Les Autochtones pourront reprendre leurs noms traditionnels sur les passeports

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller (au premier plan), et le ministre de l'Immigration et de la Citoyenneté, Marco Mendicino
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller (au premier plan), et le ministre de l'Immigration et de la Citoyenneté, Marco Mendicino

Ottawa a annoncé lundi que les peuples autochtones pouvaient désormais demander à reprendre leurs noms traditionnels sur les passeports et autres pièces d’identité du gouvernement.

Cette décision intervient en réponse à un appel à l’action de la Commission de vérité et réconciliation en 2015 qui demandait aux gouvernements de permettre aux survivants et à leurs familles de restaurer les noms modifiés par le système des pensionnats autochtones.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a déclaré que l’annonce allait encore plus loin, car elle s’applique à toutes les personnes des Premières Nations, des Inuits et des Métis, affectant potentiellement des centaines de milliers de personnes qui souhaitent récupérer leur identité sur des documents officiels.

Tous les frais seront annulés pour le processus de changement de nom, qui concerne les passeports, les certificats de citoyenneté et les cartes de résident permanent, a dit le ministre de la Citoyenneté Marco Mendicino.

Obstacles supprimés

Lorsque Peter Nakogee est allé pour la première fois au pensionnat St. Anne à Fort Albany, en Ontario, il ne parlait pas anglais et portait un nom différent.

« J’ai vraiment mis la religieuse en colère parce que j’écrivais en cri. Et à l’époque, je savais seulement que mon nom était Ministik », a-t-il déclaré à la Commission de vérité et réconciliation en 2010.

« Dès la première fois que j’ai entendu mon nom, je m’appelais Ministik. J’ai donc été à nouveau fouetté parce que je ne savais pas que mon nom était Peter Nakogee. »

Des décennies après ce traumatisme, les obstacles à l’inscription de son nom d’origine dans l’identification fédérale sont enfin supprimés.

« Les noms traditionnels donnés aux enfants autochtones ont une signification culturelle profonde. Pourtant, pour de nombreux peuples des Premières Nations, Inuits et Métis, le colonialisme les a privés de ces noms sacrés », a déclaré le ministre Mendicino lors d’une conférence de presse, lundi.

« Parfois, les efforts pour utiliser des noms traditionnels se sont heurtés à toutes sortes d’obstacles, allant du rejet poli au racisme. »

La décision d’éliminer ces barrières fait suite à la découverte le mois dernier de ce que l’on pense être les restes de 215 enfants sur le site d’un ancien pensionnat près de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Deux appels en justice

La nouvelle politique, qui entre en vigueur immédiatement, était l’une des nombreuses annonces qui ont eu lieu le jour même où Ottawa retourne en salle d’audience pour s’opposer à deux décisions impliquant des enfants des Premières Nations.

Dans une révision judiciaire entendue lundi devant la Cour fédérale, Ottawa conteste les décisions du Tribunal canadien des droits de la personne concernant l’indemnisation des enfants des Premières Nations placés en famille d’accueil et l’élargissement du principe de Jordan aux enfants qui vivent hors des réserves.

M. Miller a déclaré lundi que la décision ordonnant à Ottawa de verser 40 000 $ chacun à quelque 50 000 enfants des Premières Nations séparés de leur famille par un régime de protection de l’enfance chroniquement sous-financé, et à chacun de leurs parents ou grands-parents, « ne respecte pas les principes de base de la proportionnalité ».

Chaque enfant des Premières Nations qui a subi de la discrimination « aux mains d’un système de protection de l’enfance brisé » sera « indemnisé de manière juste et équitable », a-t-il déclaré.

La plupart des 94 appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation n’ont toujours pas été tenus, bien que les ministres aient souligné deux projets de loi qui intégreraient les droits autochtones dans le serment de citoyenneté et harmoniseraient les lois du Canada avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Le projet de loi C-8 sur le serment de citoyenneté a été adopté par le Sénat et attend la sanction royale, tandis que les dispositions de la déclaration des Nations unies dans le projet de loi C-15 continuent de faire leur chemin à la Chambre haute.

M. Mendicino a également déclaré que son ministère continuait de travailler à la mise à jour du guide de citoyenneté du Canada pour mettre l’accent sur « le rôle et les histoires des peuples autochtones, y compris les parties liées aux pensionnats ». Le document révisé sera publié « très prochainement », a-t-il déclaré.

Premier commissaire aux langues autochtones

Il n’a pas précisé si les Autochtones devraient fournir une preuve d’identité autochtone, mais M. Miller a indiqué que les autorités « voulaient réduire les formalités administratives ».

Dans un effort supplémentaire pour démontrer le passage à l’action, le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, a annoncé plus tard lundi la nomination du premier commissaire aux langues autochtones, ainsi que celle des directeurs du nouveau bureau.

Le chef Ronald E. Ignace de la Nation Secwépemc a été nommé dans le rôle principal, avec Robert Watt, Georgina Liberty et Joan Greyeyes nommés comme administrateurs.

Le ministre Miller a reconnu que pour certains, la porte nouvellement ouverte au changement de nom pourrait ne pas être suffisante. « L’approche envers le passeport canadien est différente pour de nombreuses communautés. Certains le rejettent, comme ils rejettent l’identité canadienne, donc cela ne résout pas le problème », a-t-il déclaré.

« Mais ce qu’il offre, c’est que les personnes qui choisissent le passeport canadien peuvent maintenant y voir leur nom autochtone, ce qui n’est pas seulement une question symbolique, mais une question d’identité profonde. »

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