Le bras de fer se poursuit entre l’Oratoire Saint-Joseph et des entrepreneurs

Après une suspension de huit mois, le chantier d’aménagement à l’oratoire Saint-Joseph reprendra la semaine prochaine. Or, le bras de fer se poursuit entre l’oratoire et des entreprises impayées pour les travaux effectués jusqu’à présent, qui ont entamé des procédures judiciaires pour obtenir les sommes qui leur sont dues.

Depuis janvier, six entreprises ont inscrit des hypothèques légales, menaçant de « vendre sous contrôle de la justice » l’immeuble. Dans les documents légaux, toutes soutiennent ne pas avoir été payées dans le cadre des rénovations majeures entamées à l’automne 2018 par l’oratoire Saint-Joseph.

La dernière en date, l’entreprise de Saint-Eustache Côté électrique, réclame 497 863 $, somme à laquelle doivent s’ajouter des intérêts.

« Il y a certaines hypothèques légales qui ont été levées à la suite de différentes conversations », assure Céline Barbeau, directrice des communications à l’oratoire Saint-Joseph. « Pour ce qui est des autres, ça va se poursuivre au fil du temps, à mesure que les démarches judiciaires vont se poursuivre. »

Mme Barbeau n’a pas voulu nommer les entreprises avec lesquelles l’Oratoire s’est entendu ni en indiquer le nombre.

Le responsable du chantier, le Groupe Décarel, n’a pas encore été payé. En janvier, l’entreprise de Westmount avait entamé des démarches pour obtenir le paiement de plus de 8,6 millions de dollars. L’entreprise soutient dans les documents avoir fourni « à la demande expresse » de l’Oratoire « des matériaux, de la main-d’œuvre, des équipements et des services pour la rénovation de l’immeuble » pour lesquels elle n’aurait pas été payée.

« En ce qui nous concerne, Décarel, on a toujours notre hypothèque [légale] en bonne et due forme », indique Yvan Genest, chef d’entreprise et vice-président de l’entreprise.

Dans un communiqué diffusé mercredi, l’Oratoire annonçait la reprise des travaux pour le nouveau pavillon d’accueil et la reconfiguration des jardins. Le chantier devrait reprendre la semaine prochaine. L’Oratoire a également annoncé que la responsabilité du chantier était maintenant confiée à l’entreprise Pomerleau. « Puisqu’il n’y a pas eu d’entente [avec l’actuel gestionnaire du projet], l’Oratoire a résilié le contrat avec l’entrepreneur Décarel », peut-on lire.

C’est Le Devoir qui a informé Décarel de la volonté de l’Oratoire de se tourner vers une autre entreprise pour gérer le chantier. « Je n’étais pas au courant. Je leur souhaite bonne chance », a simplement indiqué Yvan Genest, sans plus de commentaires.

Le chantier accusait des retards importants en octobre 2020, avant la suspension des travaux. L’Oratoire soutient que Décarel a interrompu les travaux à la suite de différends liés à leur exécution et aux montants associés.

Le projet d’aménagement, initialement évalué à 110 millions de dollars, a reçu un appui financier de 62,8 millions des trois ordres de gouvernement. Les retards cumulés au cours des dernières années vont nécessairement faire gonfler la facture. Céline Barbeau dit que l’oratoire Saint-Joseph n’est pas encore en mesure d’estimer ce que cela représente.

Ossements autochtones

Dans un précédent article, des représentants de l’oratoire Saint-Joseph expliquaient une partie des retards par la découverte à l’automne 2019 d’ossements humains autochtones datant de « plusieurs centaines d’années ».

À ce sujet, le président du Syndicat national des archéologues du Québec, Maxime Vaillancourt, estime qu’il est inapproprié de faire un parallèle entre les retards sur le chantier et la découverte d’ossements humains.

L’archéologie se trouve « à avoir le dos très large » sur le plan des projets de travaux, dit-il. « On se retrouve souvent avec cette image de ralentir les travaux. Dans 99 % des cas, l’archéologie fait partie de l’exécution des travaux. On fait partie des prévisions des travaux au même titre que la décontamination des sites ou la préparation des terrains », explique Maxime Vaillancourt, lui-même archéologue.

Il explique que les travaux archéologiques étaient concentrés dans une petite zone qui n’empêchait pas les travaux ailleurs sur le site. « C’était une intervention relativement courte. Ce n’était pas en marge des travaux, mais il ne s’agissait pas d’ouvrir l’ensemble du terrain pour faire une fouille fine. Il s’agissait plutôt d’aller sonder pour voir s’il y avait des éléments probants », dit-il.

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