L’Hôtel-Dieu accueillera une centaine d’itinérants dès le 1er juillet

Les chambres se démarquent par leur allure spartiate : deux lits, une garde-robe, une fenêtre et deux télévisions cathodiques.
Photo: Josie Desmarais Journal Métro Les chambres se démarquent par leur allure spartiate : deux lits, une garde-robe, une fenêtre et deux télévisions cathodiques.

L’Hôtel-Dieu de Montréal hébergera dès le 1er juillet une centaine d’itinérants entre ses murs. Il s’agit d’un des seuls refuges ouverts 24 heures sur 24 dans la métropole.

Cette ouverture coïncide avec la fermeture de l’hôtel de la Place Dupuis, où logent jusqu’à 375 sans-abris en moyenne. La météo clémente fait en sorte que « moins de 200 personnes » vivent présentement dans ce refuge temporaire, selon le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watt. Il raconte avoir « sélectionné » la centaine de personnes qui logeront dans les nouveaux locaux. « Personne ne va être mis dans la rue. C’est un de nos principes de bases. »

C’est tout un revirement historique pour le vieux bâtiment de pierre. « Ce pavillon-là a été construit pour la clientèle qui était fortunée », atteste la p.-d.g. adjointe du CHUM, Danielle Fleury. « C’était pour des patients qui payaient. Et, les religieuses prenaient cet argent-là pour offrir des services à ceux qui n’avaient pas les moyens. [Pour les religieuses d’aujourd’hui], c’est de dire que Jeanne Mance est heureuse ! Le pavillon construit pour les nantis va servir pour les indigents. »

Avant de devenir un refuge pour personnes itinérantes, les cinq étages servaient d’unités de soins hospitaliers jusqu’au déménagement du CHUM au centre-ville. Puis, les locaux vidés ont accueilli des patients durant les deux premières vagues de la pandémie. L’aménagement pour sans-abri, terminé il y a à peine quelques jours, comporte l’ajout de douches, de buanderies et d’un espace cuisine.

Les chambres se démarquent par leur allure spartiate : deux lits, une garde-robe, une fenêtre et deux télévisions cathodiques. Une agora permet aussi rencontres et les discussions.

Une dizaine d’employés assureront en permanence la bonne tenue du lieu, en plus de cliniciens et d’un service de traiteurs.

« Ça change la donne »

L’ouverture 24 heures sur 24 « change la donne », témoigne Samuel Watt, parce que les sans-abri pourront poser bagages sur une longue période de temps. « C’est un enjeu qui a changé depuis 5 ans. Si je recule de 5 ans, les gens en situation d’itinérance avaient peut-être un sac à dos. Aujourd’hui, ils ont plus de choses. »

« Ce sont des gens qui vont avoir tout perdu, tous leurs réseaux, tout leur argent », ajoute James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery. « Les gens peuvent s’installer et laisser leurs affaires en toute sécurité. Ça nous donne le temps le jour d’apprendre à les connaître, de les stabiliser et de les accompagner vers la prochaine étape, qui est celle d’un logement. »

À Montréal, entre 3000 et 5000 individus vivent sans domicile fixe, selon les estimations des organismes communautaires. De ce nombre, entre 600 et 700 souffrent de grande précarité et leurs rangs ne cessent de grandir. « On n’a pas pu trouver le robinet », illustre Samuel Watts. « Ça rentre toujours, même si on est capable d’aider des gens à s’en sortir. »

À terme, environ 150 personnes trouveront un abri au pavillon Le Royer. Tout le monde y sera admis : homme, femme, personnes transgenres, couples et même les animaux de compagnie.

Le refuge de l’Hôtel-Dieu doit demeurer en fonction au moins jusqu’à mars 2022.

Au cours des prochains mois, l’Auberge Versailles, près du Stade olympique, doit aussi ouvrir ses portes aux gens sans feu ni lieu.

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