Célébrer la démolition d’un ancien pensionnat britanno-colombien

Des survivants d’un ancien pensionnat pour enfants autochtones dans le nord de la Colombie-Britannique ont voulu redonner du courage à la communauté avec la démolition de l’infâme bâtiment, pour qu’elle continue d’aller de l’avant. Un combat qui dure depuis des décennies, a rappelé le chef adjoint du conseil de la Première nation de Daylu Dena, Harlan Schilling.

« Aujourd’hui et tous les autres jours » est un combat pour les survivants, a souligné M. Schilling lors d’une entrevue en prévision de la cérémonie, qui doit se dérouler mercredi. Des survivants vont se réunir pour célébrer la démolition de l’ancien pensionnat de Lower Post, une communauté de 175 personnes située près de la frontière avec le Yukon.

Poursuivre la lutte pour démolir ce bâtiment où des enfants ont été maltraités est un message transmis d’un chef à l’autre depuis près de 40 ans dans cette communauté.

Le pensionnat de Lower Post a accueilli des enfants de 1951 à 1975 et a déjà compté jusqu’à 600 élèves, du nord de la Colombie-Britannique, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest.

Mais les enfants de Lower Post, eux, étaient envoyés ailleurs, précise le chef adjoint du conseil de la Première nation de Daylu Dena, qui appartient à la grande nation Kaska. « L’objectif du gouvernement et de l’Église à l’époque était de séparer les enfants de leur identité, ce qui voulait dire les séparer de leur famille », observe-t-il.

Mercredi marquera le 46e anniversaire de la fermeture de l’institution et selon M. Schilling, la démolition va contribuer à la guérison de la communauté. Depuis la fin des activités du pensionnat, le bâtiment a été récupéré pour accueillir les bureaux du conseil de la nation Daylu Dena, un bureau de poste et un centre d’aide à l’emploi.

Comment pouvons-nous retracer tout ce qui s’est passé ici ? Et pour toutes les jeunes âmes qui ne sont jamais rentrées à la maison, comment peut-on permettre aux familles de faire leur deuil ? Comment leur apprendre que leurs enfants étaient ici ?

Tout en respectant les consignes sanitaires liées à la pandémie de COVID-19, des survivants et des proches venus les soutenir vont se recueillir et brûler des parties du bâtiment, dont il ne reste que la charpente et la fondation.

La démolition a déjà débuté il y a quelques mois par le retrait des éléments dangereux comme le plomb et l’amiante. Il pourrait s’écouler encore quelques semaines avant que le travail de déconstruction soit terminé.

Un groupe de marcheurs parti de Whitehorse pour se rendre à Kamloops afin de rendre hommage aux survivants et aux victimes du système des pensionnats pour autochtones doit faire une escale à Lower Post. Le chef adjoint Harlan Schilling s’est dit honoré de cette participation.

La « Warriors Walk for Healing Nations » (Marche des guerriers pour la guérison des nations) a pris le départ plus tôt cette semaine. Cette marche s’est mise en branle en réaction à l’annonce, le mois dernier, de la découverte de ce que l’on croit être 215 corps d’enfants autochtones anonymes enterrés sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops par la Première nation de Tk’emlups te Secwepemc. La semaine dernière, la Première nation de Cowessess, en Saskatchewan, a annoncé à son tour avoir retrouvé 751 sépultures anonymes sur le site d’un autre ancien pensionnat.

L’après

À Lower Post, la communauté prendra une décision sur l’avenir du site après la démolition complète de l’ancien pensionnat. Un mémorial pourrait y être érigé et on souhaite aussi recueillir des témoignages sur ce qui s’y est passé.

« Comment pouvons-nous retracer tout ce qui s’est passé ici ? Et pour toutes les jeunes âmes qui ne sont jamais rentrées à la maison, comment peut-on permettre aux familles de faire leur deuil ? Comment leur apprendre que leurs enfants étaient ici ? »

Harlan Schilling croit que l’utilisation de la technologie des radars pénétrants va devenir la norme partout au pays sur les sites d’anciens pensionnats.

Le gouvernement de la Colombie-Britannique a annoncé cette semaine qu’il mettait une enveloppe de 12 millions de dollars à la disposition des communautés autochtones qui veulent mener des recherches. Lower Post pourrait s’en prévaloir dans une prochaine étape de son processus de guérison.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, et son homologue du Yukon, Sandy Silver, doivent assister à la cérémonie de démolition à Lower Post, tout comme le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller.

Les gouvernements provincial et fédéral ont annoncé ce printemps des investissements de 13,5 millions de dollars pour la construction d’un tout nouveau centre communautaire multifonctionnel près du site de l’ancien pensionnat à Lower Post. Il doit être érigé d’ici l’an prochain.

Ce nouveau lieu de rassemblement est source d’enthousiasme pour la communauté, particulièrement pour les jeunes, aux dires de M. Schilling. Des activités pourront se tenir au gymnase, on pourra y pratiquer la cuisine traditionnelle et y transmettre l’histoire de la nation Kaska.

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