Pour l’amour du camping

Gilles Rheault et sa conjointe, Isabelle Corpataux, ont passé quatre ans à restaurer et à moderniser leur roulotte Airstream, un modèle de 1959.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Gilles Rheault et sa conjointe, Isabelle Corpataux, ont passé quatre ans à restaurer et à moderniser leur roulotte Airstream, un modèle de 1959.

En ce deuxième été sous le signe de la pandémie, l’engouement pour le camping au Québec se confirme. Cette activité bien ancrée dans la culture des Québécois a d’ailleurs connu un rebond important qui a attiré de nouveaux adeptes. Mais ceux-ci ne pourront plus consulter le système de classification par étoiles des différents terrains de la province qui existait jusqu’à présent, puisque le gouvernement Legault a décidé de l’abolir.

Gilles Rheault parle avec passion de sa roulotte Airstream, un modèle de 1959 qu’il a entièrement restauré et modernisé, en y installant notamment des panneaux solaires. Avec ses airs de fuselage d’avion très stylisé, elle suscitait d’ailleurs la curiosité lors de son récent passage, le temps d’une fin de semaine, au camping du lac Lyster, situé dans la région de Coaticook.

« C’était une icône de l’époque », raconte M. Rheault, qui a travaillé pendant quatre ans à rénover cette roulotte achetée en Ontario. « Pour moi, c’est un ancrage de mon équilibre personnel », ajoute celui qui fait même partie d’un club de passionnés des Airstream, une marque qui existe toujours, mais dont les modèles récents peuvent se vendre plus de 200 000 $.

S’il roule sur les routes du Québec cet été, avec sa conjointe, Isabelle Corpataux, il se promet un grand voyage en 2022, une fois que la pandémie devrait être terminée. « On veut aller dans l’Ouest canadien, mais aussi dans l’ouest des États-Unis. Beaucoup de retraités prévoient de longs voyages de ce type l’année prochain », souligne-t-il en offrant une visite guidée de sa roulotte, qui compte une salle de bain, une chambre, un coin cuisine et salle à manger, mais aussi beaucoup de rangement.

Gilles Rheault fait partie des nombreux adeptes qui visitent différents campings en ce deuxième été sous le signe de la pandémie et de la fermeture de la frontière avec les États-Unis. À celui du lac Lyster, où Le Devoir s’est rendu, les visiteurs sont d’ailleurs nombreux. Le « plateau », un secteur qui accueille les roulottes et les véhicules de type Winnebago, se remplit chaque vendredi soir, pour se vider le dimanche après-midi, comme si un village éphémère se créait, le temps d’une fin de semaine.

À l’instar d’autres campings de la province, certains y sont en tant que « saisonniers », c’est-à-dire que leur roulotte demeure tout l’été au même endroit, souvent même pour plusieurs années. D’autres optent pour le type « rustique », en montant leur tente dans un secteur boisé, ou encore pour le « prêt-à-camper », puisque ce camping a décidé de développer plusieurs sites de ce type cette année, afin de répondre à la demande, qui est forte.

 
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les sites de camping dits «rustiques» permettent parfois aux campeurs de s'installer avec leur véhicule Westfalia.

Nouveaux campeurs

L’engouement est d’ailleurs bien réel cette année, confirme le président-directeur général de Camping Québec, Simon Tessier. « La demande est en hausse, c’est indéniable, si on se fie aux échos de nos campings membres », laisse-t-il tomber. Déjà en 2020, les statistiques officielles indiquaient une hausse de la fréquentation, notamment de la part des campeurs « de passage » avec leur tente ou leur véhicule récréatif. Cela est de bon augure pour la suite, selon lui. « Les gens qui font du camping vont souvent s’équiper pour le faire. Il y a donc de fortes chances pour que ces personnes demeurent des campeurs pour les années suivantes, et qu’on puisse les garder dans le réseau au Québec. »

Certains de ces nouveaux adeptes sont davantage à la recherche d’options de type glamping, qui minimise les besoins de préparation et maximise le confort. « Certains ont essayé le prêt-à-camper pour la première fois et, s’ils ont aimé la pratique, ils vont y retourner. C’est d’ailleurs très fortement demandé présentement, et le taux d’occupation est très élevé. Et selon moi, cet été, ce sera une grosse année pour le nombre d’ajouts d’unités de prêt-à-camper. »

Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le prêt à camper gagne en popularité auprès des campeurs. Des campings comme celui du lac Lyster ont donc décidé de développer ce créneau.

La situation est d’autant plus heureuse que l’industrie n’avait pas prévu cet intérêt renouvelé. « On croyait que l’industrie du camping allait stagner ou connaître une légère baisse dans les prochaines années, en raison du vieillissement de la clientèle et du changement des habitudes des familles. Mais avec la pandémie, on constate l’arrivée de nouveaux campeurs dans le réseau. C’est très bénéfique pour l’industrie. Ce n’est pas facile de gérer un terrain de camping dans les circonstances actuelles, mais au moins, la pandémie nous a permis d’accueillir de nouveaux clients », explique M. Tessier.

Ce dernier se montre néanmoins prudent pour les prochaines années. « Beaucoup de campings se sont ouverts dans la dernière année. Nous avons terminé l’année 2020 à 980 campings et, en date d’aujourd’hui, nous sommes à plus de 1030 campings au Québec. Certains ont ouvert de petits campings, ou alors ils ont ajouté le volet camping à leurs opérations. C’est bien quand les frontières sont fermées, mais on espère que ça n’affectera pas trop l’équilibre entre l’offre et la demande, une fois que les frontières seront de nouveau ouvertes. »

La fin des « étoiles »

Au ministère du Tourisme, on assure vouloir soutenir le développement du secteur au cours des prochaines années, mais aussi dans le contexte de la relance de l’industrie touristique après la pandémie. Camping Québec doit recevoir, dans ce contexte, un peu plus de 140 000 $ par année d’ici 2025.

Le regroupement d’exploitants de terrains de camping ne cache toutefois pas sa vive déception, après la décision du gouvernement Legault d’abolir le système de classification par étoiles des différents terrains de la province. « Ce système, géré selon des critères précis depuis plusieurs années, avait pourtant fait ses preuves et il a permis un rehaussement majeur de la qualité des campings et des infrastructures au cours des vingt dernières années », souligne Simon Tessier. Désormais, les clients potentiels devront se référer essentiellement aux commentaires sur les réseaux sociaux et sur les sites de réservation en ligne.

Le cabinet de la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, estime pour sa part que ce système « ne répond ni aux besoins ni aux réalités du marché en 2021, d’autant qu’une partie de la population en ignore le fonctionnement et les fondements ». On ajoute que l’industrie peut toujours développer « un système d’évaluation de la qualité de l’offre de façon indépendante », qu«’il n’appartient pas au gouvernement de juger de la qualité de l’offre, mais qu’il a la responsabilité de veiller à la sécurité des citoyens. À cet effet, toutes les lois et réglementations sont en place ».



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