Michel Venne coupable d’agression et d’exploitation sexuelles

«Le tribunal ne croit pas l’accusé», Michel Venne (sur la photo), a déclaré le juge Stéphane Poulin.
Photo: Francis Vachon Le Devoir «Le tribunal ne croit pas l’accusé», Michel Venne (sur la photo), a déclaré le juge Stéphane Poulin.

L’ancien directeur de l’Institut du nouveau monde (INM) et ex-journaliste du Devoir Michel Venne a été reconnu coupable d’agression et exploitation sexuelles. La décision a été rendue mercredi matin au Palais de justice de Québec.

« Le tribunal ne croit pas l’accusé », a déclaré le juge Stéphane Poulin. À l’inverse, il estime que le témoignage de la plaignante, Léa Clermont-Dion, « couvre tous les éléments essentiels » et qu’il « ne laisse place à aucune ambiguïté ».

L’ordonnance, qui gardait confidentielle l’identité de Mme Clermont-Dion, a été levée à la demande de cette dernière. Une telle ordonnance était requise en raison du fait qu’elle était mineure au moment des faits. Elle avait alors 17 ans.

 

M. Venne, 60 ans, avait été arrêté en juin 2018 puis avait plaidé non coupable aux accusations d’agression et d’exploitation sexuelles après que Mme Clermont-Dion a porté plainte contre lui pour des gestes commis 10 ans plus tôt en marge de l’école d’été de l’Institut du Nouveau Monde (INM).

Les agressions étaient survenues un soir dans un taxi, ainsi qu’un soir devant l’endroit où elle était hébergée au centre-ville de Québec. La Défense avait plaidé qu’il ne s’était rien produit de particulier dans le taxi et que l’autre incident constituait un malentendu, M. Venne ayant maladroitement touché l’épaule de la jeune femme.

Selon le juge, cette explication « est déraisonnable ». « Le Tribunal ne croit pas au caractère accidentel du geste qui s’apparente à une étreinte selon la description de l’accusé », écrit-il. « Le malaise décrit par l’accusé créé par un simple contact superficiel est disproportionné et non crédible. »

Le juge Poulin revient aussi sur l’intervention de Lise Payette auprès de la jeune femme en 2017 et la lettre qu’elle lui avait fait signer, lavant l’accusé de tout soupçon. Dans son témoignage, M. Venne a raconté avoir demandé conseil à Mme Payette alors que des rumeurs sur l’agression compromettaient sa nomination à un poste de direction au Devoir. Il a toutefois nié avoir discuté d’une lettre avec elle.

« Si l’accusé n’a pas formulé une telle demande à Mme Payette comme il l’affirme, le résultat en est tout autre et la lettre est néanmoins utilisée auprès des dirigeants du journal et de la présidente du Comité de sélection pour les convaincre de la fausseté de la rumeur et, ultimement, obtenir le poste qu’il désirait », écrit le juge, qui en conclut que M. Venne a cherché « à étouffer l’affaire ».

Dans l’ensemble, « le témoignage de l’accusé n’est pas plus susceptible de susciter un doute raisonnable », tranche-t-il.

La victime parfaite, « un mythe » selon le DPCP

Après le jugement, Mme Clermont-Dion s’est adressée brièvement aux médias aux côtés du procureur Me Bérubé, du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). « Je suis libérée d’un fardeau immense et ça me fait du bien », a-t-elle déclaré. « Aucune personne ne devrait à avoir à subir la volonté de contrôle, de domination ou d’abus. Aucune personne ne devrait se faire humilier, attaquer, blâmer, agresser. Il est temps que la honte change de camp. »

L’avocat du DPCP a quant à lui dit souhaiter que la cause renforce la confiance de la société envers la justice. « On a entendu beaucoup de mythes qui ont été véhiculés sur le système de justice qui n’est pas parfait. Mais je pense que ce dossier-là illustre que le système de justice fonctionne et je souhaite vivement que ça encourage toute victime présente ou à venir à dénoncer », a-t-il soutenu.

Me Bérubé a en outre relevé que, dans le jugement, on retient « aussi » les imperfections dans le témoignage de Mme Clermont-Dion, mais que cela ne l’a pas empêchée d’être crue. « Quand on parle de la victime parfaite, c’est pas vrai », a lancé l’avocat.

Les avocats des deux parties doivent se retrouver au tribunal à la mi-juin pour planifier les représentations sur la peine. M. Venne s’expose à une peine minimale de 45 jours pour le chef le plus grave d’exploitation sexuelle (une agression sexuelle commise par une personne en situation d’autorité auprès d’un(e) mineur(e)).

D’ici là, les avocats de M. Venne ont 30 jours pour signifier s’ils comptent porter la cause en appel.



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