Ce qu’on sait de l’ancien pensionnat autochtone de Marieval

Des témoignages d’anciens élèves émergent depuis plusieurs décennies sur les traitements subis au pensionnat autochtone Marieval. Situé dans la localité de Grayson au sud de la Saskatchewan, il a été dirigé par des missionnaires oblats et par les Sœurs Saint-Joseph.

La Première Nation de Cowessess, dans le sud de la Saskatchewan, a annoncé jeudi qu’elle a découvert 751 sépultures non identifiées sous un terrain gazonné aux abords de l’ancien établissement.

Lors de cette annonce, une survivante du pensionnat Florence Sparvier a pris la parole devant les médias : « J’ai 80 ans et je suis allée à ce pensionnat », a-t-elle dit. « Les sœurs étaient très méchantes avec nous. Je ne pense pas qu’elles aimaient être là non plus », a-t-elle laissé tomber.

Mme Sparvier, une aînée considérée comme « gardienne du savoir » dans sa communauté, a décrit la manière dont le personnel rabaissait les enfants autochtones et méprisait leur culture et leur spiritualité. « Ils nous disaient que nos parents et nos grands-parents ne savaient pas comment être spirituels parce qu’on était tous des païens. […] Ils nous dénigraient, donc on apprenait à ne pas aimer ce que nous étions », a-t-elle résumé.

« Une bonne partie de la douleur de nos peuples vient de là », a ajouté la dame âgée. Son histoire traverse les générations et est celle de nombre de familles de sa communauté : sa mère et sa grand-mère ont aussi été envoyées dans les pensionnats. « Ils nous faisaient croire qu’on n’avait pas d’âme », a-t-elle dit au sujet du personnel de ces écoles. Des années plus tard, Mme Sparvier a visiblement renoué avec sa spiritualité. Elle a ouvert la conférence de presse de jeudi avec une prière, et elle a conclu son allocution en invitant les personnes affectées par l’annonce à participer à une cérémonie dans sa tente de sudation.

Des histoires récurrentes

Le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada publié en 2015 mentionne le pensionnat de Marieval à plusieurs reprises. Amber K. K. Pelletier, une survivante qui a fréquenté le pensionnat entre 1993 à 1997, a affirmé que plusieurs des politiques critiquées étaient encore en vigueur à cet endroit.

Les responsables continuaient notamment de couper les cheveux des élèves à leur arrivée et de leur attribuer un numéro. « On pouvait dire quand un gardien était fâché parce qu’alors, il utilisait notre numéro pour nous appeler ou nous parler. Lorsqu’on attendait pour le déjeuner, le dîner ou le souper, si on était turbulents, un gardien disait : “numéro 20”, et on arrêtait ce qu’on était en train de faire », a relaté Mme Pelletier.

Elle a aussi raconté des comportements qui lui semblaient répréhensibles : « Et il arrivait aux gardiens, à certains d’entre eux, de nous prendre dans leur bras et de nous embrasser sur la joue et de nous dire : “Je t’aime”. Je me souviens de ma première nuit, j’étais étendue et c’est ce qu’ils faisaient. »

Ronalee Lavallee a quant à elle fréquenté le pensionnat entre 1965 et 1971 et y a ensuite travaillé. Elle a raconté à la même Commission qu’il était encore interdit d’y parler des langues autochtones. Il y avait à l’époque plusieurs élèves du nord de la Saskatchewan qui parlaient couramment le cri. La nuit, ils enseignaient la langue aux autres : « On voulait apprendre cette langue, et on montait la garde à tour de rôle pour surveiller les sœurs, pour ne pas être punis. Et quand on pense que c’était, imaginez-vous, en 1970 ou 1971, il n’y a pas si longtemps, et qu’on se faisait encore traiter comme ça ? », a déclaré Mme Lavallee en 2012.

La faculté d’éducation de l’Université de Régina a aussi publié en 2017 un rapport historique sur le phénomène douloureux dans la province, appelé Rompre le silence : lever le voile sur les pensionnats autochtones en Saskatchewan. Des archives du ministère alors appelé « Affaires indiennes » montrent notamment que les autorités gouvernementales s’attendaient à ce que les employés de l’école « dominent physiquement les élèves ».

On y lit notamment le témoignage de Carol Lavallee : « Lorsqu’ils sont venus et m’ont prise pour aller au pensionnat, j’avais six ans et ils nous ont mis dans un camion pour transporter du bétail. J’étais si petite que je ne voyais pas au-dessus de la boîte du camion. Ma sœur se tenait accrochée à moi afin de me retenir pour ne pas que je sois renversée à l’arrière du camion de bétail. » Mme Lavallee a ensuite vécu des années d’abus émotionnel, physique et sexuel, a-t-elle dit.

L’autrice Janice Acoose a aussi été forcée de fréquenter le pensionnat autochtone de Marieval (Cowessess), une expérience consignée dans son livre de 1995 intitulé Iskwewak : Neither Indian Princesses or Easy Squaws. Scolarisée à cinq ans dans cet établissement, elle a décrit ces années comme une partie de la longue histoire « d’emprisonnement, d’abus et de lavage de cerveau légaux ». « Je pleurais parfois de douleur parce qu’une sœur m’avait frappé au visage, ou frappé les jointures de mes mains avec un bloc en bois qu’elle avait fabriqué pour ce type de punition », a écrit Mme Acoose, décédée en 2020.

Avec Marie-Michèle Sioui

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