La pression s’accentue sur les locataires montréalais confrontés à des «rénovictions»

Des dizaines de locataires manifestent samedi dans l’arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension afin de dénoncer les évictions de locataires souvent justifiées par des travaux de rénovation.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Des dizaines de locataires manifestent samedi dans l’arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension afin de dénoncer les évictions de locataires souvent justifiées par des travaux de rénovation.

À moins de trois semaines du 1er juillet, près d’une centaine de locataires ont manifesté samedi dans l’arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extenson afin de dénoncer les évictions de locataires souvent justifiées par des travaux de rénovation.

Les manifestants se sont d’abord rassemblés au parc Jarry vers 13 h 30 avant d’entamer une marche dans plusieurs rues de l’arrondissement, incluant la rue Jean-Talon, sous la supervision d’agents du Service de police de la Ville de Montréal. Cette longue marche a abouti en milieu d’après-midi à la mairie d’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, devant laquelle quelques discours ont eu lieu.

L’événement, qui était organisé par plusieurs organismes du secteur, vise à dénoncer le phénomène des « rénovictions », un mot-valise qui vise à qualifier une pratique utilisée par des propriétaires qui consiste à évincer des locataires afin de rénover leur logement et d’ensuite gonfler le loyer de celui-ci.

« On voit dans nos quartiers beaucoup de locataires qui se font mettre dehors par leur propriétaire, souvent dans le  but de relouer [leur logement] beaucoup plus cher. Donc, on est là pour dire qu’il faut mettre en place des mesures pour mettre fin à la crise du logement », explique l’organisatrice communautaire au Comité d’action de Parc-Extension, Amy Darwish. Elle affirme que les évictions augmentent de façon « dramatique » dans son quartier, en plein embourgeoisement.

« On voit plusieurs cas où des propriétaires tentent de vider des immeubles au complet dans le but de les relouer beaucoup plus chers », affirme Mme Darwish, qui presse le gouvernement Legault d’implanter « un contrôle obligatoire des loyers », à l’instar de l’Ontario.

Plusieurs locataires rencontrés sur place ont d’ailleurs affirmé au Devoir avoir reçu dans les derniers mois des avis d’éviction, souvent pour cause de travaux majeurs.  Ils craignent maintenant de devoir quitter le logement qu’ils occupent depuis de nombreuses années, au moment où les appartements abordables se font de plus en plus rares à Montréal.

C’est le cas de Karine Bissonette et de sa mère, Nicole qui occupent toutes deux le même logement du quartier François-Perrault, dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Depuis quelques mois, leur propriétaire tente par tous les moyens de les convaincre de partir afin de réaliser des travaux majeurs pendant plusieurs mois. Les deux locataires affirment d’ailleurs subir des pressions pour que leur départ soit définitif, alors que la loi leur permet de revenir dans leur logement à la fin des travaux et de continuer à payer le même loyer. 

 

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Karine Bissonette et sa mère, Nicole Bissonette. 

« On sait que des  travaux doivent être faits, mais c’est sa façon détournée de nous empêcher de revenir qu’on conteste », explique Karine Bissonette, en référence la propriétaire de son logement. Elle et sa mère ont leur cercle d’amis dans ce quartier et tiennent à rester dans leur logement actuel, qu’elles occupent depuis 28 ans. Les pressions répétées de leur propriétaire commencent toutefois à être lourdes à porter.

« C’est dur pour le moral. On a déjà commencé à s’enterrer sous des boîtes », confie Mme Bissonette. « On ne veut vraiment pas partir et on a peur qu’ils veuillent se débarrasser de nous autres. C’est le départ qui nous fait peur », ajoute-t-elle.

Amanda Hardman raconte pour sa part que son propriétaire, qui possède plusieurs logements dans l’arrondissement de Rosemont– la Petite-Patrie, aurait falsifié des documents pour tenter de faire croire à ses locataires qu’il disposait des autorisations nécessaires de la part de la Ville afin de démolir son immeuble. Ayant constaté que les documents qu’ils avaient reçus n’ étaient pas véridiques, plusieurs locataires du bâtiment se sont unis contre leur propriétaire.

« On s’est regroupé ensemble pour aller en cour contre lui. On a eu gain de cause et là, la cause est en appel [au Tribunal administratif du logement]», indique Mme Hardman. Les derniers mois ont ainsi été pénibles, comme pour les autres locataires de cet immeuble.

« J’ai eu des hommes de 50-60 ans qui pleuraient sur mon épaule parce qu’ils me disaient qu’ils ne sauraient pas où aller [s’ils étaient évincés] », dit-elle.

« La pression s’accentue »

Cette marche est loin d’être la première — et fort probablement pas la dernière — à avoir lieu à Montréal afin de dénoncer les évictions de locataires. Mais la tension est montée d’un cran à l’approche de la période des déménagement, marquée par la date du 1er juillet au Québec, constate le député de Québec solidaire dans Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla, qui est aussi porte-parole en matière de logement pour le parti.

« La pression s’accentue. À Parc-Extension, il y a des dizaines de familles qui vont être évincées pour des travaux, et donc c’est le sujet de l’heure », souligne M. Fontecilla. Il constate que le phénomène des « rénovictions » affecte beaucoup de ménages à « faibles revenu », qui paient souvent un loyer modeste.

Vendredi, la ministre responsable de l’Habitation, Andrée Laforest, a dévoilé son plan d’action en pévision du 1er juillet. Celui-ci prévoit notamment 60,2 M$ pour le programme de supplément au loyer, qui vise à épauler les ménages dans le besoin pour le paiement de leur loyer. Or, c’est « trop peu, trop tard », rétorque M. Fontecilla.

« La solution structurante, c’est d’offrir plus de logements aux ménages à faibles revenus et aux membres de la classe moyenne », martèle l’élu.

En attendant, la prochaine période de déménagements s’annonce difficile pour de nombreux locataires, entrevoit Amy Darwish. « Beaucoup de locataires sont vraiment mal pris et seront soit sans logis le premier juillet ou obligés de prendre un logement beaucoup plus cher », craint-elle.

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