L’archevêque de Montréal présente ses excuses aux familles des victimes des pensionnats autochtones

«Je tiens à joindre ma voix et à présenter mes excuses les plus sincères aux familles qui ont subi les pensionnats autochtones», a déclaré Monseigneur Lépine, vendredi.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Je tiens à joindre ma voix et à présenter mes excuses les plus sincères aux familles qui ont subi les pensionnats autochtones», a déclaré Monseigneur Lépine, vendredi.

L’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, a présenté ses excuses vendredi aux familles des victimes des pensionnats autochtones, dans la foulée de la découverte de 215 corps d’enfants à Kamloops le mois dernier.

Mgr Lépine a livré une messe spéciale vendredi soir dans la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, au centre-ville de Montréal, afin de rendre hommage aux 215 enfants dont les restes ont été retrouvés à la fin mai sur le site d’un ancien pensionnat à Kamloops, en Colombie-Britannique. Celui-ci a été dirigé par l’Église catholique de 1890 à 1969.

« Dans la foulée de la découverte de centaines d’enfants autochtones dans l’ouest du Canada, nous pensons aux parents », a déclaré Christian Lépine. Il a alors comparé le cœur transpercé de Jésus au moment de sa crucifixion au deuil que vivent de nombreuses familles autochtones depuis cette découverte macabre dans l’ouest du pays.

« Je tiens à joindre ma voix et à présenter mes excuses les plus sincères aux familles qui ont subi les pensionnats autochtones », a déclaré Mgr Lépine. En plus de s’excuser « en tant que Canadien et catholique », il a reconnu le rôle qu’a joué l’Église, « sous le couvert de l’éducation », dans les dérives commises dans les pensionnats autochtones. Un moment de silence a ensuite suivi dans la cathédrale, où un peu moins d’une centaine de fidèles s’étaient recueillis.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Monseigneur Lépine a présenté une messe spéciale vendredi soir dans la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, au centre-ville de Montréal.

Rétablir la confiance

 

En entrevue au Devoir vendredi soir, Mgr Lépine a indiqué qu’il espère que son geste contribuera à « rétablir la confiance » des communautés autochtones du pays envers l’Église catholique.

« Il ne peut pas y avoir de cheminement sans reconnaissance que c’est arrivé [les pensionnats autochtones] », souligne-t-il. Ainsi, le fait que l’Église reconnaisse sa part de responsabilité dans ce triste pan de notre histoire, « ça ouvre des chemins de rencontre », estime Mgr Lépine.

« On ne peut pas être dans le déni de ce qui est arrivé […] Il faut vraiment dépasser les incompréhensions et avoir un regard qui reconnaît toute la valeur de la dignité de l’autre et de marcher sur des chemins de la justice », ajoute-t-il.

La semaine dernière, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait pressé l’Église catholique de reconnaître sa responsabilité dans la mise en place de pensionnats autochtones au pays. L’archevêque de Regina, Donald Bolen, s’est d’ailleurs excusé la semaine dernière, tout comme l’archevêque de Vancouver, Michael Miller. Le pape François a quant à lui fait part dimanche dernier de sa « douleur » face à la suite de la découverte réalisée à Kamloops, sans toutefois s’excuser.

On ne peut pas être dans le déni de ce qui est arrivé.

  

Des actions attendues

« Est-ce que ça n’aurait pas plus de sens d’aller dans la communauté autochtone pour s’excuser ? » a réagi vendredi la directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset. Selon elle, Mgr Lépine aurait dû se déplacer dans une église située dans une communauté autochtone pour tenir ses excuses, au lieu de « rester dans sa zone de confort ».

Elle estime d’ailleurs que l’Église devrait passer des paroles aux actes et contribuer financièrement à dédommager les familles des 215 enfants dont les restes ont été retrouvés au pensionnat de Kamloops. Nakuset compte aussi parmi les nombreux membres de la communauté autochtone qui réclament des fouilles exhaustives autour des pensionnats autochtones du pays.

« L’Église peut mener cette démarche avec le gouvernement. Ça, ce serait un pas vers la réconciliation », estime-t-elle. « On veut plus que des excuses », ajoute-t-elle.

On veut plus que des excuses.

  

L’ancien pensionnat de Kamloops était autrefois l’un des plus gros établissements parmi les 139 de ce type mis en place au pays à la fin du 19e siècle. Au Québec, 12 pensionnats et foyers fédéraux qui devaient accueillir de jeunes Autochtones ont été ouverts entre 1937 et 1991.

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