Olivier Zuida Le Devoir À la grandeur du Québec, le nombre de ménages locataires qui se retrouveront sans logis jeudi s’élève à environ 400, selon les calculs du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Des centaines de ménages locataires se retrouveront sans logis jeudi au terme de la valse des déménagements, tandis que de nombreux autres opteront, à contrecœur, pour un appartement plus dispendieux ou encore à l’extérieur du quartier où ils habitent depuis des années, appréhendent plusieurs organismes communautaires.

Mercredi matin, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a indiqué que la Ville accompagne actuellement 97 ménages locataires en prévision de leur offrir notamment de l’hébergement d’urgence et un entreposage temporaire de leurs biens à partir du 1er juillet, puisqu’ils n’auront pas réussi à se reloger avant la fin de leur bail. À la grandeur du Québec, le nombre de ménages locataires qui se retrouveront sans logis jeudi s’élève à environ 400, selon les calculs du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

« Je sais que, comme moi, beaucoup d’entre vous sont préoccupés par ce qui se passe au niveau de la crise d’abordabilité. Ce n’est pas juste à Montréal, c’est aussi ailleurs au Québec et dans toute la région métropolitaine. Dans tout le Québec, il manque de logements sociaux et abordables, notamment pour la classe moyenne », a déclaré Mme Plante mercredi, pendant la séance du comité exécutif.

Par ailleurs, au moment où les loyers sont en forte croissance un peu partout dans la province, de nombreux locataires n’auront d’autre choix demain que de déménager dans un logement beaucoup plus dispendieux que celui où ils demeurent actuellement. C’est notamment le cas de Caroline Doucet. Depuis six ans, elle demeure dans un logement de type trois et demi dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, pour lequel elle débourse un loyer mensuel de 450 $. En raison d’une reprise de logement, elle devra quitter jeudi pour se rendre dans un autre appartement de taille similaire, qui lui coûtera 795 $ par mois. Or, elle évalue son revenu mensuel à environ 750 $.

« Je me retrouve en déficit en partant. Je n’aurai plus assez d’argent pour manger, mais c’était ça ou je me retrouvais à la rue », laisse tomber Mme Doucet, qui s’est inscrite sur la liste d’attente pour obtenir un logement social.

Des quartiers « transformés »

D’autres locataires se retrouvent à devoir opter pour un logement plus petit, ou encore situé loin du quartier où ils demeurent depuis des années.

« Ça a des impacts sur le tissu social des quartiers. Il y a des quartiers qui sont complètement transformés parce qu’une partie de leur population est chassée », laisse tomber la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme, qui presse Québec de construire plus de logements sociaux.

La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) constate d’ailleurs elle aussi que les logements situés dans les quartiers centraux de Montréal sont de moins en moins accessibles pour les ménages à faibles revenus, en particulier ceux qui demeurent depuis longtemps dans le même logement, pour lequel ils déboursent un loyer bien en dessous de la moyenne.

« S’ils cherchent à vivre dans un quartier central, c’est pratiquement impossible [pour les locataires à faibles revenus]. S’ils sont prêts à s’éloigner, ils vont en trouver un [logement] », lance le directeur des affaires publiques à la CORPIQ, Hans Brouillette.

Par courriel, le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a pour sa part pressé les locataires dans le besoin à contacter leur office municipal d’habitation ou encore la Société d’habitation du Québec. Le gouvernement Legault a débloqué 60,2 millions de dollars pour offrir notamment un supplément au loyer d’urgence aux locataires dans le besoin. Ceux-ci pourront ainsi payer un loyer équivalent à 25 % de leurs revenus, le temps de se trouver un nouveau logis.

« Nous avons du soutien financier disponible, des logements répertoriés [ainsi que] de l’hébergement et de l’entreposage temporaire si nécessaire », assure la ministre.

Hausse des évictions

Le FRAPRU affirme par ailleurs que près de 40 % des demandes d’aide effectuées à la Ville de Montréal depuis le début de l’année pour obtenir de l’accompagnement en prévision de la période de déménagements sont liées à des reprises de logements ou encore à des évictions pour agrandissements, subdivisions ou travaux majeurs. Des organismes communautaires ont ainsi manifesté avec des banderoles dans plusieurs arrondissements de la métropole mercredi matin afin de dénoncer cette situation.

« Dans les locataires qui ont été désespérés dans les dernières semaines, plusieurs ont subi des évictions », soulève Véronique Laflamme, qui voit là un moyen pour les propriétaires de gonfler le loyer de leurs logements après avoir effectué des rénovations, parfois mineures.

Dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, le Comité BAILS fait état d’une quinzaine de bâtiments dont les locataires auraient fait l’objet d’évictions le mois dernier. « Les locataires sont extrêmement fatigués et extrêmement harcelés par leur propriétaire », s’inquiète l’organisatrice communautaire Marine G. Armengaud, qui constate qu’un nombre croissant de locataires se font montrer la porte de leur logement dans cet arrondissement.

« C’est évident qu’il y a une hausse [des reprises de logements] parce que les familles ont besoin de se loger. Si je veux loger mes parents ou mes enfants, pourquoi est-ce que je les aiderais financièrement à se loger dans un marché qui est cher plutôt que de leur louer le logement au-dessus ? », souligne pour sa part Hans Brouillette. Ce dernier reconnaît toutefois qu’« il y a aussi des locataires qui perdent leur logement pour de faux prétextes », surtout en raison des façons de faire de certains grands promoteurs immobiliers.

« Il y a un changement dans le profil des propriétaires pour les grands immeubles et ces nouveaux acquéreurs-là n’ont peut-être pas les mêmes scrupules que les anciens propriétaires », laisse tomber M. Brouillette.

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