L'auteur du meurtre de Lisette Corbeil tenait des propos inquiétants depuis des mois

La Sûreté du Québec, qui mène l’enquête, a depuis confirmé «qu’il s’agirait du meurtre d’une femme suivi d’un suicide».
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La Sûreté du Québec, qui mène l’enquête, a depuis confirmé «qu’il s’agirait du meurtre d’une femme suivi d’un suicide».

L’homme de 49 ans qui serait à l’origine du meurtre de Lisette Corbeil, mercredi, avait tenu des propos inquiétants dans les derniers mois et était suivi par un centre de prévention du suicide, ce qui avait incité l’an dernier un policier à réclamer la saisie des nombreuses armes à feu et munitions qu’il conservait chez lui.

David Joly et Lisette Corbeil ont été retrouvés sans vie mercredi avant-midi dans une résidence de la route Marie-Victorin, à Contrecœur. La Sûreté du Québec (SQ), qui mène l’enquête, a depuis confirmé « qu’il s’agirait du meurtre d’une femme suivi d’un suicide ».

« L’enquête a permis de laisser croire à ces circonstances », a indiqué au Devoir une porte-parole du corps de police, Valérie Beauchamp, qui n’a toutefois pu donner de détails jeudi sur les blessures qui auraient été infligées à la femme, puisque des autopsies doivent encore avoir lieu. M. Joly serait d’ailleurs l’ex-conjoint de la femme de 56 ans, qui est ainsi devenue mercredi la 12e victime d’un féminicide au Québec depuis le début de l’année.

Des propos « suicidaires »

Le 17 septembre dernier, M. Joly aurait tenu « des propos suicidaires » et « menacé de se suicider », indique une demande d’ordonnance pour interdiction de possession d’armes effectuée alors par un agent de police de la Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent.

« Suite à l’intervention du centre de crise, le niveau de risque suicidaire est modéré selon l’échelle de gradation du centre de crise L’Accès », indique la requête civile, qui fait état d’un homme à « l’état mental perturbé ». L’organisme en question offre des services de suivi de crise et de prévention du suicide dans plusieurs municipalités, y compris Contrecœur.

Le soir même, peu après 23 h 30, le policier a procédé à la saisie de quatre armes à feu de calibre 12 et d’une autre arme de calibre 30-06 dans la résidence de M. Joly, sur la route Marie-Victorin. L’agent y a aussi trouvé un permis de possession et d’acquisition d’armes à feu, trois permis de chasse et des boîtes contenant quelques milliers de munitions de différents calibres, indiquent des documents de cour consultés par Le Devoir.

Par la suite, l’audience de M. Joly à la Cour du Québec sur sa possession d’armes à feu fera l’objet de deux reports successifs, notamment parce que l’homme « serait hospitalisé ». C’est donc finalement le 5 janvier qu’un juge a interdit à David Joly d’avoir en sa possession tout type d’armes, dont des armes à feu et des munitions. Cette interdiction devait prendre fin le 31 août 2021.

Questionnée jeudi soir, la SQ n’a pas été en mesure d’indiquer si des armes à feu ont été retrouvées dans la résidence où le drame a eu lieu.

Une communauté en deuil

Le décès de Lisette Corbeil a créé une onde de choc dans la municipalité de Contrecœur, en Montérégie, qui compte un peu plus de 8000 habitants. La femme d’affaires a d’ailleurs travaillé pour la Ville pendant cinq ans, de 2015 à 2020, à titre de directrice du Service de développement économique. Elle travaillait depuis pour la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud.

« On est une communauté tissée serrée. C’est une personne qui était impliquée dans plusieurs organismes. Donc, c’est toute une communauté qui est en deuil », souligne au Devoir la mairesse de Contrecœur, Maud Allaire, qui se remémore une collègue de travail « très intelligente, très brillante ». D’anciens collègues et amis de Mme Corbeil ont aussi décrit une femme « intègre », généreuse et intelligente, qui laisse un grand vide derrière elle.

« Je peux difficilement croire à la mort violente d’une femme que j’aimais tellement côtoyer autant dans ma vie professionnelle que personnelle », a également écrit sur les réseaux sociaux la députée de Verchères à l’Assemblée nationale, Suzanne Dansereau.

Afin d’éviter que ce drame ne se reproduise, Mme Allaire invite les citoyens à oser « demander de l’aide s’ils vivent de la détresse ». « Il revient à chacun de nous de faire cette sensibilisation-là si on perçoit de la violence », estime la mairesse de Contrecœur.

Une augmentation du nombre de ressources pour les femmes victimes de violence conjugale est aussi nécessaire, affirme la directrice du Centre de femmes Entre Ailes, situé à Sainte-Julie, Sylvie Riendeau Langlais. L’organisme aide notamment des femmes de Contrecœur.

« Il y a des femmes parfois qui ont besoin de s’éloigner pour avoir accès à une sécurité. C’est problématique », souligne-t-elle.

Avec Améli Pineda

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