Mindgeek visée par une poursuite aux États-Unis

Les plaignants dépeignent la compagnie Pornhub comme un groupe criminel qui a des tentacules aux quatre coins du monde.
Photo: Jack Taylor Agence France-Presse Les plaignants dépeignent la compagnie Pornhub comme un groupe criminel qui a des tentacules aux quatre coins du monde.

Une trentaine de femmes de plusieurs pays poursuivent la compagnie Pornhub, dont le siège social est à Montréal, pour avoir exploité des vidéos dans lesquelles elles se faisaient violer ou pour lesquelles elles n’avaient pas donné de consentement à la publication.

Dans cette nouvelle poursuite civile, déposée jeudi matin à la Cour du district central de la Californie par l’avocat Michael Bowe, on accuse Pornhub et sa filière montréalaise MindGeek de trafic humain, d’exploitation sexuelle d’enfants et d’extorsion (racketeering). Le journal ontarien The Star a sorti la nouvelle en exclusivité jeudi.

« Ceci est une affaire de viol, pas de pornographie », peut-on lire d’entrée de jeu dans la poursuite, qui fait 178 pages.

Au Devoir, l’équipe de communication de Pornhub a soutenu que ces allégations étaient « absurdes, complètement imprudentes et catégoriquement fausses. »

Exploitation sexuelle

Elles viennent des États-Unis, du Canada, de la Colombie, de l’Angleterre et de la Thaïlande. Des enfants et des femmes qui ont été victimes de trafic humain et d’exploitation sexuelle, des mineurs qui tombent dans le piège de prédateurs sexuels sur Internet, qui les forcent à se filmer, des adolescentes et des femmes droguées et filmées à leur insu par un copain ou un mari. Ce sont quelques-unes des histoires de 34 femmes — toutes nommées Jane Doe pour préserver leur identité — racontées au fil des pages de cette nouvelle poursuite.

Lorsqu’elles ont découvert que des vidéos d’elles circulaient sur le site de Pornhub et sur ses sites affiliés, elles disent avoir tenté de les faire retirer. Certaines se seraient heurtées à un mur de silence ou se seraient fait dire que c’était impossible, qu’il fallait l’autorisation de la personne qui avait mis la vidéo en ligne. Une femme raconte que la compagnie lui aurait demandé : « Comment sais-tu que c’est bien toi dans la vidéo ? »

Certaines ont dû engager un avocat. D’autres ont dénoncé la situation à la police, ce qui a mené, dans certains cas, à des arrestations des prédateurs sexuels. Humiliées et harcelées, certaines ont dû déménager, changer d’école ou de travail. Certaines ont fait des tentatives de suicide. Toutes ont gardé des séquelles importantes de cette expérience traumatisante.

Un autre problème soulevé par les victimes, c’est qu’une fois qu’elles ont réussi à faire retirer la vidéo, celle-ci revenait à tout moment sur d’autres sites, sous d’autres noms. Or, selon la poursuite, ce n’est pas un hasard. « Les rares fois où le défenseur était forcé de retirer du contenu de sa plateforme, des lanceurs d’alerte ont confirmé que les vidéos étaient téléversées à nouveau sur leurs plateformes », affirme la poursuite.

Comme « les Soprano »

Les plaignants dépeignent la compagnie Pornhub comme un groupe criminel qui a des tentacules aux quatre coins du monde et qui n’hésite pas à utiliser des méthodes illégales pour faire plus d’argent. « Comme les Soprano », explique un ancien de la compagnie qui a témoigné sous le couvert de l’anonymat dans la poursuite.

La poursuite accuse également la compagnie d’avoir financé, à travers des agents dans différents pays, la production de matériel pornographique par des gens qui font du trafic humain pour obtenir plus de contenu sur son site.

Questionnée par Le Devoir sur ces nouvelles allégations, l’équipe de communication de Pornhub a répondu être en processus d’analyse de la plainte.

« Pornhub a une tolérance zéro pour le contenu illégal et enquête sur toute plainte ou allégation faite au sujet du contenu sur nos plateformes », écrit la compagnie dans une réponse envoyée par courriel jeudi. « Les allégations contenues dans la plainte d’aujourd’hui selon lesquelles Pornhub est une entreprise criminelle qui fait la traite des femmes et est dirigée comme “Les Soprano” sont tout à fait absurdes, complètement imprudentes et catégoriquement fausses. »

La compagnie se dit « résolument solidaire » des victimes d’abus sur Internet et réitère que les politiques de sûreté et de sécurité de Pornhub « surpassent » tout ce qui se fait ailleurs sur le Web.

« Pornhub a mis en place les garanties les plus complètes de l’histoire de la plateforme générée par les utilisateurs, qui comprennent l’interdiction des téléchargements d’utilisateurs non vérifiés, l’extension de nos processus de modération et la coopération avec des dizaines d’organisations à but non lucratif à travers le monde. »

Des parlementaires veulent serrer la vis aux sites pornos

À Ottawa, le comité permanent de l’accès l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique recommande de serrer la vis aux sites pornographiques comme Pornhub.

Le rapport publié jeudi, indique que les victimes doivent pouvoir exiger que ce contenu soit retiré immédiatement.

Il recommande également que les plateformes en ligne soient tenues responsables de n’avoir pas su empêcher le téléversement de matériel d’exploitation sexuelle d’enfants, de contenu montrant des activités non consensuelles ou téléversé à l’insu des parties.



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