Des organismes dénoncent la lenteur de l’enquête sur le parrainage de réfugiés

Le directeur général sortant d’Action réfugiés Montréal, Paul Clarke, dénonce les longs délais d’une enquête du ministère de l’Immigration.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le directeur général sortant d’Action réfugiés Montréal, Paul Clarke, dénonce les longs délais d’une enquête du ministère de l’Immigration.

Des organismes de parrainage de réfugiés dénoncent les longs délais d’une enquête du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) sur des cas de fraudes allégués, qui les empêchent actuellement de déposer de nouveaux dossiers. Pour certains, cette lenteur ne fait que profiter au gouvernement de François Legault, qui n’entend pas faire de l’accueil des réfugiés une priorité.

Directeur général sortant d’Action réfugiés Montréal, Paul Clarke ne se gêne pas pour décrier le processus d’enquête qui a ralenti l’accueil. « C’est une façon peut-être masquée de faire en sorte que les arrivées de réfugiés au Québec vont prendre du temps », dit l’ex-banquier, qui vient tout juste de tirer sa révérence, après huit ans à la tête de cet organisme montréalais, parmi les plus expérimentés en matière de parrainage. « Entretemps, toutes les autres provinces continuent d’envoyer des dossiers de parrainage à Ottawa, et ceux du Québec vont se retrouver à la fin de la file. »

À l’automne dernier, le MIFI avait demandé aux organismes de fournir pour la mi-octobre une reddition de comptes, indiquant comment ils avaient géré les sommes pour la réinstallation des réfugiés depuis août 2018. Fin octobre : disant vouloir enquêter sur des cas possibles de fraude desquels elle avait eu vent, la ministre Nadine Girault a suspendu par décret jusqu’en novembre 2021 le dépôt de dossiers de parrainage venant des organismes.

« Soudainement, tout le monde a été arrêté. Le gouvernement n’avait même pas eu le temps de lire nos rapports ! C’était excessif », déplore M. Clarke. Selon lui, le gouvernement aurait dû se donner le temps d’analyser les informations tout en permettant aux organismes de continuer à monter leurs dossiers, quitte à les empêcher de les déposer si les procédures frauduleuses s’étaient avérées.

Les réfugiés, ce n’est pas la priorité. Personne ne se bat autour de la table du cabinet à ce sujet.

Sans nouvelles depuis qu’elle a fourni les documents nécessaires en février dernier, Nayiri Tavlian, de l’organisme expérimenté Hay Doun, dénonce le silence du MIFI. « On ne sent pas du tout une volonté [du gouvernement] de trouver une solution rapide et permanente. On nous fait attendre et on ne se sent vraiment pas respectés », a-t-elle dit. 

L’Archidiocèse de Montréal se dit aussi sans nouvelle. Le MIFI et le cabinet de la ministre Girault ont indiqué ne pas pouvoir commenter, puisque l’enquête est toujours en cours.

Les réfugiés, pas une priorité

« Les réfugiés, ce n’est pas la priorité. Personne ne se bat autour de la table du cabinet à ce sujet. On aurait pu penser qu’un ministre de l’Immigration voudrait que le Québec fasse sa part dans un programme humanitaire, mais ça ne semble aucunement être le cas », se désole Paul Clarke.

Après avoir fait miroiter de possibles consultations d’ici la fin de l’année pour revoir les seuls à la hausse, la ministre Girault a fermé la porte à cette éventualité en début de semaine. Le plan actuel reste le même: d’ici la fin décembre, environ 45 000 immigrants seront admis, auxquels s’ajoutent 7000 de plus, issus de la catégorie économique. Il ne s’agit pas de nouvelles admissions, mais de personnes en attente qui n’avaient pas pu venir en 2020 en raison de la pandémie.

Quant au nombre de réfugiés, il diminue depuis que la Coalition avenir Québec est au pouvoir. En 2018, sous les libéraux, 8800 réfugiés avaient été accueillis, contre 7200 en 2019 et à peine quelques milliers en 2020, en raison de la pandémie. En 2021, le gouvernement Legault prévoit accueillir de 6900 à 7500 réfugiés.

Dans tout le Canada, la part de réfugiés qu’accueille le Québec est aussi en déclin. Elle était de 17,8 % en 2018 et de 13,6 % en 2019, mais ne sera plus que de 12,1 % en 2021. Elle sera encore davantage diluée, alors que le gouvernement fédéral a annoncé vendredi qu’il ferait passer de 23 000 à 45 000 son nombre de réfugiés en 2021.

Un réfugié est un investissement

En mai dernier, devant le Conseil du patronat, François Legault avait déclaré que « rentr[er] un immigrant qui gagne moins de 56 000 $ empire » le problème du Québec. Pour Paul Clarke, cela témoigne d’une vision à courte vue. « Pour tout enfant né au Québec, on investit au moins 18-20 ans avant qu’il puisse pleinement faire sa part. […] Un réfugié qui prend 4-5 ans avant de se développer et de prendre sa place sur le marché du travail, oui, c’est un bon investissement ! »

C’est d’ailleurs parce qu’il a toujours cru en l’apport des réfugiés que cet ex-directeur de succursale de la banque TD a fait le saut dans le vide pour diriger une petite OBNL il y a huit ans, alors âgé de 54 ans. À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, dimanche, M. Clarke se rappelle pourquoi il a embrassé la cause, alors que de nombreux réfugiés venaient s’ouvrir un compte en banque à sa succursale rue Sainte-Catherine Ouest.

« C’est une question de dignité humaine », affirme l’homme qui est très impliqué au sein de l’Église unie du Canada, progressiste et de confession chrétienne. « Ce n’est pas parce que le Canada dit qu’il manque de monde [sur le plan économique] qu’on doit en accueillir. On doit le faire parce que ce sont des vies humaines. Ce n’est pas avec des murs qu’on progresse, c’est en accueillant. »

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