Des Cris entendent mener leurs recherches sur l’île de Fort George

L’École missionnaire des Pères Oblats, sur l’île de Fort George, en janvier 1946
Photo: Bud Glunz / Office national du film du Canada / Bibliothèque et Archives Canada, PA-133229 L’École missionnaire des Pères Oblats, sur l’île de Fort George, en janvier 1946

Des membres de la nation crie entreprendront la délicate recherche de corps d’écoliers autochtones sur l’île de Fort George, où deux pensionnats autochtones ont participé, selon eux, au « génocide » contre les peuples autochtones.

Le grand chef de la nation crie, Abel Bosum, appréhende « des jours très difficiles à venir » au gré des découvertes sur les sites d’anciens pensionnats aux quatre coins du Canada, dont ceux établis dans la communauté de Chisasibi, sur la rive de la baie James. Des Autochtones de différentes communautés s’y sont vu « dépouiller de leur identité », à commencer par leur culture et leur langue, dans les pensionnats St. Phillip et St. Joseph jusqu’au milieu des années 1970.

« Savoir que des restes d’enfants seront trouvés sur les terrains de notre communauté — des enfants enlevés de leur domicile lointain — est insupportable », a fait valoir la cheffe de Chisasibi, Daisy House, en conférence de presse lundi. Elle a pris l’engagement solennel de « sécuriser les sites », de « documenter le passé » et de « commémorer » la mémoire des garçons et des filles morts en raison des mauvaises conditions sanitaires ou de malnutrition dans l’« amour » et la « compassion ».

L’annonce de la découverte des restes de 215 enfants sur le site d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique, le 1er juin dernier, a fait resurgir « la douleur et l’angoisse », non seulement chez les « survivants des actes génocidaires » perpétrés par les communautés religieuses et les gouvernements, mais aussi chez leurs proches dans la nation crie.

Il y a la douleur et l’angoisse des pensionnaires. « Pendant de nombreuses années, je ressentais beaucoup de colère contre ma mère, en pensant qu’elle m’avait fait défaut, année après année, en me permettant d’être enlevé et maltraité pendant 11 mois de l’année. Des années plus tard, quand je suis devenu parent et grand-père, j’ai commencé à comprendre l’intensité de la douleur et de la souffrance de la communauté tout entière chaque fois que nous étions enlevés », a relaté M. Bosum, qui a fréquenté contre son gré le pensionnat autochtone de La Tuque. Il y a la douleur et l’angoisse ressenties par les familles desquelles les enfants cris d’Eeyou Istchee ont été extirpés pour être « enrôlés de force dans des écoles lointaines » avant de disparaître ou encore de rentrer dans leur communauté l’« esprit brisé ». Il y a la douleur et l’angoisse des enfants qui ignorent les « actes de torture, de violence, d’abus sexuel… » subis par leurs parents dans les pensionnats autochtones. Il y a la douleur et l’angoisse d’une communauté disloquée par « les politiques coloniales qui ont mené à ces fosses communes », a ajouté la présidente du Conseil scolaire cri, Sarah Pashagumskum, évoquant le taux élevé de criminalité, d’incarcération, de maladies chroniques et de résultats scolaires « médiocres » dans les communautés autochtones.

Appels à l’action

« Nous savons que la découverte de Kamloops n’est pas un événement isolé et qu’il y aura d’autres moments difficiles », a poursuivi Abel Bosum. Dans cette perspective, des « offres plus larges » de services en santé mentale s’avéreront nécessaires, a-t-il soutenu lundi.

Le grand chef de la nation crie demande aux gouvernements de reconnaître non seulement le « racisme systémique », mais aussi le « génocide » dont les peuples autochtones ont été victimes après le « traumatisme intergénérationnel » du régime des pensionnats autochtones.

M. Bosum propose aussi d’aménager un « musée des pensionnats autochtones » à Montréal et à Québec semblable au Musée de l’Holocauste dans la métropole québécoise — qui « veille à ce qu’un chapitre sombre de l’histoire mondiale ne soit ni oublié ni répété » — en plus d’enrichir le contenu des programmes de formation en ajoutant du contenu sur « les importantes contributions des peuples autochtones, ainsi que les injustices et les génocides dont [ils ont] été victimes ».

Le grand chef avance également l’idée d’élargir la portée de la loi 79 afin de permettre la divulgation d’informations à des « communautés » ou encore à la « société en général » sur les victimes des pensionnats. Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 3 juin dernier, la Loi autorisant la communication de renseignements personnels aux familles d’enfants autochtones disparus ou décédés à la suite d’une admission en établissement ne concerne actuellement que les proches de ces victimes.

La cheffe de Chisasibi, Daisy House, souhaite communiquer avec les familles et les communautés de tous les élèves ayant franchi les portes des pensionnats autochtones à Fort George. Pour y arriver, elle compte sur la collaboration à la fois des organisations gouvernementales et des communautés religieuses.

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