La «vanlife» a le vent dans les voiles

L’entreprise Le Baroudeur a elle aussi connu un bond de popularité, qui l’a poussée à augmenter sa flotte à 20 véhicules et à fabriquer des kits d’aménagements pour les personnes ayant une minifourgonnette.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’entreprise Le Baroudeur a elle aussi connu un bond de popularité, qui l’a poussée à augmenter sa flotte à 20 véhicules et à fabriquer des kits d’aménagements pour les personnes ayant une minifourgonnette.

En plein essor ces dernières années grâce à Instagram, le mouvement vanlife a connu un bond de popularité sans précédent pendant la pandémie au Québec. À bord de leur van acheté, loué ou fabriqué de leurs mains, certains partent à l’aventure dans le confort de leur bulle familiale, d’autres y voient un mode de logement alternatif. Premier texte de notre série.

Les compagnies de location de vans ne savent plus où donner de la tête depuis le début de la pandémie. Les appels s’enchaînent et leur calendrier se remplit à vitesse grand V, poussant certains à agrandir leur flotte de véhicules ou à diversifier leurs services.

« Ça fait quelques semaines qu’on est booké à 100 % pour la haute saison, de mi-mai à fin octobre. L’engouement est vraiment là », se réjouit Catherine Vachon, directrice du développement et des communications pour VanLife MTL, spécialisé dans la vente et la location de vans aménagés.

Fondée par son frère David Vachon en 2017, l’entreprise comptait au départ trois vans disponibles à la location. Devant l’engouement des jeunes touristes étrangers pour ce mode de transport, VanLife MTL s’est rapidement développée, passant à une dizaine de véhicules en 2019.

« Pour cette année, on a doublé la flotte. On a maintenant 22 véhicules, souligne Catherine Vachon. Même si les voyageurs étrangers ne sont pas au rendez-vous [en raison de la pandémie], on est devenu le plan A de beaucoup de Québécois qui auraient pensé à nous comme plan B pour leurs vacances avant ça. »

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Devant l’engouement pour le mode de transport, l’entreprise VanLife MTL s’est rapidement développée et compte maintenant 22 véhicules aménagés pour la location.

Avec la fermeture des frontières et les déplacements déconseillés entre les provinces canadiennes, nombre de personnes ont dû revoir leurs projets de vacances et ont décidé de découvrir leur propre territoire. Certains ont ainsi vu dans le van un moyen efficace pour se déplacer d’une région à l’autre en bénéficiant d’un plus grand confort que celui d’une tente par exemple. D’autres y ont plutôt vu une façon de voyager en sécurité en limitant les contacts.

« En van, tu es complètement autonome : il y a un lit, une cuisine, une douche, une toilette. Si tu fais ton épicerie d’avance, tu peux te déplacer pendant une semaine en évitant de croiser trop de monde. Ç’a été une belle solution pour ceux qui étaient stressés par le virus, mais qui avaient envie de sortir de leur tanière pendant les vacances », note Catherine Vachon.

Engouement durable ?

L’emballement pour la « vanlife » se fait aussi ressentir chez Le Baroudeur, qui loue des vans depuis 2018. Au moment de la relance du tourisme en juin 2020, la compagnie a rempli quatre mois de réservations en seulement trois semaines. « Les gens se sont littéralement jetés sur les vans pour partir au Québec, j’avais jamais vu ça », indique son fondateur, Gabriel Jousset. Des colocs, des couples de retraités, des familles avec enfants : sa clientèle est plus variée qu’avant la pandémie, alors surtout composée de jeunes touristes dans la vingtaine.

Ce bond de popularité l’a ainsi encouragé à doubler sa flotte de véhicules, passant de 13 vans en 2019 à 20 en 2021. À la mi-juin, il ne restait déjà plus que 30 % de disponibilités pour la haute saison.

Craignant de ne pouvoir répondre à la demande, Le Baroudeur s’est même mis à fabriquer et à vendre des kits d’aménagements pour les personnes ayant déjà une minifourgonnette. « C’est une part importante de nos ventes, confie Gabriel Jousset. On est capable de produire une dizaine de kits par semaine et on est rendu à une centaine depuis le début de l’année. Tout se vend rapidement. »

En van, tu es complètement autonome : il y a un lit, une cuisine, une douche, une toilette. Si tu fais ton épicerie d’avance, tu peux te déplacer pendant une semaine en évitant de croiser trop de monde.

 

De son côté, Olivier Marcoux a voulu surfer sur cette popularité en lançant son entreprise de location de vans aménagés en pleine pandémie. Campervan Bromont s’est doté de huit véhicules qui sont déjà presque tous loués pour sa première saison.

Grand amateur de plein air et de voyages en van, Olivier Marcoux travaillait dans la création de contenu pour le magazine en ligne Go-Van avant de perdre son emploi à cause de la pandémie. « Je voyais bien l’effervescence qu’il y avait avec la “vanlife” ces dernières années. Cette pause forcée m’a permis de lancer mon entreprise », explique-t-il.

Mais alors qu’un retour à la normale pointe à l’horizon, doit-on s’attendre à voir les Québécois tirer un trait sur les voyages en van pour se retrouver au plus vite dans un avion direction Paris, Rome ou Cancún ?

« J’ose espérer que certains ont eu la piqûre, qu’ils ont découvert une solution de rechange plus confortable au camping en tente et continueront à voyager en van », lance Catherine Vachon de VanLife MTL. Ce n’est sans compter le retour des touristes étrangers qui permettra de toujours avoir une demande.

Nouvelles règles

Ce qui préoccupe le plus Mme Vachon, c’est l’accueil réservé aux adeptes de la « vanlife » après que certains campeurs leur ont donné mauvaise presse l’été dernier en manquant de civisme sur les plages de Gaspésie.

La Ville de Gaspé a d’ailleurs interdit le camping sur ses plages publiques cet été, exposant les contrevenants à des amendes allant jusqu’à 2000 dollars. Même approche du côté de la MRC de Charlevoix où des municipalités ont interdit le camping sauvage dans certains lieux.

D’autres municipalités ont à l’inverse souhaité mieux encadrer le camping sauvage en proposant des haltes pour ceux qui n’ont pas de réservations dans les campings traditionnels. C’est le cas de Rimouski, qui va mettre à la disposition des véhicules récréatifs une quarantaine d’espaces de stationnement où ils pourront s’arrêter pendant 24 heures. La Ville d’Amqui propose aussi ce type de haltes dans des stationnements.

Sur la Côte-Nord, les véhicules récréatifs pourront obtenir des vignettes à faible coût pour s’installer sur des sites désignés par la municipalité, mais seulement lorsque les campings du coin affichent complet.

« Je trouve ça intéressant ce type d’initiatives pour attirer les voyageurs nomades. S‘il y a quelque chose de positif que la pandémie aura permis, c’est de justement structurer davantage ce secteur », confie Gabriel Jousset du Baroudeur.

 

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