Deux autres églises catholiques incendiées, en Alberta et en Nouvelle-Écosse

À l’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste, à Morinville, le brasier était si intense que les pompiers n’avaient pas pu entrer dans le bâtiment et que le toit s’était effondré peu de temps après, selon le directeur général des infrastructures et des services communautaires de Morinville.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne À l’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste, à Morinville, le brasier était si intense que les pompiers n’avaient pas pu entrer dans le bâtiment et que le toit s’était effondré peu de temps après, selon le directeur général des infrastructures et des services communautaires de Morinville.

Deux autres églises catholiques ont été la proie d’incendies d’« origine suspecte », mercredi, cette fois en Alberta et en Nouvelle-Écosse.

Dans le nord de l’Alberta, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a précisé que des policiers avaient été appelés au milieu de la nuit sur les lieux d’un incendie à l’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste, à Morinville, à environ 40 km au nord d’Edmonton.

Iain Bushell, directeur général des infrastructures et des services communautaires dans cette petite municipalité, a indiqué que le brasier était si intense que les pompiers n’avaient pas pu entrer dans le bâtiment vieux de 114 ans et que le toit s’était effondré peu de temps après. Selon M. Bushell, les deux clochers principaux et la façade de l’église ont complètement disparu. L’ancien pompier affirme que la cause de l’incendie n’est pas connue pour l’instant.

En Nouvelle-Écosse, le détachement d’Indian Brook de la GRC enquête sur un incendie « d’origine suspecte » qui a endommagé tôt mercredi l’église catholique Sainte-Kateri-Tekakwitha, sur le territoire de la première nation mi’kmaq Sipekne’katik, à environ 65 km au nord de Halifax. Le caporal Chris Marshall a indiqué que le Bureau du commissaire des incendies avait été appelé pour en déterminer la cause, et il n’a pas pu expliquer pourquoi les enquêteurs de la GRC avaient qualifié l’origine de l’incendie de suspecte. « Ça pourrait être une foule de facteurs », a admis M. Marshall en entrevue.

L’église se trouve à environ huit kilomètres à l’ouest du site de l’ancien pensionnat fédéral de Shubénacadie, qui était autrefois le plus grand pensionnat pour Autochtones dans tout le Canada atlantique. Construit en 1930, ce pensionnat accueillait des enfants autochtones des trois provinces maritimes, mais aussi de la réserve mi’kmaq de Restigouche, au Québec. Le pensionnat a été administré par l’archidiocèse de Halifax jusqu’en 1956.

L’archidiocèse de Halifax-Yarmouth a publié mercredi une brève déclaration confirmant que le Centre culturel et communautaire Katilin, adjacent à l’église, avait été endommagé, mais que personne n’avait été blessé. « Les pompiers volontaires sont rapidement intervenus […] l’archevêque [Brian] Dunn a visité le site ce matin. »

Hommage aux enfants jeudi

Un radar à pénétration de sol avait été utilisé l’année dernière pour fouiller le site de l’ancien pensionnat près de la rivière Shubénacadie, mais aucune tombe ni aucuns restes humains n’avaient été trouvés. Les recherches ont repris plus tôt ce mois-ci et une équipe a rapporté mercredi qu’une grande parcelle de terrain à la lisière de l’ancienne propriété avait récemment été nettoyée du foin et est désormais accessible pour être fouillée. À ce jour, l’équipe a fouillé plus de 62 hectares autour du site, qui abrite désormais une usine.

« Ils se concentrent sur la zone près de l’usine de plastique actuelle et ont cartographié toutes les anciennes structures, y compris un complexe de granges au nord de l’ancien pensionnat », a précisé mercredi la première nation Sipekne’katik dans un communiqué. La communauté mi’kmaq a également annoncé que lors de la fête du Canada, jeudi, elle rendra un hommage spécial aux enfants des pensionnats près du site.

Quatre petites églises catholiques en territoires autochtones dans les régions rurales du sud de la Colombie-Britannique ont été détruites récemment par des incendies d’origine suspecte. Une ancienne église anglicane vacante dans le nord-ouest de cette province a aussi été récemment endommagée dans ce que la GRC considère comme un incendie d’origine suspecte.

Ces incendies se sont produits moins d’un mois après la découverte de ce que l’on croit être les restes de 215 enfants dans des lieux de sépulture non marqués sur le site d’un ancien pensionnat pour Autochtones à Kamloops, en Colombie-Britannique. La semaine dernière, la première nation de Cowessess, dans le sud-est de la Saskatchewan, a elle aussi révélé qu’un radar pénétrant avait détecté dans le sol 751 tombes non marquées sur le site de l’ancien pensionnat pour enfants autochtones de Marieval.

Et mercredi, la communauté autochtone de Lower Kootenay, en Colombie-Britannique, a annoncé qu’une recherche à l’aide d’un radar à pénétration avait permis de découvrir 182 restes humains dans des tombes anonymes près d’un ancien pensionnat.

Kenney et Trudeau déplorent ces incendies

Le site web du gouvernement de l’Alberta répertorie l’église de Morinville comme un site historique : la construction avait été achevée en 1907 et la première messe dite le 1er janvier 1908. Le premier ministre de l’Alberta a soutenu mercredi que cette « église historique était au cœur de Morinville et un élément clé de la vie spirituelle de la communauté francophone de l’Alberta ».

Sur les réseaux sociaux, Jason Kenney a parlé d’un « crime haineux violent ciblant la communauté catholique ». Il a promis que son gouvernement doublerait le financement pour aider à protéger les églises et autres cibles de vandalisme et de violence dans la province. Et il a déclaré que le ministre de la Justice travaillerait avec la police pour intensifier la surveillance d’autres sites qui pourraient être ciblés.

Lors d’une conférence de presse mercredi, à Kanata, en Ontario, Justin Trudeau a dénoncé « les incendies criminels et le vandalisme que nous voyons à travers le pays ciblant les églises catholiques ». Le premier ministre a estimé que « ce n’était pas la voie à suivre : la destruction des lieux de culte est inacceptable et elle doit cesser. Nous devons travailler ensemble pour réparer les torts du passé ».

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a précisé de son côté que « la coutume, chez les Autochtones, n’est pas de mettre le feu, mais de tisser des liens et de se rassembler ».

Les premiers pensionnats fédéraux pour Autochtones ont été fondés dans les années 1870 ; le dernier a fermé ses portes près de Regina, en Saskatchewan, il y a 25 ans, en 1996. Plus de 60 % de ces 130 pensionnats ont été tenus par des membres de congrégations religieuses catholiques.

En tout, environ 150 000 enfants autochtones ont fréquenté ces pensionnats, devenus tristement célèbres pour être des endroits où les jeunes Autochtones ont subi des violences psychologiques, physiques et sexuelles. Pour les familles autochtones qui résistaient, les enfants étaient emmenés de force par des policiers de la GRC.

Les pensionnats étaient également connus pour le surpeuplement, les mauvaises conditions d’hygiène, la nourriture insalubre et le travail forcé. Des punitions sévères étaient infligées aux enfants autochtones qui parlaient leur langue maternelle ou participaient à des cérémonies traditionnelles — on voulait « sortir l’Indien » en eux.

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