Une opération policière préoccupe à Montréal

Un policier montréalais a mis son genou sur le cou d’un jeune Noir la semaine dernière, dans le cadre d’une opération policière filmée qui a fait vivement réagir sur la Toile. Des élus réclament une enquête pour faire la lumière sur cette affaire.

Dans une vidéo citoyenne d’une minute et 36 secondes, on peut voir deux policiers procéder à l’arrestation d’un adolescent devant un abribus, dans le quartier Villeray. Le jeune homme ne semble pas résister à son arrestation. Or, la vidéo montre les deux policiers plaquer l’adolescent au sol, avant de lui mettre des menottes aux poignets.

Pendant cette intervention, un des deux policiers a gardé son genou gauche sur le cou et le visage du jeune homme pendant plusieurs secondes. L’un d’eux se rend ensuite devant la caméra pour affirmer qu’il a arrêté le jeune homme pour possession « d’un Taser », soit un pistolet à impulsion électrique.


« Ce n’est pas aux États-Unis, ça, c’est au Québec, à Montréal. Dans une ville multiculturelle ! », lance la présidente de la Ligue des Noirs nouvelle génération, Anastasia Marcelin, qui a été ébranlée par cette vidéo. Celle-ci avait organisé une marche en juin 2020 contre la brutalité policière à Montréal.

Elle n’est d’ailleurs pas la seule à avoir été troublée par ces images.

« J’ai reçu beaucoup d’appels de citoyens qui trouvent ça choquant. C’est sûr que dans le contexte de l’après George Floyd, ça laisse un traumatisme […] C’est inquiétant », soulève au Devoir le député de Viau au Parti libéral du Québec et ancien conseiller municipal dans Saint-Michel, Frantz Benjamin.

Le 25 mai 2020, George Floyd avait perdu la vie sous le genou du policier Derek Chauvin, à Minneapolis. Le policier a depuis été reconnu coupable du meurtre de l’Afro-américain.

« Une vidéo comme celle-là, ça vient saper des années d’efforts pour augmenter le sentiment de sécurité de la communauté dans sa relation avec la police », renchérit M. Benjamin, qui rappelle que les policiers « ont un devoir d’exemplarité en matière de respect des droits de la personne ».

Le député a ainsi acheminé une lettre mercredi au directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, pour le presser de mener « une enquête » sur cette affaire.

Une « analyse » en cours

Contactée par Le Devoir jeudi, une porte-parole du SPVM, Caroline Chèvrefils, a indiqué que des agents du poste de quartier 31 ont répondu le soir du 10 juin à un appel provenant de l’école secondaire Georges-Vanier, située dans le quartier Villeray, en raison d’une bagarre impliquant « une quinzaine de jeunes » provenant de différentes écoles.

Le SPVM a alors procédé à l’arrestation de deux jeunes hommes pour « port d’armes », indique Mme Chèvrefils.

« En ce qui a trait à la vidéo qui circule, nous en avons pris connaissance. Une analyse est en cours et nous ne ferons pas d’autres commentaires pour le moment », a-t-elle ajouté.

Valérie Plante préoccupée

Le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est dit préoccupé jeudi par cette vidéo.

« Les images qui circulent sont préoccupantes. L’analyse en cours doit permettre de faire la lumière sur l’ensemble de l’intervention », a écrit son attachée de presse, Catherine Cadotte. « Les images de l’intervention réitèrent encore une fois l’importance d’implanter des caméras corporelles, ce sur quoi nous travaillons avec nos partenaires », a-t-elle ajouté.

En 2016, le SPVM avait tenu un projet pilote concernant le port de caméras portatives par une partie de ses agents, mais le rapport qui avait été rédigé par la suite n’avait pas été concluant. Cette technologie a toutefois évolué depuis. La Sûreté du Québec a d’ailleurs entamé un projet-pilote à la fin du mois d’avril en munissant 10 policiers de caméras portatives, dans la région de Rimouski.

« Les images de cette arrestation posent de sérieuses questions. [Elles] démontrent encore une fois la nécessité d’équiper les policiers de caméras portatives afin d’avoir une vision globale des événements », a réagi le porte-parole en matière de sécurité publique au sein du parti Ensemble Montréal, Abdelhaq Sari.

« Une enquête indépendante devra être menée pour faire la lumière sur cet événement », réclame-t-il également.

Le conseiller municipal est d’ailleurs à l’origine d’une motion adoptée à l’unanimité en août dernier afin d’interdire l’usage par le SPVM de « toute technique d’intervention policière empêchant la personne visée de respirer […] sauf en cas de dernier recours, en cas de danger de mort et / ou en cas de danger de lésions sérieuses imminentes ».

Cette motion n’est toutefois pas contraignante pour le corps de police, puisque ces règles sont régies par Québec.

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