Longueuil amorce un virage vers une police d’intervention plus sociale

L’objectif du projet surnommé RESO est d’avoir une police capable de mieux saisir les enjeux de son milieu et d’intervenir plus tôt, avant la crise. 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’objectif du projet surnommé RESO est d’avoir une police capable de mieux saisir les enjeux de son milieu et d’intervenir plus tôt, avant la crise. 

Sous l’impulsion du directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), Fady Dagher, 24 policiers amorceront une immersion sans arme et sans uniforme dans la communauté cet automne.

Lors de l’annonce lundi, M. Dagher a expliqué que l’objectif est d’avoir une police capable de mieux saisir les enjeux de son milieu et d’intervenir plus tôt, avant la crise : « Ça peut être au niveau de l’autisme, ça peut être au niveau du décrochage scolaire, ça peut être au niveau de la santé mentale ou de quelqu’un qui se fait exploiter sexuellement ou qui est attiré par la drogue. [C’est] très important de bien le faire en amont. Ainsi on va même éviter la judiciarisation. »

Une fois cette immersion de cinq à six semaines complétée, les policiers reprendront leurs tâches armés et en uniforme, mais leur rôle sera transformé. Car, bien que la perception habituelle de la police tourne autour de ses activités de répression du crime, les pressions sociales nouvelles font en sorte qu’une action parallèle est maintenant requise afin de pouvoir « agir avec une approche de bienveillance, sans préjugés avant même que les dérapages ne surviennent », a soutenu le directeur du SPAL.

« Notre mission a changé et nous avons le devoir de nous adapter et d’évoluer dans notre approche avec la population. Que ce soit la réalité des 70 % d’appels sociaux versus 30 % d’appels criminels, que ce soit un appel au 9-1-1 et un véhicule à chaque fois, on est toujours en réaction. Il s’agit d’être proactifs maintenant », a expliqué le directeur Dagher.

Celui-ci a précisé que le choix des policiers sera un élément crucial : « Ce seront des policiers et des policières sélectionnés pour leur humanisme et leur capacité d’agir d’égal à égal. Il ne s’agit pas d’être supérieur à qui que ce soit. Il s’agit d’humilité, de modestie et d’être capable de travailler avec tous les partenaires, peu importe le niveau social. »

Le projet, financé par Québec à hauteur de 3,6 millions $ sur trois ans, a été annoncé par la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault qui n’a pas caché son enthousiasme face à ce virage : « C’est un projet avant-gardiste, un projet qui pourrait jeter les bases d’un nouveau modèle policier au Québec et qui […] pourrait à terme, si tout se passe bien, servir aussi de modèle pour d’autres organisations policières. »

« C’est vraiment une nouvelle façon de voir les choses pour finalement s’imprégner, se teinter de la réalité concrète des citoyens, en particulier de certains groupes plus vulnérables et, par la suite, pouvoir teinter, adapter sa propre intervention de cette réalité-là. »

Son collègue délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a ajouté une enveloppe de 300 000 $ récurrente pour le maintien d’une équipe de soutien psychosocial au service des policiers sur le terrain pour : « identifier de façon plus précoce les personnes vulnérables et éviter la détérioration des situations qui souvent amènent soit des problématiques d’hospitalisation ou de judiciarisation. Il faut également limiter la répétition des interventions policières auprès de ces mêmes personnes par une intervention psychosociale plus précoce et plus efficace », a-t-il fait valoir.

Fady Dagher a par ailleurs précisé que le projet, surnommé RESO (Réseau d’entraide sociale et organisationnelle), n’est pas limité à ce petit groupe de départ, bien au contraire : « Il s’agit d’une philosophie, il ne s’agit pas d’une section qu’on crée. On commence avec un certain nombre de recrues, mais par la suite nous voulons multiplier le nombre de policiers à l’interne de sorte à en arriver à 50 % en RESO et 50 % qui restent sur les appels, tant et aussi longtemps, bien sûr, que les appels 9-1-1 baissent. »

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